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Le confinement, une période propice aux rêves ?

Par Agathe Perrier, le 30 avril 2020

Journaliste

« On rêve plus en période de confinement ». Certains l’assènent comme une vérité absolue – vous aussi vous avez remarqué que beaucoup sont devenus experts et scientifiques en l’espace de quelques semaines ? – quand d’autres n’observent pas de différence par rapport à d’ordinaire. Pour faire le point, j’ai interrogé le docteur Isabelle Lambert, neurologue et responsable du centre du sommeil de l’hôpital de La Timone, à Marseille.

 

Marcelle – Certaines personnes ont l’impression de rêver davantage depuis le début du confinement. Est-ce qu’un lien est scientifiquement prouvé ?
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Docteur Isabelle Lambert, neurologue et responsable du centre du sommeil de l’hôpital La Timone, à Marseille © DR

Dr Isabelle Lambert – Il y a des hypothèses qui peuvent expliquer cela. D’abord le fait qu’une partie de la population augmente son temps de sommeil avec le confinement. Dormir plus longtemps le matin peut accroître la période de sommeil paradoxal. Cette phase survient plutôt en fin de nuit. C’est celle où on a le contenu émotionnel le plus élevé et où les rêves sont le plus extravagants. Donc dormir plus tard peut favoriser le fait de rêver davantage ou de se rappeler des rêves plus extravagants.

Une autre explication serait que le confinement génère un stress ambiant particulier. Tout le monde est très préoccupé, le niveau global d’anxiété a augmenté. Or, on sait que le rêve, en particulier en sommeil paradoxal, nous aide à assimiler certaines émotions, à les dépasser, les digérer. Il est donc possible que la présence d’un stress global omniprésent participe à modifier le contenu global des rêves, et génère des rêves un peu plus habités par des thématiques négatives, anxiogènes ou émotionnelles. Il faut cependant garder en tête que le rêve n’est pas une simple répétition de ce qu’il s’est passé la veille. C’est plus complexe qu’un film qu’on se rejoue.

Enfin, beaucoup de personnes remettent aussi des choses en question sur leur vie au cours de cette période de confinement. Des questionnements émergent et peuvent influencer les processus émotionnels de façon globale, dont les rêves. Mais j’insiste : ce ne sont que des hypothèses.

 

Les scientifiques s’intéressent-ils justement à cette période de confinement et à son influence sur nos rêves ?

La communauté des spécialistes du sommeil est bien sûr mobilisée. Les scientifiques se penchent, d’une part, sur le plan psychologique, soit l’étude des rêves. Et sur le plan chrono-biologique d’autre part, pour comprendre comment les changements de nos rythmes sociaux influencent nos rythmes biologiques. Ils observent également les conséquences de ces changements sur les pathologies du sommeil, comme par exemple l’insomnie, très sensibles aux changements de rythme. Cette période de confinement peut modifier de façon importante le sommeil : de façon positive pour ceux qui en manquent, de façon plus négative pour ceux souffrant de pathologies.

Les études sur la période vont faire l’objet de publications dans les mois et années à venir. On aura les réponses après le confinement. Il faut être patient.

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Certaines personnes ont l’impression de ne jamais rêver. Est-ce vraiment possible ?

Le seul moyen de savoir si une personne rêve est de lui demander. Il n’existe pas de méthode d’imagerie qui permette d’en être sûr autrement. Sur ce sujet, il est clair que l’on n’est pas tous égaux : certains arrivent mieux que d’autres à rapporter leurs rêves. Cela ne veut toutefois pas dire que l’on ne rêve pas. On rêve, même si on ne s’en souvient pas.

 

Faut-il justement s’inquiéter si on ne se rappelle pas de ses rêves ?

Non, ce n’est pas mieux ou moins bien de se souvenir de ses rêves. Ce n’est pas un trait pathologique, il ne faut donc pas s’inquiéter. Si par contre on estime que l’on passe à côté de quelque chose en ne se rappelant pas de ses rêves, il y a des possibilités pour mieux s’en souvenir.

 

ecrire-carnet-reve-confinementQuelle astuce permet de s’entraîner à mieux se rappeler de ses rêves ?

On préconise de tenir un carnet de rêves. Chaque matin, on y inscrit ses rêves ou ne serait-ce que ses impressions. Plus on porte de l’attention à ses rêves, plus on s’en souvient au fur et à mesure. Grâce à l’entraînement – certains y arrivent de façon spontanée – il est possible d’acquérir un niveau de lucidité très important. Des personnes arrivent même à interférer dans le contenu de leurs rêves.

Le fait de se réveiller la nuit augmente aussi le rappel des rêves, alors que si l’on dort d’une traite, on ne se souvient que du dernier. Évidemment, je n’incite personne à se réveiller exprès la nuit pour capter ses rêves !

 

Bonus :
  • Le centre du sommeil de La Timone prend en charge toutes les pathologies du sommeil (troubles du sommeil, insomnie, syndrome d’apnée du sommeil, ronflement, hypersomnies rares (narcolepsie), parasomnie (somnambulisme), syndrome des jambes sans repos) avec une orientation néanmoins plutôt neurologique. Comme l’explique le docteur Isabelle Lambert : « Les centres du sommeil peuvent être généraux ou avoir une composante phare. Celui du CHU de Grenoble, par exemple, est d’abord respiratoire alors que celui de Montpellier est spécialisé sur les hypersomnies. Nous, nous sommes rattachés à la neurophysiologie ». Le centre du sommeil de La Timone est une unité du service d’épileptologie et de rythmologie cérébrale du professeur Fabrice Bartolomei, (nous avions évoqué ses essais cliniques sur l’épilepsie ici).

 

  • Les autres centres du sommeil de Marseille : outre l’hôpital de La Timone, d’autres établissements de santé marseillais disposent d’un centre du sommeil. C’est le cas de l’hôpital Européen, de l’hôpital privé Beauregard ou de la clinique Bouchard. Ainsi que l’hôpital d’Aubagne.

 

  • Un sujet d’étude scientifique assez récent : les rêves ont toujours beaucoup fait parler, confinement ou pas. « Ils fascinent depuis l’Antiquité », confirme le docteur Isabelle Lambert. Si la psychologie et la philosophie les interprètent depuis des siècles, la science aussi les étudie. Les neurosciences plus précisément. Les recherches portent sur le cerveau en train de rêver et ont démarré dans les années 1990.

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