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Détecter la légionellose en temps record

Par Rémi Baldy, le 26 février 2020

Journaliste

La start-up C4Diagnostics vient de lever 2,3 millions d’euros pour commercialiser sa solution : un kit permettant de détecter en un temps record la légionellose. En France, plus de 100 personnes en décèdent chaque année.

 

Créée en 2017 au sein de la filière biotech de Luminy, C4Diagnostics vient d’ouvrir son capital pour la deuxième fois. Après avoir récupéré 1,5 million d’euros en 2018, la start-up marseillaise vient de lever 2,3 millions d’euros*. La somme récupérée doit permettre à la jeune entreprise de monter en puissance pour commercialiser son kit révolutionnaire.

Cette bactérie, de son vrai nom la Legionella pneumophila, vit dans l’eau chaude. L’Institut Pasteur explique qu’elle est « potentiellement mortelle. Elle entraîne une infection pulmonaire aigüe. L’émergence récente de cette maladie s’explique par son affinité pour les systèmes modernes d’alimentation en eau comme les tours de refroidissement, les climatiseurs, les bains à jet, les bains à remous (jacuzzi), les canalisations d’eau chaude, etc. »

Pour la détecter, la méthode officielle est un test réalisé en boîte de pétri avec des résultats connus sous une semaine. Dans les faits, un dépistage plus rapide est très souvent utilisé. Il détecte la présence de la bactérie en une heure mais n’est capable d’identifier que le sérogroupe, un des éléments qui permet d’identifier les souches, le plus fréquent, alors que la bactérie en compte 15.

Et un mauvais diagnostic peut avoir de lourdes conséquences. « Un patient traité dans les 48 heures a 80% de chance de survie, ensuite cela tombe à 60% », indique Younes Lazrak, cofondateur de C4Diagnostics. « Si vous passez à travers le filet et que vous décédez on parlera d’une pneumonie énigmatique », ajoute-t-il. En France, 132 personnes sont mortes en 2017 à cause de la légionellose, selon Santé publique France.

Un marché de spécialité

« Notre technologie a beaucoup d’applications potentielles, si nous avons choisi la légionellose, c’est parce que nous avons une vraie valeur ajoutée à apporter, parce que la méthode est simple à développer, qu’il n’y a pas de concurrence donc il est plus simple de grandir », explique Younes Lazrak.

La fameuse technologie en question consiste à créer une sonde avec un sucre que seules les Legionella pneumophila utilisent. Il s’agit en réalité d’un hameçon auquel s’ajoute une molécule fluorescente ou colorée. Si la bactérie mord, elle consomme le sucre et se retrouve donc « marquée ». De quoi permettre le diagnostic en seulement 48 heures.

Une méthode, développée par le Laboratoire de Chimie Bactérienne de l’université d’Aix-Marseille et l’Institut de Chimie Moléculaire d’Orsay de l’université de Paris-Sud, déjà utilisée dans l’eau par la société Diamidex. C’est en rencontrant son président, Sam Dukan que Younes Lazrak a décidé de se lancer. C4Diagnostics exploite donc une licence d’utilisation exclusive.

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Le kit de C4Diagnostics.

Aujourd’hui, les kits de diagnostics, baptisés C4Legio, sont prêts. Les composants sont fabriqués à Salon-de-Provence et Clermont-Ferrand, puis assemblés à Marseille. Des tests sont actuellement en cours auprès de 200 patients à Lyon, où se trouve le centre national des légionelles, pour obtenir un marquage CE (conformité européenne) et débuter la commercialisation auprès des laboratoires d’analyse en hôpital. D’autres tests vont être effectués en Italie, très touchée par la légionellose, et au Danemark. « C’est un pays où le système de santé est très carré, donc nous voulons y être », justifie Younes Lazrak.

En attendant la fin des tests en France, la production est déjà lancée. La levée de fonds doit permettre de renforcer la commercialisation. « Mais pas seulement, nous voulons investir sur les produits suivants, prévient le dirigeant. Nous venons tout juste de recruter un ingénieur pour notre recherche et développement ». Ce qui porte le nombre de collaborateurs de C4Dignostics à 15 personnes.

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L’équipe de C4Diagnostics.

La R&D travaille sur l’application du dispositif de détection pour les infections urinaires et pour aider le personnel hospitalier à mieux identifier un cas afin de donner les bons antibiotiques. « Le cas extrême est l’infection du sein ou chaque heure de retard fait augmenter la mortalité de 7% », illustre Younes Lazrak. Cela doit aussi permettre de lutter contre un phénomène qui inquiète les autorités sanitaires : l’antibiorésistance. Ou quand les bactéries s’adaptent aux antibiotiques pour y résister, en ne donnant pas des antibiotiques stériles.

Dans l’idéal, les tests du premier produit sont prévus pour septembre 2021 et le second mi-2022. Mais les contraintes financières et techniques pourraient obliger la start-up marseillaise à en privilégier un des deux ♦

*La levée de fonds a été réalisée auprès de Rhône-Alpes Création Viveris Venture (R2V), Arts et Métiers Business Angels, Angels Santé, l’investisseur privé américain Andreï Polukhtin et CAAP Création (Crédit Agricole)

 

Bonus –

  • Une affaire de légionnaires – C’est après une épidémie en 1972 lors du 58e congrès de la Légion Américaine à Philadelphie que la Legionella a trouvé son nom. Lors de cet événement, 182 participants ont été contaminés et 29 en sont décédés. La bactérie, la Legionella Pneumophila qui représente 90% des cas de légionellose selon l’Institut Pasteur, s’était propagée dans le système de climatisation de l’hôtel. Les symptômes sont ceux d’une grippe avec des sensations de malaise, des douleurs abdominales et des troubles psychiques. La maladie peut évoluer en insuffisance respiratoire irréversible et une insuffisance rénale aiguë, qui sont alors souvent fatales. Elle ne touche toutefois que les personnes fragiles. Son impact est en revanche difficile à définir car tous les cas ne sont pas diagnostiqués.

 

  • La filière biotechnologie entre en phase de maturité – C’est à l’entrée des calanques, dans le Parc Scientifique et Technologique de Luminy, qu’elle associe depuis seize ans recherche académique, enseignement supérieur et les entreprises. Un campus, animé par l’association Grand Luminy, qui compte aujourd’hui de grandes références. Notamment dans la lutte contre le cancer, à l’image Innate Pharma, qui travaille avec le géant mondial Astrazeneca, HalioDX, récompensée par le Prix de l’inventeur européen 2019 dans la catégorie Recherche décerné par l’Office européen des brevets, ou encore ImCheck Therapeutics, qui vient de lever 46 millions d’euros notamment auprès de Pfizer.

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