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Avec Les Déterminés, l’entrepreneuriat par tous et pour tous

Par Maëva Gardet Pizzo, le 14 janvier 2022

Journaliste

Photo de classe de la deuxième promotion marseillaise des Déterminés. Au 6e étage du stade Vélodrome @MGP

Depuis 2015, Les Déterminés proposent à des personnes de quartiers prioritaires ou de zones rurales un riche programme de formations à l’entrepreneuriat. Au menu : travail sur soi, élaboration d’une stratégie commerciale, marketing et mise en contact avec des acteurs de l’écosystème local. Né en région parisienne, le dispositif a déjà essaimé dans 15 villes de France, dont Marseille. Reportage auprès des Déterminés phocéens, dans les entrailles du stade Vélodrome.

 

Tapotement de doigts sur des claviers d’ordinateurs. Crépitement de feuilles de papier. Ronronnement de pointes de stylos… L’ambiance est studieuse en ce lundi matin, dans une des petites salles du sixième étage du stade Vélodrome. Sous la lumière tamisée des néons qui constellent le plafond noir, la petite vingtaine de personnes composant la seconde promotion des Déterminés marseillais assiste à une séance de formation dédiée à la stratégie commerciale.

Dans l’assistance, un peu plus d’hommes que de femmes (contrairement à la tendance nationale du dispositif). L’âge moyen semble avoisiner les 30 ans. Chacun est là pour porter un projet : sacs en cuir, appli, glaces, cocktails, transport de marchandises, food trucks, agence de com’… Il y en a pour tous les goûts. Tous ont un point commun : avoir été sélectionnés selon un critère central qu’est « la détermination à entreprendre », assure Salim Msaidie, coordinateur de l’antenne marseillaise. « On regarde si des actions ont déjà été mises en place par la personne pour mener à bien son projet. On privilégie quelqu’un qui a creusé, qui a osé, qui s’est cassé les dents ».

 

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Salim Msaidie, coordinateur de l’antenne marseillaise. @MGP
Valoriser la motivation et défendre un idéal de méritocratie

Créé en 2015 par Moussa Camara, le projet naît du constat que face à un taux de chômage élevé dans les quartiers dits « politique de la ville » (QPV), l’entrepreneuriat pourrait, pour certaines personnes, être une issue.

Sauf que pour ces dernières, l’accès à l’information et à la formation s’avère restreint. De même que les moyens financiers et le réseau. Dès lors, l’ambition est de corriger ces inégalités en rendant l’entrepreneuriat accessible à tous. Et ce, en faisant de la détermination le capital de ceux qui n’en ont pas. En valorisant ceux dont le destin est entièrement à écrire, mais qui ont la rage de réussir. De prouver ce dont ils sont capables. Convaincus du pouvoir de la grinta.

Sofian, casquette noire sur la tête, résume bien cet esprit. À 32 ans, le jeune homme qui écoute attentivement Vanessa Saragaglia, la formatrice, souhaite monter un concept de restauration ambulante écoreponsable. Avec un volet lié à l’insertion de personnes éloignées de l’emploi. Il résume ainsi la détermination qui l’anime : « C’est quand on a tellement à donner. Qu’on est prêt à tout pour aller au bout. Qu’il n’y a pas d’abandon possible ».

 

 

Un programme riche et des intervenants professionnels

Une détermination qui doit aller de pair avec une grande disponibilité pour pouvoir s’engager dans le riche programme proposé. « Cela commence par trois semaines intensives où on les fait travailler leur créativité, leur confiance en soi… On les challenge sur leur projet et on vérifie l’adéquation entre celui-ci et leur personne », explique Salim Msadie.

S’ensuit une première soutenance dont doivent découler de premières pistes d’accompagnement (mentorat, contact utile…). Après ce démarrage, place à la formation à l’entrepreneuriat, à raison de deux jours par semaine. Étude de marché. Business plan. Stratégie commerciale. Choix des prix. Communication. Création de site web… jusqu’à la soutenance finale qui a vocation à déboucher sur de vraies opportunités. « L’an dernier par exemple, une Déterminée avec un projet dans le prêt-à-porter (Cagole Nomade) a pu présenter son travail devant un responsable des Galeries Lafayette. Elle a obtenu un espace de vente chez eux ».

Le programme est dispensé par les membres de l’équipe pédagogique des Déterminés mais aussi par des professionnels, comme Vanessa Saragaglia qui assure la formation du jour. Une façon de donner aux apprentis entrepreneurs les meilleures cartes pour mener à bien leur projet. Même s’ils n’ont pas le parcours type du startuper à succès.

 

Contourner les obstacles

Claire (c’est un pseudonyme) a 37 ans. Regard pétillant, nez fin, elle offre généreusement confiseries et bons conseils à ses camarades. Pendant onze ans, elle a été mère au foyer. Elle a aussi fondé le site Testeuse en famille, suivi sur les réseaux sociaux par près de 50 000 personnes. « J’ai rejoint les Déterminés parce que je veux développer une application de tourisme sur Marseille et je ne savais pas par où commencer. Et étant maman, il me fallait un vrai cadre avec de la régularité ».

