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Vins, bouteilles, abeilles : Château Galoupet hisse le vert

Par Frédérique Hermine, le 30 août 2022

Journaliste

Un inventaire de la flore et de la faune, en collaboration avec le Conservatoire d'Espaces Naturels, a permis de recenser environ 90 espèces dont 12 de chauves-souris ©LVMH

Ce grand domaine viticole du littoral varois, racheté il y a trois ans par Moët-Hennessy, la branche vins & spiritueux du leader mondial du luxe LVMH, se donne les moyens de ses ambitions. Il entend non seulement devenir l’un des principaux producteurs de rosés de Provence, mais aussi un modèle vertueux de biodiversité et de développement durable.

 

Du château et de la colline qui surplombent les chais, la vue embrasse un paysage méditerranéen ponctué de cyprès, de pins parasols et de palmiers. Et bordé par la grande Bleue. Au loin, on aperçoit même les îles de Port Cros et de Porquerolles, sanctuaires préservés à quelques encablures du continent. Le vignoble de La Londe-les-Maures sur le littoral varois, entre Hyères et Bormes-les-Mimosas, s’étend sur 165 hectares dont 69 de vignes d’un seul tenant. C’est l’un des plus grands domaines de la région et l’un des 18 crus classés de Provence.

 

Quatorze propriétaires en deux siècles

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La propriété de Château Galoupet comprend 77 hectares de bois classés ©LVMH

Ce château dont on retrouve les premières traces au cadastre sous Louis XIV a longtemps été la propriété des Chartreux de la Verne basés à Cogolin dans le golfe de Saint-Tropez. Puis, après avoir changé quatorze fois de propriétaire en deux siècles, il appartenait depuis près de 50 ans à une famille de maharajas indiens vivant à Londres. Mais elle s’est progressivement désintéressée du domaine, même si quelques travaux avaient été effectués ces dernières années. De quoi rendre la mariée plus belle avec un grand caveau de vente et une salle de réception avec terrasse face à la mer.

Son rachat au printemps 2019 par Moët-Hennessy, la branche vins & spiritueux du groupe LVMH de Bernard Arnault (déjà propriétaire des prestigieux châteaux Cheval Blanc, Yquem, Grillet, du Clos des Lambrays…) avait fait bruisser tout le vignoble.

 

Faune, flore, abeilles sous haute surveillance

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Jessica Julmy et Mathieu Meyer ©F.Hermine

Le géant des vins et spiritueux a fait incontestablement souffler un renouveau sur le domaine. Il s’est donné les moyens d’une véritable renaissance en vert majeur. Jessica Julmy, à qui a été confiée la direction du domaine, a mobilisé rapidement historiens, géologues, agronomes, écologues… pour obtenir un état des lieux des sols, du climat, des vents et des ressources en eau.

Un inventaire de la flore et de la faune, réalisé en collaboration avec le Conservatoire d’Espaces Naturels, a permis de recenser environ 90 espèces dont 12 de chauves-souris. Ainsi que la célèbre tortue d’Hermann en voie d’extinction mais encore présente et protégée sur le pourtour méditerranéen. Sont également particulièrement choyées des variétés locales de romarin, camomille, genévrier, orchidées caractéristiques de la garrigue.

Un autre inventaire avec la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) Provence-Alpes-Côte d’Azur est en cours pour évaluer la population d’insectes. Un prélude à la mise en place de nichoirs à mésanges et à chauves-souris. Par ailleurs, 200 ruches ont été installées dans un vallon en partenariat avec l’Observatoire Français d’Apidologie (OFA) afin d’effectuer des recherches, notamment sur les interactions avec la vigne. « Et pas seulement au profit de Galoupet, précise Jessica. Nous sommes mécènes de l’OFA pour aider à la création d’une ‘propolithèque’ mondiale ». Le propolis étant une espèce de résine au qualité anti-infectieuse que l’abeille fabrique et utilise comme un mortier pour colmater les trous de sa ruche.

