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Contre le mal logement, les Ch’tites Maisons Solidaires 

Par Marie Le Marois, le 11 novembre 2022

Journaliste

Les bénévoles des Ch'tites Maisons Solidaires

Selon le rapport de la Fondation Abbé Pierre, plus de 4 millions de personnes sont non ou mal logées en France. Un banquier et un Rom ont créé une économie vertueuse à Lille : Les Ch’tites Maisons Solidaires. Ils encouragent les particuliers à louer leurs chambres d’amis à des touristes pour financer un toit à des sans-abri.

 

Sophie a profité du départ de sa cadette à Bruxelles pour louer sa chambre sur AirBnB. Non qu’elle ait besoin particulièrement d’argent  – elle a fini de payer sa maison et jouit d’un salaire confortable. Mais cette pétillante architecte souhaite œuvrer pour le mal-logement. Comment ? En reversant le fruit de ses locations à l’association Les Ch’tites Maisons Solidaires fondée par Christophe Thomas et Tony Mijalovic.

Comme elle, environ 90 hôtes solidaires, dont une dizaine actifs, mettent à disposition ponctuellement leur bien sous la même marque #Hostforgood, que ce soit une pièce ou la maison entière. C’est le cas de Nicole qui, avec ses trois fils, loue l’habitation de son père pour une série télévisée – l’équivalent de 1 440 nuits à l’abri pour l’association. 

Un Rom et un banquier

#HostForGood
Sophie loue sa chambre d’ami sur AirBnB et rejoint ainsi la communauté #HostForGood

Sophie aurait pu directement loger une personne en situation de précarité. D’ailleurs, plus d’une fois, quand elle en voyait faire la manche au feu rouge, elle n’avait qu’une envie : lui offrir une douche et un repas chaud. « Et après ? Je la mets dehors ? » lâche-t-elle, réaliste. Il n’est pas facile d’ouvrir sa porte à un inconnu, « surtout que, lorsqu’on accueille quelqu’un, on ne sait jamais quand il repart et c’est valable aussi pour le copain qui vient squatter », insiste Christophe Thomas, barbe fournie et verbe posé.

Lui-même a été confronté à cette situation. C’est d’ailleurs le point de départ des Ch’tites Maisons Solidaires, nées en 2017. Banquier le jour, il distribuait le soir des denrées alimentaires dans les bidonvilles à la lisière de Lille, pour l’association Père Arthur, ami des pauvres. Le chauffeur de la camionnette, bénévole lui aussi, n’était autre que Tony Mijalovic. Une amitié a éclos entre ces deux hommes que tout oppose. Entre le premier né dans « une belle maison » avec un père qui lui a payé de belles études qui lui ont permis d’acheter à son tour « une belle maison ». Et le second, qui a « grandi dans un bidonville et n’a pas été à l’école ».

 

 

Partager le confort

Père Arthur, ami des pauvres
Christophe Thomas et Tony Mijalovic, au début de leur rencontre, devant la camionnette d’aide alimentaire  »Père Arthur, ami des pauvres »

Un jour, ce Rom, sa femme et leurs deux enfants se sont vus contraints par la police d’évacuer leur logement de fortune. « Le père Arthur m’a alors dit : ‘’tu as une grande maison toi, accueille-les », se souvient Christophe Thomas. Pas question pour ce papa solo d’imposer cette situation à sa fille de trois ans. Il a une meilleure idée : proposer sur AirBnB ses chambres vides. Et reverser ensuite le prix de la location au propriétaire que le père Arthur avait trouvé entre-temps pour Tony. « En un week-end, ma maison avait couvert trois mois de son loyer ». 

Par la suite, tous les deux, toujours à bord de la camionnette (nommée  »Alléluia » !), élaborent les grandes lignes de l’association et sa philosophie : le partage du confort pour réduire les inégalités.

 

♦ « L’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) a adopté 17 objectifs de développement durable (ODD). L’Objectif 10 est de réduire les inégalités dans les pays et d’un pays à l’autre », Christophe Thomas.

 

Des habitats solidaires…

AmbleteuseAvec l’argent récolté depuis 2017 grâce à la communauté #HostForGood, l’association construit des ‘’ch’tites maisons’’ nomades type Tiny House. Trois pour y installer des familles précaires et trois pour des personnes désireuses d’adopter une vie plus sobre. Tous paieront le même loyer : 350 euros par mois. Ce sera « une rencontre à niveau intermédiaire de confort », résume Christophe Thomas.

Il est en effet important pour les fondateurs de favoriser la mixité sociale avec d’autres populations, plus favorisées. Dans la même idée, les ‘’Ch’tites maisons’’ seront posées au cœur de Lille et non en périphérie, sur des friches. Ce qui permettra en plus de les valoriser le temps de leur occupation.

 

…et mobiles

Contre le mal logement, les Ch’tites Maisons Solidaires  3
Projet du village partagé qui devait voir le jour au printemps dans le quartier de Saint-Maurice Pellevoisin.