Mamadou, lui, a 40 ans. Imposant, le visage rond, il a créé il y a un an une entreprise de transport de marchandises par voie marine et aérienne. « Je suis là pour consolider mon projet, travailler mon réseau et obtenir des partenaires », énumère celui qui dit pleinement se retrouver dans l’ADN du dispositif. « Les Déterminés nous apprennent à contourner les obstacles. On peut devenir un chef d’entreprise épanoui grâce à des outils gratuits qui nous permettent de nous aligner sur des concurrents. Même si on n’a pas fait de grande école ».

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Ce matin, chacun liste les menaces qui pourraient peser sur son projet, et imagine comment les transformer en opportunités @MGP

La force du réseau

Des outils fournis au travers de la formation mais aussi du réseau local et national du programme. Les relations entre Déterminés jouent également un rôle majeur. Tout au long de la séance, lorsqu’un porteur de projet émet un doute ou une interrogation, les autres n’hésitent pas à lui soumettre leur avis. À communiquer une information. Ou à partager une anecdote personnelle. « On se donne beaucoup d’idées les uns les autres », confirme Marie, 37 ans, qui porte un projet d’agence web pour accompagner les commerçants du centre-ville marseillais dans leur transition numérique. « Et puis, alors que mes amis ne comprennent pas forcément mon choix d’entreprendre, ici, on est tous dans la même dynamique ».

Un déploiement national

Au départ exclusivement francilien, le dispositif séduit en 2019 le fonds d’investissement public Bpifrance qui choisit de soutenir son déploiement national. À destination des QPV mais aussi des zones rurales où les problématiques d’accès à l’information et à la formation sont similaires.

Désormais, l’action de l’association s’articule autour de quinze antennes (bonus) et compte une vingtaine de salariés. Depuis le début de l’aventure, 600 porteurs ont été accompagnés, avec « une moyenne de 60 à 70% d’entreprises créées » assure Salim Msaidie. Et de citer quelques exemples prometteurs de la précédente promotion. À l’instar de Cagole nomade citée précédemment ; Nice Eat, un service de traiteur pour sportifs qui a intégré l’incubateur culinaire Foodcub ; ou encore L’Osmosis qui propose de transformer des locaux commerciaux en logements de courte durée et qui a commencé à engranger du chiffre d’affaires.

 

En quête d’épanouissement

La seconde promotion marseillaise entend bien marcher dans leurs pas. Avec l’envie pour chacun de tourner une page. D’aller chercher ce que leur vie d’avant ne leur a pas donné. « Le salariat ne m’a pas permis de faire tout ce que j’avais envie, de mettre en œuvre ma polyvalence », constate Marie. « J’avais le sentiment d’être bloqué par mes hiérarchies successives, raconte quant à lui Sofian. Je sentais que je pouvais faire plus. Et je me suis retrouvé dans une dualité entre travailler pour gagner mon pain ou m’épanouir. Puis il y a eu une accumulation de choses qui ont fait que j’en ai eu marre ».

Pour Claire aussi, c’est une nouvelle vie qui se dessine. Sous le regard tantôt admiratif, tantôt surpris de ses filles. « Cela leur fait drôle parce que je suis un peu moins disponible mais elles sont fières quand je leur montre la photo de moi à côté du ministre ou de Macron ».

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Vanessa Saragaglia, formatrice engagée @MGP

L’effet domino

Si démocratiser l’entrepreneuriat peut contribuer à l’épanouissement d’individus, cela a aussi, de l’avis de Vanessa Saragaglia, des retombées pour la société dans son ensemble. « Ces personnes qu’on accompagne ont une vision hyper pertinente, de vraies analyses de marché ». Car plus de diversité, c’est aussi une perception plus complète des besoins à satisfaire. Une finesse d’analyse, un pas d’écart qui pourrait contribuer à la création d’entreprises solides. Et génératrices d’emplois.

C’est tout ce qu’espère Mamadou. « Si j’atteins mes objectifs, j’aimerais créer des emplois dans les quartiers Nord où je vis. De la richesse, des événements, du mentorat ». Provoquer ainsi ce qu’il qualifie « d’effet domino ». ♦

 

Bonus
  • Financement et partenaires – En plus de Bpifrance, le dispositif bénéficie du soutien de plusieurs partenaires publics et privés tels que BNP Paribas, Engie, French Tech Tremplin ainsi que certaines collectivités locales. À Marseille, il dispose du soutien de la fondation Olympique de Marseille qui lui prête à titre gracieux des espaces du stade Vélodrome. S’y ajoutent des espaces au sein du World Trade Center de Marseille et de la structure WeReso.

 

  • Cap sur les prochaines promos – Après deux années de mise en route, l’antenne marseillaise s’apprête à lancer en février deux nouvelles promotions de manière simultanée. Il est possible de candidater via internet jusqu’au 1er février.

 

  • Partout en France – Né à Paris, le dispositif a depuis essaimé dans une quinzaine de villes parmi lesquelles Cergy, Lyon, Montpellier, Nantes, Lille, Toulouse, Roubaix, Le Havre, Nancy ou encore Rouen. Cette année, il devrait encore s’élargir à Brest, Caen, Mulhouse et Strasbourg.

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