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Contre le gaspi et pour le partage : les Hôtels Solidaires

Par Nathania Cahen, le 5 novembre 2021

Journaliste

Les Hôtels Solidaires distribuent chaque année 28 000 produits d'hygiène, 14 500 viennoiseries et 24 tonnes de mobilier @Pixabay

La question effleure toujours l’esprit de ceux qui ont la chance d’aller à l’hôtel : mais que deviennent tous ces croissants et brioches qui trônent en abondance sur les buffets du petit-déjeuner ? Et toutes ces mignonnettes de savon liquide et de shampoing dont on n’a pas utilisé le quart ? Poubelle. En réaction à ce gâchis, deux jeunes Parisiens créent en 2018 l’association Hôtels Solidaires, pour collecter ces biens qui font cruellement défaut à d’autres. 50 établissements les ont rejoints depuis et 60 000 personnes ont déjà été aidées.

 

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La camionnette remplie d’oreillers @DR

La tournée a lieu le lundi matin. L’estafette de l’association entame son cabotage, d’un hôtel à un autre – une vingtaine de haltes en moyenne. Celles ou ceux qui sont à bord récupèrent des viennoiseries intactes, des fruits, des produits d’hygiène – échantillons, mini-doses, savonnettes. Régulièrement aussi du linge de maison, draps, serviettes, peignoirs ou mules, qui ne conviennent plus. Ponctuellement, des oreillers, du mobilier, des matelas, des couvre-lits ou des rideaux passés de mode. Et même, très exceptionnellement, des …aspirateurs !

 

Un pont entre les aliments condamnés et ceux qui ont faim


Les Hôtels Solidaires sont nés en 2018. Le job d’appoint d’Antoine Janot est alors veilleur de nuit. Apercevoir chaque matin la somme de croissants et brioches non consommés et condamnés à la poubelle le trouble. Avec son compère Pierre Capelle, l’idée germe de jeter un pont entre ces aliments encore frais et ceux pour qui la faim est un problème quotidien.

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Après la collecte, la livraison aux associations @DR

Aux viennoiseries s’adjoignent bien vite les produits d’hygiène dont les petits formats remplissent chaque jour des poubelles entières. Les collectes ont d’abord lieu à raison de trois ramassages par semaine, en véhicule électrique dès 2019. Les denrées et produits récupérés sont ensuite livrés à des associations qui viennent en aide aux déshérités : L’Armée du Salut, Aurore, Emmaüs, L’Amicale du Nid, le foyer La Caravelle à Boulogne-Billancourt… Un cercle vertueux qui vaut à l’association un Trophée d’Honneur de l’Économie Sociale et Solidaire la même année.

Puis survient la crise sanitaire. Vont lui succéder la fermeture des hôtels, une reprise frileuse, des achats plus mesurés. « Depuis, dans les hôtels, la prudence est de mise, relève Karine Sadaka, coordinatrice de l’association. Ils comptent davantage, font plus attention aux quantités ».

 

  • Les Hôtels Solidaires distribuent en moyenne chaque année 28 000 produits d’hygiène, 14 500 viennoiseries et 24 tonnes de mobilier. 

 

Une cinquantaine d’hôtels parisiens

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Mini flacons et échantillons de produits d’hygiène et de beauté @DR

Dans les pas de l’hôtel Signature, pionnier du genre, et en dépit de la crise traversée, ils sont toujours plus nombreux à rejoindre la boucle vertueuse : une cinquantaine déjà, du 2* au 5*. Les rangs ont encore grossi dernièrement avec l’adhésion des établissements Adèle et Jules et Grand Power. « Nous nous rendons visibles et démarchons. Mais nous sommes aussi contactés par des directions comme par des femmes de chambre », évoque Karine Sadaka.

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Betty Moura Alves, responsable administrative du Grand Hôtel du Palais Royal

Betty Moura Alves, responsable administrative du Grand Hôtel du Palais Royal, parle d’évidence. « J’avais conscience de tout ce qu’on jetait, à l’encontre de la démarche RSE volontariste qui est la nôtre. Nous sommes soulagés de leur confier les produits non consommés au petit-déjeuner, et les petits flacons de gel douche ou lait pour le corps. Cela reste une maigre contribution, mais c’est celle que nous pouvons offrir ». Dans cet hôtel, le personnel est impliqué : « la solidarité, l’aide au prochain sont des valeurs communes. Nous soutenons aussi depuis plusieurs années l’association les Petits Princes, en offrant l’hébergement », poursuit la gérante.

 

 

La couture, pour l’insertion et pour les recettes

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Karine Sadaka, ccordinatrice des Hôtels Solidaires @DR

Je rencontre Karine Sadaka à Boulogne-Billancourt, dans les locaux-atelier de l’association. Karine a une formation d’ingénieure environnement, sensible au gaspillage, à la gestion des déchets et la seconde vie des objets. « À cette dimension s’ajoute ici du social et du solidaire. Tant mieux ». Non loin de nous, penchée sur une machine à coudre, Salimata coud des tote-bags dans des draps blancs.

« Nous récupérions beaucoup de linge, de draps notamment. Nous avons alors pensé à monter un atelier de transformation. Pour former à la couture, donner du travail, et utiliser ces stocks pour les upcycler en sacs, pochettes, trousses… », explique la jeune femme. L’atelier pédagogique mis en place en septembre a vocation à devenir un atelier d’insertion.

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Salimata en train de coudre des tote-bags

Salimata est la première employée. Cette mère de famille de 39 ans, agent de bord SNCF en d’autres temps, cherchait à renouer avec la vie active lâchée il y a dix ans. « C’est parfait. J’avais suivi une formation stylisme dans le cadre d’un Fongecif car j’aime coudre. Et il y a en plus une dimension humanitaire qui me plaît beaucoup ».

Cet atelier est une des pistes envisagées pour diversifier les revenus, car le modèle économique sera difficilement tenable s’il repose sur les seules subventions. Cela permettra de réaliser des ventes –  l’entreprise Novaxia a ainsi déjà passé commande pour des trousses de toilette.

D’autres projets mûrissent par ailleurs. Autour de l’hébergement solidaire notamment. « Tant de chambres d’hôtel sont vides quand des personnes ont besoin temporairement d’un logement, ne serait-ce que les familles d’enfants hospitalisés ! On peut même fournir des reçus fiscaux pour qu’ils déduisent 60% au titre de dons », observe Karine. Et si l’activité hôtelière se stabilise, reprendre au moins une tournée supplémentaire chaque semaine s’imposera – à condition que la vingtaine de bénévoles y suffise. Le modèle a déjà essaimé à Rennes. Qu’attendent les autres villes ? ♦

 

Bonus
  • Ça marche aussi : Unisoap. 51 millions de savons jetés chaque année par les hôtels quand 3 millions de personnes n’ont pas accès à des produits d’hygiène. Créée en août 2017 à Lyon, Unisoap est la première association française, à but non lucratif, qui collecte et recycle le savon des hôtels à des fins humanitaires.

L’objectif est de transformer ces déchets en ressources pour des populations vulnérables en leur donnant accès à l’hygiène. Les savons usagés des hôtels récupérés partout en France sont recyclés au sein d’un ESAT (Établissement et Service d’Aide par le Travail). Puis nous les nouveaux savons recyclés sont donnés à des associations partenaires locales. Une démarche qui soutient le tourisme durable et solidaire et le zéro déchet

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