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À bord, avec les Sauveteurs en Mer

Par Marie Le Marois, le 25 juillet 2022

Journaliste

Depuis un an, Romain Patard a rejoint la petite armée des 9000 bénévoles de la SNSM. Il est rattaché à la station de l’Île d’Aix © Pierre Privat

[série bénévoles #4] Chaque année, les Sauveteurs en Mer de la SNSM prennent en charge gratuitement près de 30 000 personnes en mer et sur les côtes. Parole à l’un des 9000 bénévoles de l’association, Romain Patard, rattaché à la station de l’Île d’Aix, joyau de l’archipel charentais.

 

Depuis qu’il est devenu ‘’sauveteur embarqué’’ bénévole, en juin 2021, Romain Patard a procédé à une trentaine d’interventions. « Presque tous les deux-trois jours en ce moment », confie le trentenaire, sweat orange SNSM sur le dos. Il faut dire que le Pertuis d’Antioche, où se love l’Île d’Aix, est jalonné d’obstacles. Entre les rochers invisibles, les marées, les courants et les coups de vent, la zone demande une vigilance accrue. Et donc, parfois, l’intervention de la Société nationale de sauvetage en mer pour les plaisanciers en perdition.

L’association, créée en 1967, intervient également à terre. Hier soir, l’équipe a évacué une personne souffrant d’une plaie importante au niveau du genou. « L’hélico de la sécurité civile Dragon 17 n’étant pas dispo, nous nous sommes chargés d’amener la victime sur le continent, à Fouras, où les pompiers de Rochefort l’ont prise en charge ».

 

  • Les Sauveteurs en Mer, c’est 10 900 personnes secourues, 16 600 soignées et 1 200 enfants égarés retrouvés.

 

SAMU ou CROSS pour l’alerte

À bord, avec les Sauveteurs en Mer 1
L’Île d’Aix, 3 km de long et 600 mètres au plus large © Pierre Privat

C’est le SAMU qui déclenche la prise en charge à terre et orchestre la chaîne de secours. En mer, en revanche, cette action revient au CROSSA Etel (Centre régional opérationnel de sauvetage et de surveillance Atlantique).

Le dernier remorquage date du 22 juin. Un voilier au large de l’île d’Oléron, un couple en détresse à deux heures du matin. Le vent s’était levé, la mer était démontée. « Normalement dans le Pertuis, les sauveteurs sont là en dix minutes ». Mais là, impossible, entre le Canot tout temps (CTT) de la station de la Cotinière (Oléron) en panne et celui de La Rochelle, en carénage. Ne restait plus que celle de l’Île d’Aix qui a mis 1h30 pour arriver sur place, 2h30 pour remorquer.

Parfois, la station de l’Île d’Aix prend des initiatives quand elle le juge nécessaire, comme avec Arnaud des Calèches de l’Ile d’Aix. Il avait reçu un coup de sabot dans la tête. « On a décidé de l’évacuer. Car, à cinq minutes près, il n’y avait plus d’eau pour sortir le bateau. C’est chaud à cause des marées ». 

 

Disponible H24

Voilier échoué
Intervention du 26/06/22
Voilier échoué sur le sable à marée descendante, déséchouage en fixant la remorque sur le mât de la grand voile, tracté sur quelques mètres jusqu’à des eaux plus profondes. © Romain Patard

Romain peut être appelé à tout moment, de jour comme de nuit, comme les cinq autres de l’équipe, dont quatre jeunes actifs. Combien de fois le fondateur de la Conciergerie Patard – quinze maisons en gestion – a laissé son job en plan.

S’il a eu une intervention SNSM l’après-midi, il n’est pas rare qu’il termine son activité à des heures indues, comme « faire le ménage chez un des propriétaires à deux heures du matin ». Pour être opérationnel à tout moment, tout en assurant son métier, il ne sort jamais le soir. Ce sacrifice est largement compensé par ce qui est devenu une passion. Pour l’adrénaline qu’elle procure.

