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Bioviva, pionnier bien avant l’heure des jeux écolos

Par Agathe Beaudouin, le 17 décembre 2021

Journaliste

Frédéric Cérène et Jelena Kuhn avec les dernières créations de Bioviva @ Marcelle

Drôles et collaboratifs, sensibilisant à l’environnement dès le plus jeune âge : les jeux Bioviva ont trouvé leur public. 5,5 millions d’exemplaires de leurs Défis Nature ont déjà été vendus. Une success-story française qui se cultive dans un appartement de Montpellier.

 

Tout se joue au cœur de Montpellier, en plein centre historique et en toute discrétion. À peine une petite étiquette sur l’interphone permet de guider nos pas pour arriver à bon port. Tout près de la place de la Comédie, un appartement rénové qui a gardé le charme de l’ancien est devenu l’épicentre de Bioviva, cet éditeur de jeux de société qui a fait de l’environnement sa marque de fabrique. Les Défis nature (plus de 5,5 millions d’exemplaires vendus), c’est ici qu’ils sont pensés. Le jeu La famille zéro déchet, idem. Tout comme Bioviva le jeu, un classique de la gamme.

 

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C’est dans l’espace créatif que sont imaginés, pensés, et dessinés les futurs jeux de Biovia @Marcelle

Un ingénieur agronome fou de nature


À quelques jours des fêtes de fin d’année, le patron est débordé mais passe le relais à ses proches collaborateurs, Jelena Kuhn et Frédéric Cérène, pour revenir sur cette étonnante histoire. Évoquer Bioviva, c’est avant tout se pencher sur le parcours de Jean-Thierry Winstel, ingénieur agronome de formation, fou de nature, qui, il y a 25 ans tout juste, imagine un jeu de plateau sur le thème de la nature. Après avoir travaillé dans les Caraïbes, il s’est aperçu que, pour faire passer des messages, le jeu restait le meilleur outil. « C’est à la fois fédérateur, collaboratif, ludique », résume Jelena Kuhn.

Mais en 1996, le thème environnemental est loin d’inonder nos écrans, nos conversations, et d’influencer nos achats… Précurseur et novateur, Jean-Thierry Winstel va plus loin. Pour une parfaite cohérence, l’entrepreneur souhaite que son jeu soit le plus écoresponsable possible, de sa production à sa vente. Il imagine alors l’intérieur de sa boîte avec les moyens du bord et sans plastique. À l’époque, le fondateur ne le sait pas encore mais cette création est le point de départ d’une success-story à la française. « Parler environnement pour en faire un jeu, on passait pour des ovnis. On indiquait déjà les pourcentages d’eau en moins dans la fabrication du jeu. C’était le début d’une autre manière de penser et de faire », souligne Frédéric Cérène, directeur de la communication.

 

Une autre manière de travailler

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Des pions en bois colorés avec des teintures végétales @Bioviva

Une démarche que la société n’a jamais abandonnée. Pour fabriquer les jeux 100% français, l’entreprise montpelliéraine s’associe à l’imprimeur Graphot, installé dans la Drôme. De l’encre végétale aux packagings des jeux, tout est pensé pour limiter les effets sur l’environnement.

Même scénario dans l’organisation à l’interne. La mobilité des salariés en transports doux est soutenue. Le choix du centre-ville est pensé pour une utilisation du train et non de l’avion. Ici, l’autonomie des individus est favorisée et le télétravail, trois jours hebdomadaires, s’est de fait intégré aux emplois du temps avant la pandémie.

Des choix de fonctionnement qui se démarquent du modèle conventionnel de l’entreprise. Et que l’on retrouve à tous les niveaux. Question publicité, l’entreprise a ainsi fait le choix de s’en passer. « On communique de manière différente : sur les réseaux sociaux, à travers les salons de jeux par exemple, des ateliers », souligne Jelena Kuhn. Une ligne de conduite qui a poussé Bioviva à adopter le statut d’ « entreprise à mission » (bonus) en 2020.

