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Biodiversité marine : il est urgent d’agir !

Par Paul Molga, le 9 mars 2022

Journaliste

Anémones de mer @ Pixabay

Le One Ocean Summit s’est tenu à Brest du 9 au 11 février 2022. Ça n’a pas été le coup de tonnerre espéré. Les engagements qui en découlent promettent bien un meilleur avenir aux habitats marins menacés par les activités humaines. Mais la dégradation est déjà telle que la biodiversité océanique pourrait ne pas résister. Reste-t-il des solutions ?

 

Déclaration de guerre à la pêche illégale, protection de la biodiversité des hautes mers, sanctuarisation d’un tiers des habitats naturels du monde, investissement massif pour réduire les pollutions plastiques, accélération de la recherche océanique… Après trois jours d’échanges et de négociations parfois crispées, le One Ocean Summit, première déclinaison maritime du Congrès mondial de la nature, a fait tomber une pluie d’annonces et de bonnes intentions sur la protection des océans. Assez pour sauver le principal poumon de l’humanité ? « On peut encore inverser la tendance », veut croire Maud Lelièvre, présidente du comité français de l’UICN.

 

Déchets plastiques, exploitation minière, surpêche, pollution sonore…

La tâche promet d’être rude. Les études se multiplient ces dernières années pour considérer le verre océanique à moitié vide. « L’effondrement des habitats de la biodiversité est au cœur du sujet océanique », assure Maud Lelièvre. Les menaces sont multiples : déchets plastiques, exploitation minière des hauts-fonds, surpêche, pollution sonore. « C’est une attaque massive », dénoncent bon nombre d’associations et d’ONG environnementales. Les « zones mortes océanique », ainsi que les nomme l’UICN, se multiplient au point qu’il est désormais impossible de les recenser. « Dans de nombreux points des mers, on constate déjà une réduction de 2% du taux d’oxygénation marin. Si rien n’est fait, ce taux pourrait doubler d’ici 2100 et ses effets cumulatifs sont encore inconnus », renchérit Maud Lelièvre.

 

Les océans, 7e puissance du monde

Grâce à la photosynthèse et à la consommation du carbone organique présent dans l’eau, le phytoplancton fournit la moitié de l’oxygène que nous respirons sur terre. Pas moins de 93% du carbone de la planète est stocké dans les océans. Ceux-ci fournissent aussi 15% de l’apport calorique mondial, du travail pour 31 millions de personnes et des apports alimentaires pour 3,5 milliards d’êtres humains. « S’ils étaient un pays, les océans seraient la 7e nation mondiale avec une valeur de 1500 milliards de dollars », compare l’OCDE. Mieux, les océans jouent un rôle décisif dans le changement climatique : ses trois premiers mètres emmagasinent autant de chaleur que notre atmosphère. Mais l’équilibre est déjà rompu : les activités humaines y ont déjà déversé la moitié de leur carbone.

 

 

Les coraux en danger

Les coraux sont les premières victimes. Un rapport sur l’état des récifs coralliens dans le monde présenté en octobre 2021 a montré que la hausse des températures de surface de la mer a provoqué la disparition de 14% des coraux depuis 2009. Un total de 11 700 km2, soit une quantité plus importante que tout le corail vivant d’Australie. « On observe des tendances clairement inquiétantes de disparition des coraux. Et nous pouvons nous attendre à ce qu’elles se poursuivent si le réchauffement persiste », confirme Paul Hardisty. Le directeur général de l’Institut australien des sciences de la mer est à l’origine de cette étude, la plus complète à ce jour. Elle porte sur 2 millions d’observations réalisées sur 12 000 sites pendant plusieurs décennies.

Le changement climatique mais aussi d’autres pressions locales telles que la surpêche, des développements côtiers non durables et une baisse de la qualité de l’eau sont à l’origine de ce mauvais état de santé. « Leur perte serait irrémédiable », prévient le chercheur. Bien que les récifs ne couvrent que 0,2 % du plancher océanique, ils abritent au moins un quart de l’ensemble des espèces marines, et œuvrent pour la protection côtière, le bien-être, la sécurité alimentaire et économique de centaines de millions de personnes. La valeur des biens et services fournis par les récifs coralliens est estimée à 2,7 milliards de dollars par an.