 

  • La SNSM compte 208 stations de sauvetage

 

Folle soirée du 14 juillet 
station SNSM de l'Île d'Aix
Vedette de la station SNSM de l’Île d’Aix, retour d’intervention le 15 juillet © Romain Patard

Pour preuve, le récit de sa nuit du 14 juillet, haletante :  »Après avoir tenu la buvette du bal des pompiers jusqu’à deux heures du matin, on est appelés pour évacuer une personne blessée à la tête et aux cervicales… à 3h20. À 4h00, la victime est laissée aux pompiers de Rochefort, à la Pointe de la Fumée. Entre-temps, à 3h55, le CROSSA Etel nous rappelle pour une deuxième intervention : ‘’un bateau est échoué sur les rochers et se fait gîter à Fouras avec quatre personnes à bord’’.

4h05, nous arrivons sur zone. Le bateau est dans une zone dangereuse avec beaucoup de rochers et peu d’eau. Nous ne pouvons pas approcher avec notre vedette SNS288. Je propose de nager jusqu’au bateau avec notre bout de remorquage… » 

La station de l’Île d’Aix a deux moyens d’intervention : une vedette, stable, capable de remorquer un bateau dans une mer démontée. Et, depuis peu, un semi-rigide « plus rapide, plus léger, qui permet d’intervenir avec peu d’eau et de se rapprocher plus facilement des bateaux à secourir », explique Romain Patard qui salue ce don d’un privé.

 

Calme, douceur, empathie

Remise à sec du bateau
Intervention du 04/06/22
Remise à sec du bateau avec la motopompe et sortie de l’eau © Pierre-Alexandre Roussel

Tête dans les épaules, le jeune homme assure et rassure. Le 11 août 2021, il secourt une femme qui s’est sectionnée le pouce lors d’une manœuvre. Elle est recroquevillée, à l’avant de son voilier. Romain a su l’apaiser grâce à son calme, sa douceur et son empathie. Avant que l’hélicoptère l’hélitreuille et l’emmène à l’hôpital, à Bordeaux. 

Heureusement, le médecin de l’île était passé auparavant pour lui faire un bandage. Car Romain a un point faible : il défaille à la vue du sang. Mais, pour être bénévole à la station de l’île d’Aix, ce n’est pas un problème en soi, car sa mission n’est pas le soin médical mais « le remorquage, l’assistance secours et également la dispersion des cendres ». 

 

  • Cet été, n’oubliez pas le numéro essentiel des urgences en mer : 196 ou VHF 16 

 

Récolter des fonds

À bord, avec les Sauveteurs en Mer
Romain Patard, avec une partie des bénévoles dont Serge Cochard, patron de la station, aux commandes. © Romain Patard

Romain, qui a passé toutes ses vacances enfant sur l’Île d’Aix avant de venir y vivre à 28 ans, envisage de se former cet hiver, période creuse de son activité. Il existe dix-sept formations – secourisme, incendie, mécanique, etc. – dispensées sur tout le territoire dans l’un des 33 CFI (Centre de formation et d’intervention).

Cet ambitieux caresse également plusieurs projets pour récolter des fonds différemment, nerf de la guerre (voir bonus). Il aimerait organiser un bal, créer le Facebook de la station et un site marchand pour vendre les produits dérivés.

Il ne cache pas qu’il aimerait prendre la succession de Serge Cochard, patron titulaire de la station et pêcheur à la retraite, lorsque celui-ci quittera ses fonctions. Romain a quatre ans pour y parvenir. Lui reviendrait alors le rôle de chef d’orchestre des opérations. ♦

 

SNSM : bénévoles, retraités et hyperactifs !

Bonus

  • Le financement du budget de la SNSM repose essentiellement sur la générosité et la confiance des donateurs privés (dont 66% déductibles des impôts). Cette collecte représente 61% du total des ressources collectées. L’État et les collectivités territoriales (28%) assurent le reste du financement. Les 11% restants émanent des entreprises mécènes, legs, manifestations et vente de produits dérivés. (chiffres 2020).

 

  • Gratuit ? En France, le sauvetage de la vie humaine est gratuit. Mais s’il s’agit de matériel, comme un remorquage de bateau suite à une panne, cela engendre des coûts pour le requérant qu’il doit à la station de sauvetage mobilisée.

 

  • La SNSM, c’est aussi des nageurs sauveteurs. Première pourvoyeuse de sauveteurs sur les plages du littoral, la SNSM forme en moyenne 500 nouveaux nageurs sauveteurs chaque année et surveille un tiers des plages du littoral. Âgés en moyenne de 18 à 25 ans, composés de deux tiers d’hommes et un tiers de femmes, ils se recrutent parmi les étudiants et les jeunes salariés.

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