 

♦ (re)lire : Les bonnes pratiques du Domaine de l’Escarelle

 

Le souci de la biodiversité

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Le réservoir ©LVMH

La nouvelle équipe du domaine a voulu dès le départ créer un modèle de développement durable pour régénérer la biodiversité provençale sur la propriété qui comprend 77 hectares de bois classés. Il s’agissait de préserver la garrigue, les pins parasols séculaires, la forêt de chênes verts et de chênes lièges (abîmée par l’incendie de 2017), d’entretenir une retenue collinaire tout en mettant en place un programme d’économie d’eau. De façon à tout mettre en œuvre pour favoriser la prolifération des fleurs, des insectes, des oiseaux, des chauve-souris…

Un sentier de la biodiversité a ainsi été créé pour expliquer le biotope aux visiteurs. Une étude des interactions entre les vignes et les bois, dans le cadre de Natura 2000, accompagnera avec profit la conversion du vignoble en bio qui devrait être certifié en 2023. Elle est suivie de près par l’ingénieur agronome et œnologue Mathieu Meyer qui a également initié des essais de taille, d’agroforesterie, de couverts végétaux.

 

♦ (re)lire : Dans le Nord, des prairies sur les friches industrielles 

 

Un vignoble bientôt bio

Le vignoble, découpé en une quarantaine de parcelles, est planté de six cépages (cinsault, grenache, syrah, rolle et tibouren). Il a été arraché et replanté à 60% pour choisir la meilleure adéquation entre les sols et les cépages. Le tibouren, spécificité locale sur ce littoral varois (seulement 200 hectares dans cette région de France et nulle part ailleurs dans le monde) est le chouchou de la propriété et du directeur technique Gilles Bascle, spécialiste de ce cépage depuis 20 ans. Il devrait représenter à terme 20% du vignoble qui produira, à l’instar de toute la Provence, environ 90% de rosés.

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La cuvée Nomade dans sa bouteille plate en plastique recyclé à partir de collectes sur le littoral @DR

Quelques cépages résistants aux maladies et à la sécheresse (calabrese, agiorgitiko, artaban…) ont également été replantés en phase expérimentale. Mais le climat, bercé par les brises marines permanentes, est propice à un bel état sanitaire. « Nous avons voulu donner la priorité à l’environnement et à la vigne. Pour bénéficier de l’écosystème le plus riche possible avant de se soucier de faire construire un nouveau chai, insiste Jessica Julmy. Nous avons travaillé sur un projet global pour rassurer en local, prouver notre implication dans la région, mais aussi convaincre en interne du bien-fondé de cette stratégie de développement durable qui a comme objectif, à terme, de devenir rentable ».

 

Des bouteilles éco-responsables

« Nous nous sommes aussi attachés à notre bilan carbone via une démarche éco-responsable du packaging, précise Mathieu Meyer. Nous avons choisi du verre recyclé (à 70%) couleur ambrée pour la bouteille allégée de Château Galoupet et lancé un second rosé, bio également, baptisé Nomade, dans une bouteille plate fabriquée en plastique recyclé à partir des collectes sur le littoral via le programme Prevented Ocean Plastic ». Un packaging qui entend porter un message de développement durable auprès des consommateurs de rosés jusque sur les plages et les terrasses. ♦

 

Bonus
  • Quand les abeilles participent à la recherche
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Galoupet devrait accueillir une station de fécondation de « reines du terroir » ©LVMH

Les scientifiques évaluent à 70% la part de pollinisation due aux abeilles qui favorisent ainsi la multiplication des fleurs de façon exponentielle et donc la biodiversité en attirant davantage insectes et oiseaux. « Nous étudions les causes de mortalité des abeilles et les moyens de les aider à mieux se défendre, explique Thierry Dufresne, le président de l’OFA. Leur taux de mortalité avoisine en général 30% par an mais nous sommes convaincus que Galoupet offre un environnement plus favorable. Nous faisons également de la Recherche & Développement avec la Faculté de pharmacie d’Aix-Marseille Université sur le remède contre l’antibiorésistance grâce au propolis que fabrique l’abeille naturellement. Il permettrait de tuer les bactéries résistantes et de soigner les personnes qui ne réagissent plus aux antibiotiques ».

L’OFA s’attache donc à Galoupet à donner naissance, via une station de fécondation, à des « reines du terroir » suffisamment familiarisées avec leur environnement pour apporter une pollinisation complémentaire à la vigne. Une étude de l’impact antifongique du propolis sur la vigne pourrait également permettre de réduire les traitements phytosanitaires et de lutter efficacement contre des maladies telles l’oïdium, le mildiou, l’esca…

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