 

Des « astuces » pour contourner les obstacles

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Impression des cartes avant leur découpage @ Bioviva

Avec une vingtaine de nouveautés par an, un chiffre d’affaires en constante progression qui, en 2021, va atteindre les 10 millions d’euros et des effectifs qui ont doublé en cinq ans (27 personnes), cette PME montpelliéraine a le vent en poupe. « Nous sommes en pleine explosion, il y a un bon alignement des planètes, l’environnement est devenu omniprésent », observe Frédéric Cérène. Pourtant, tout n’a pas toujours roulé. « Comme pour toutes les entreprises, il y a des hauts et des bas. Au départ, Bioviva ne recevait pas trop d’échos, mais Jean-Thierry Winstel est un acharné ! Et il nous reste encore de nombreux obstacles à dépasser. »

Tel, entre autres, ce fameux blister qui doit envelopper les boîtes de jeux grand format, que les leaders de la vente imposent. « Nous avons trouvé une astuce pour nous séparer de l’emballage plastique grâce à des étiquettes autocollantes. Mais chacune de nos décisions à un impact sur nos services, reprend Frédéric Cérène. Car nous voulons rester accessibles à tous. Tout doit être mesuré, calculé et ça demande du temps. » Sous la verrière devenue lieu de rencontre des travailleurs, les collaborateurs ne le cachent pas non plus : « On doit encore s’améliorer sur notre notoriété ». Même si le logo s’impose désormais dans toutes les grandes surfaces, les grands distributeurs de jeux, les espaces culturels et dans les boutiques de la filière bio…

 

Les défis nature, « la locomotive »

Bioviva, pionnier bien avant l’heure des jeux écolos 4Dans les bureaux, la dizaine de concepteurs ne manque ni d’idées ni d’inspiration pour développer de nouveaux jeux. Notamment imaginer d’autres thématiques pour les défis nature – « la locomotive » dixit Frédéric Cérène – qui revisitent le jeu de bataille avec ces petites cartes détaillant les spécificités des animaux, et leurs niveaux de reproduction sur la planète. « Nous passons beaucoup de temps à faire des recherches avec des spécialistes, puis nous testons nos créations auprès des enfants, dans les classes. Leur retour est très important pour nous », affirment les deux collègues. Le dernier-né de la famille, Climat Tic Tac, est un pack familial où les joueurs ont en main des cartes aux scénarios inspirés de situations réelles, et des défis à réaliser pour devenir les médecins de la planète.

Prochainement, l’éditeur pourrait développer des jeux personnalisés pour d’autres entreprises. Il aimerait aussi s’étendre à l’international, même si la marque est déjà présente au Québec, et en Europe notamment. Mais toujours en restant fidèle à sa ligne de conduite, qui apparaît désormais sur les boîtes de jeux : ludique, écologique et écoresponsable. Leur ambition ? « Que Bioviva devienne une arme de vulgarisation massive ! » ♦

 

Bonus

  • L’entreprise à mission, quésaco ? Apparu aux États-Unis dans les années 2010, le concept d’entreprise à mission propose aux sociétés d’afficher leurs objectifs. Concrètement, les entreprises déclarent leur raison d’être à travers plusieurs objectifs sociaux et environnementaux. Ce statut est reconnu en France depuis la loi Pacte de 2019.

Sur le papier, Bioviva avait tous les atouts en main. Bioviva s’attache par exemple à respecter l’équilibre temps professionnel/ personnel de ses collaborateurs. Concernant l’environnement, la démarche est l’ADN même de la marque, l’entreprise s’active en permanence pour diminuer son empreinte écologique. Une fondation a également été créée, sous l’égide de la fondation Saint-Pierre pour permettre à des enfants en situation de précarité, en France comme à l’étranger, d’avoir accès à ces jeux ludiques.

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