Le principal problème vient des algues de récifs qui pullulent pendant les périodes de stress. En 1998, un épisode particulièrement dévastateur a ainsi tué 8% du corail mondial. Or cette tension s’accentue. Entre 2010 et 2019, la quantité d’algues a augmenté de 20% et contribué à la diminution de 9% de la quantité de colonies mondiale de coraux durs, les plus indispensables à l’équilibre biologique des océans. Leur rétablissement est difficile : en vingt ans, les récifs ont récupéré 2% de leur couverture. « Certains montrent une remarquable aptitude à rebondir », confirme Paul Hardisty.

 

Le péril plastique : jusqu’à 12 millions de tonnes dans l’océan par an

S’ils parviennent à surmonter cette tension, les écosystèmes marins devront faire face à un péril encore plus grand : la présence plus importante de plastiques que de poissons dans les océans d’ici 2050. Faute de mesures de collecte efficaces, il s’en déverserait chaque année entre 8 et 12 millions de tonnes à raison de 17 tonnes chaque… minute. « Ce septième continent contient déjà près de 150 millions de tonnes de plastiques, l’équivalent de 1,5 million de baleines bleues », compare Maud Lelièvre.

Ce matériau synthétique met jusqu’à 400 ans pour disparaître et on en retrouve même dans les fonds marins les plus extrêmes, jusque dans la fosse des Mariannes, le lieu le plus profond de la planète, à près de 11 000 mètres sous la surface. Un rapport du WWF, le Fonds Mondial pour la Nature, recense la mort de 100 000 mammifères marins et d’un million d’oiseaux chaque année à cause du plastique. Plus de 270 espèces animales sont notamment victimes d’enchevêtrement dans des déchets plastiques. La majorité en ingère sans être capable de les digérer.

 

 

L’espoir, incarné par la baleine à bosse

Les engagements de Brest suffiront-ils à enrayer cette escalade ? « Même si les gouvernements et les entreprises respectaient toutes leurs promesses de réduire les déchets plastiques, le flux mondial de plastiques océaniques ne diminuerait que de 7% d’ici 2040 », dénoncent les experts de la Fondation Ellen McArthur qui ont lancé le sujet en 2016. Les chercheurs mettent cependant en lumière les bons résultats des mesures de protection mises en place depuis plusieurs années. Comme symbole du verre océanique à moitié plein, ils exhibent le cas de la baleine à bosse dont la population est passée de quelques centaines à 40 000 depuis l’interdiction de leur chasse en 1968. ♦

 

Bonus
  • Le poids des chiffres

70% – La part de l’oxygène provenant des océans. Elle est essentiellement produite par le phytoplancton.

2,2 milliards – En tonnes, la quantité de gaz carbonique absorbée par les océans chaque année.

362 millions – En kilomètres carrés, la surface occupée par les océans : 71% du globe.

274 000. Le nombre d’espèces océaniques décrites par la science. Les chercheurs estiment leur nombre à mille milliards, plantes, animaux et micro-organismes compris.

150 millions. En tonnes, la quantité de déchets plastiques présente dans les océans. Elle pourrait quintupler en 2050 et représenter alors la masse de poissons de toutes les mers du monde.

 

  • La croissance bleue

C’est la nouvelle passion des entrepreneurs. Depuis le fracas provoqué par l’engagement massif du fonds souverain norvégien (le plus puissant du monde avec 1000 milliards d’euros d’actifs dans près de 9000 entreprises) contre la pollution plastique des océans, une multitude d’initiatives industrielles ont émergé çà et là pour sauver l’océan. Mi-2020, la Fondation de la Mer et le Boston Consulting Group ont lancé un outil pour permettre aux entreprises françaises de mesurer leur impact matériel sur les océans. Avant lui, le fonds d’investissement Mer Invest créé par la Banque Populaire Grand Ouest a décidé d’investir dans une dizaine d’entreprises de la Croissance Bleue opérant sur près de 2700 km de côtes entre la Normandie, la Bretagne et les Pays de Loire.

À Marseille, la fondation Pure Ocean a été créée en 2017 par David Sussmann. Le président fondateur de l’entreprise Seafoodia finance des projets scientifiques destinés à préserver ou restaurer la biodiversité des océans. « L’année dernière, nous avons reçu 40 projets de tous les continents », explique le patron. Dix ont été sélectionnés cette année pour des sommes comprises entre 60 000 et 90 000 euros. À l’occasion du One Ocean Summit, la fondation a conclu un partenariat avec la filiale Aumax du groupe Crédit Mutuel Akea.

 

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