L’association a choisi d’investir dans les maisons alternatives que sont les Tiny House, plutôt que dans du traditionnel. Car cet habitat est léger (16 m² au sol, 20 m² en tout), écologique, mobile avec ses roues et, donc, « plus faciles à déplacer quand on devra quitter les lieux ». Elles sont par ailleurs esthétiques avec leur robe en bois fabriquée par des apprentis locaux, à partir de plans offerts par les concepteurs (voir bonus). 

Le premier village partagé – ‘’Lil’Pouss’ ‘’ – devrait voir le jour au printemps 2023 à Saint-Maurice-Pellevoison. Les habitants du quartier ont été invités à choisir trois modèles de Tiny parmi une douzaine. Une démarche incontournable « pour encourager l’adhésion au projet ». La friche appartient à la mairie de Lille qui a un projet de logements sociaux. En attendant, elle loue ce terrain de 1000 m² à l’association « un an, quatre fois renouvelable », détaille Christophe Thomas, toujours à l’affût pour « le coup d’après ». Il a déjà repéré sept autres friches appartenant à la mairie et à la SNCF.

 

♦ Pour élaborer son modèle d’architecture sociale et solidaire, les Ch’tites Maisons Solidaires travaillent en partenariat avec les associations Quatorze à Paris et Un Toit vers l’Emploi à Rouen.

 

Payer un salaire plutôt qu’un loyer

ferme urbaine Concorde
L’association souhaite favoriser les  »Jobs écologiquement responsables », comme ceux proposés par la ferme urbaine Concorde. @Lille

Pourquoi ne pas payer directement les loyers ? Le banquier et le Rom, comme ils aiment à se définir, ne veulent pas entrer dans un système d’assistanat. Pour la dignité des bénéficiaires et parce qu’ils considèrent que chacun est en mesure « de se prendre en charge ». Les co-fondateurs envisagent en revanche, lorsque toutes les Tiny seront financées (quatre le sont pour l’instant), d’aider les bénéficiaires à trouver un emploi en soutenant financièrement des entreprises. 

Dans leurs projets, qui ne cessent d’évoluer, ils aimeraient que ces entreprises proposent des ‘’jobs écologiquement rentables’’. « Dans notre process, ils deviennent ainsi des acteurs pour la planète ». L’association soutient déjà Lille Sud Insertion qui pilote notamment un projet de ferme urbaine dans laquelle travaille Tony Mijalovic.

 

Un modèle pas si simple

habitat légerLe montage de ce cercle vertueux n’a pas été simple. Les fondateurs avaient envisagé d’ouvrir leur premier village bien plus tôt. Les deux années de Covid, déjà, ont fait perdre à l‘association deux années de revenus locatifs. Et la mairie vient à peine de leur délivrer le permis de construire, « c’est normal, elle avait besoin d’un projet bien ficelé, notamment vis-vis de ses administrés », confie Christophe Thomas qui revendique « le droit à l’échec ». Il souligne qu’ils sont dans l’expérimentation : « peut-être que notre village ne fonctionnera pas ».

 Autre déconvenue, les propriétaires solidaires pouvaient recevoir un temps des reçus fiscaux pour déduire leurs dons des impôts lorsqu’ils dépassaient la limite des 700 euros par an. Ce n’est plus le cas pour l’instant, l’État reprochant à l’association « de ne pas avoir encore financé d’actions solidaires ». Mesure qui engendre, par conséquent, moins de revenus.

 

 

De nombreux projets

Ch'tites Maisons Solidiares
La famille des Ch’tites Maisons Solidiares

Christophe Thomas et Tony Mijalovic restent confiants, notamment grâce à la formidable énergie qui entoure ce projet et qui en suscite de nouveaux. La création d’autres villages bien sûr, mais aussi l’occupation de maisons vacantes, toujours de façon temporaire. Ainsi qu’une plateforme de locations dédiée.

Le banquier a quitté ses fonctions pour se consacrer bénévolement, pour l’instant, à l’association. Tony Mijalovic a obtenu un logement HLM et travaille pour Lille Sud Insertion. Quant à Sophie, notre hôte solidaire est plus que jamais déterminée à louer sa chambre d’amis. Elle s’est fixée dix week-ends cette année. Pour y parvenir, elle n’hésite pas à guider ses invités dans Lille et à leur servir un breakfast digne de ce nom. Les touristes et voyageurs d’affaires venus chez elle ont apprécié cet accueil chaleureux. En plus de participer à l’action solidaire #HostForGood.♦

 

À quoi peut ressembler une start-up sociale ? 5

*RushOnGame, parrain de la rubrique « Économie », vous offre la lecture de l’article dans son intégralité *

 

Bonus

[pour les abonnés] – Villa village, résidence intergénérationnelle à Lille – Le financement des Ch’tites Maisons – Les Tiny Houses de l’association.

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