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Comment les Alpes du Sud composent avec le climat

Par Paul Molga, le 21 décembre 2022

Journaliste

Trois quarts de l’économie du département des Hautes-Alpes dépendent du tourisme hivernal. Mais sans neige, l’avenir se complique pour les 68 stations du territoire. Le nouveau plan climat veut limiter la casse.

 

2400 mètres d’altitude, sur les hauteurs de Serre-Chevalier. Les pales de deux éoliennes implantées avant la crise sanitaire brassent inlassablement l’air des cimes. Plus bas, des turbines profitent des retenues collinaires d’eau de production de neige pour en tirer de l’énergie pendant les saisons mortes. Et dans la station, plus de 1 400 panneaux photovoltaïques sont en cours de déploiement.

D’ici 2030, le principal domaine skiable des Alpes du Sud produira la moitié de sa consommation électrique à partir d’énergies renouvelables. « Avec 2 500 heures d’ensoleillement par an, un réseau dense de bassins versants et des cols d’altitude bien exposés au vent, la station dispose de tous les atouts pour le développement de ce mix énergétique », explique son directeur général, Patrick Arnaud.

 

Réduire de 20% la consommation d’énergie d’ici 2026

Comment les Alpes du Sud veulent contrer les mauvais plans du climat 2Dans le Briançonnais, Serre-Chevalier figure à l’avant-garde de la lutte contre le réchauffement climatique. Pendant qu’elle lançait ses travaux en 2017, les vallées alpines de ce territoire commençaient à peine à s’étriper sur l’écriture du Plan climat air énergie territorial. Avec un an de retard, le document a finalement mis d’accord les 20 000 habitants de la communauté de communes du Grand Briançonnais et des intercommunalités voisines du pays des Écrins, du Guillestrois et du Queyras.

Pas moins de 45 actions y sont décrites par le menu pour réduire de 20% d’ici 2026 la consommation d’énergie, diminuer de deux fois plus les émissions de qaz à effet de serre (GES), et tendre vers l’autonomie énergétique, à 75% en 2030 et 100% en 2050.

Les querelles de chapelle ne sont pas seules responsables de la difficulté des élus à élaborer ce document.

 

Un mois de gel en moins

« Notre territoire est particulièrement exposé au réchauffement climatique », explique le maire de Briançon, Arnaud Murgia. En un siècle, la température dans sa ville a augmenté de 2°C, deux fois la moyenne nationale. Et depuis les années 1980, un mois de gel a disparu. Les impacts à redouter de cette tendance sont sérieux : l’économie hivernale représente trois quarts de l’économie et un tiers des emplois du territoire. L’eau vient également à manquer alors que la demande s’accroît pour l’agriculture, l’hydroélectricité et le tourisme. Les sols, les forêts, les alpages sont également fragilisés.

470 pages ne sont pas de trop pour dessiner les contours d’une quarantaine d’actions élaborées pour déjouer les mauvais projets du climat. Les atouts ne manquent pas: « Nous avons de l’énergie à revendre », jubile le maire de Gap, Roger Didier. Avec l’eau et le soleil, le territoire produit en effet plus de la moitié de l’énergie qu’elle consomme. Mieux valorisées, les mêmes ressources doivent permettre d’améliorer encore son autonomie énergétique. « De petits équipements supplémentaires, le turbinage de l’eau potable, l’amélioration et la modernisation des équipements existants… Cela doit permettre de gommer les saisonnalités qui limitent la production », expliquent les ingénieurs.

 

Préserver le bon air des montagnes

Des efforts doivent également être faits pour doubler le potentiel solaire, en particulier dans le solaire thermique bon marché. La préservation du bon air des montagnes est l’autre enjeu. Réduction du trafic routier (première source de pollution), éco-mobilités, amélioration de l’efficience énergétique des logements sont sur la table. « C’est un plan d’ampleur qui va considérablement impacter le territoire », note Arnaud Murgia. Dans sa ligne de mire : la survie des 68 stations de ski alpin et nordique des Alpes du Sud. Avec ses contrats « Stations de demain », La Région Sud a déjà consacré presque 50 millions d’euros d’aide à leur transition. Elle prépare un nouveau dispositif d’accompagnement pour l’innovation énergétique et environnementale.

 

 

Orcières reprend la main sur son territoire

Comment les Alpes du Sud veulent contrer les mauvais plans du climat 1
La station d’Orcières-Merlette

C’est l’une de stations qui profite de cet argent public. Pour reprendre en main le destin de ses montagnes, la « station des Marseillais » vient d’en finir avec 19 ans de délégation de service public auprès de l’opérateur Labellemontagne. C’est désormais une société d’économie mixte, la Semilom, qui dirige le domaine. Elle associe la commune (majoritaire), le département des Hautes-Alpes, le groupe Saur (numéro trois français de la distribution et du traitement de l’eau) et un ensemble d’acteurs locaux comprenant notamment l’école de ski et l’association des commerçants.

« Nous reprenons en main l’avenir de notre territoire, pour conduire librement son développement face aux enjeux de l’environnement et du réchauffement climatique », explique Patrick Ricou. Ce dernier avait fait sa priorité de ce dossier dès son élection comme maire, lors des dernières municipales.

 

Rationaliser les équipements

La Semilom qui a emporté le marché a été créée en 1991 et a déjà exploité le domaine jusqu’en 2003. Elle revient à sa tête avec un projet très ambitieux, pour lequel elle a prévu d’investir 45 millions d’euros, concentré sur dix années. Elle va d’abord rationaliser l’offre : sans changer le nombre de pistes, 9 remontées mécaniques (représentant 50 pylônes et 9 km de câbles) vont ainsi être démontées. Elles seront remplacées par une poignée d’installations plus légères en altitude et un gros porteur plus économe. Ce dernier permettra d’augmenter de 20% le débit des skieurs en bas de station, en heures de pointe.

L’investissement concerne également la piétonnisation du cœur de station. Sont prévus un parking couvert de 500 places et la valorisation d’une friche touristique pour y construire un hôtel de grande capacité en front de neige. Près du sommet, le vieux restaurant d’altitude sera reconstruit à proximité d’un plateau alpin partiellement rendu à la nature. De quoi valoriser un tourisme 4 saisons.

 

60% de logements vétustes à rénover

Cette montée en gamme s’accompagne d’un travail de fonds sur l’offre d’hébergement. Près de 60% des 19 000 lits sont rarement occupés par leurs propriétaires, car souvent trop vétustes pour être loués. Un programme d’incitation aux travaux a déjà été mis en place et permis la rénovation de 173 appartements désormais labellisés « Orcières qualité confort ». Il sera accentué l’an prochain grâce à l’accompagnement d’Atout France. Cela compléterait les 800 lits en résidence de tourisme 4 étoiles livrés ces deux dernières saisons.

La Semilom attend de ces travaux au moins 10% d’économie d’énergie sur le fonctionnement global de la station. Et 3% de croissance annuelle de son chiffre d’affaires (11 millions d’euros en 2021). ♦

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