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L’agence matrimoniale plus efficace que le site de rencontres ?

Par Olivier Martocq, le 27 juillet 2022

Journaliste

Où et comment rencontrer l'amour ? ©Marcelle

Le célibat concerne 18 millions de Français. Un chiffre en constante augmentation selon les données statistiques de l’INSEE qui illustrent quelques points marquants. Toutes les tranches d’âge sont concernées. Plus de la moitié des célibataires habitent dans des villes de plus de 100 000 habitants. Deux sur trois sont des femmes. Un sur deux a plus de 50 ans. La mise en relation est devenue un business à part entière, trusté par plus de 2 000 sites et appli de rencontres. Dans cette jungle, la bonne vieille agence matrimoniale qui remonte en France à 1825 (source Wikipédia), s’affiche comme une alternative au virtuel.

 

Il n’y a pas que les célibataires qui s’inscrivent sur les plateformes de rencontre en ligne « dans l’espoir de trouver l’amour ». En France, plus de 20 millions de personnes y ont en effet leur profil. Et elle est déjà loin l’époque où Meetic (2001) était le seul site à officier dans ce domaine. Autre paradigme qui a changé, utiliser les technologies de la toile pour rencontrer l’âme sœur n’est plus un acte honteux opéré en catimini, mais un acte revendiqué. Dans les conversations, on est Tinder, Bumble, Attractive World ou encore HugAvenue. Les sites sont comparés, analysés, commentés. Notamment sur leurs avantages. La plupart désormais sont équipés d’un système de géolocalisation qui permet de trouver des hommes ou des femmes à proximité.

Couple : l'agence matrimoniale plus efficace que le site de rencontres ? 1
L’intelligence artificielle et l’intelligence humaine aptes à former des couples ©Pixabay

La vraie différence, c’est l’algorithme. « L’intelligence artificielle » qui permet de rapprocher les profils et de les faire matcher. Certaines bases affichent plus de 5 millions de membres. Et ça marche, nous avons tous dans nos relations des couples qui se sont connus via internet.

 

Le syndrome #meetoo

Philippe, 54 ans, cadre supérieur divorcé, représente l’archétype du client potentiel. « C’est très compliqué aujourd’hui d’aborder une femme. La relation dans le cadre professionnel est totalement bannie. Le péril  #meetoo empêche toute approche, surtout quand il y a un rapport hiérarchique. Dans un bar ou en boîte de nuit, des lieux pourtant adaptés à la drague, même chose. N’importe qui peut filmer. Les vidéos tournent immédiatement sur les réseaux sociaux. Du coup la rencontre physique – basée sur le feeling, la voix, le look, le moment partagé – a quasiment disparu ». D’où le passage obligé, estime-t-il, par des intermédiaires. Que ce soit l’intelligence artificielle et les sites internet ou des professionnels ayant pignon sur rue comme les agences matrimoniales.

 

La quête du profil vrai !

Enquête à Marseille. Située sur l’avenue du Prado, une artère bourgeoise de la ville, l’agence de rencontres sérieuses Unicis (on ne dit plus agence matrimoniale) est invisible depuis le trottoir. Il faut monter au 5e étage d’une vaste résidence pour trouver, non pas un boudoir, mais un bureau fonctionnel classique, équipé d’un ordinateur. « Notre premier contact avec un futur adhérent passe par le web », reconnaît Aurélie Malagoli, la directrice de l’agence. Pour entrer dans le fichier du groupe qui compte 104 agences en France, des conditions strictes sont requises. Il faut être « libre à l’état civil ». Ce qui signifie que pour pouvoir candidater il faut être célibataire, divorcé(e), en instance de divorce mais séparé.e de corps et vivant seul, veuve ou veuf. Il s’agit bien évidemment de se démarquer des sites de rencontre et appli qui ont pris d’assaut internet. De s’afficher comme un anti Tinder ou Fruitz.

 

♦ (re)lire aussi : Retrouver sa mère au bout du monde

 

Indispensable, l’indépendance financière

L'agence matrimoniale plus efficace que le site de rencontres ?
Un test de caractère en ligne précède le premier rendez-vous à l’agence © Pixabay

Autre critère important : l’indépendance financière est requise. « Nous ne travaillons que pour les personnes qui souhaitent construire une relation à long terme, durable et basée sur la confiance et la sincérité », explicite Aurélie Malagoli. Elle va donc contrôler les points clés du dossier dès le premier entretien. Ainsi, les justificatifs essentiels comme la situation de famille, le domicile ou l’activité professionnelle doivent être produits.

La discussion prévue pour durer une heure et demi permet également à la « marieuse », qui a un bagage professionnel ad hoc, de bien cerner le profil du ou de la candidate en recherche de l’âme sœur. « Il n’y a pas de mensonge possible sur l’apparence, l’âge, la taille, le poids, la profession. On est là pour s’assurer que les éléments mis en avant sont bien réels. Mais aussi pour comprendre la démarche afin d’affiner la recherche. Notre but est que ça matche avec la première personne rencontrée, ce qui arrive ».

 

Peu de membres, mais des profils affûtés

Innovation 2022, un test de caractère en ligne avant le premier rendez-vous à l’agence permet de mieux cerner les attentes des candidats mais aussi leur personnalité. Une fois le profil établi, un logiciel permet de le croiser avec ceux d’une base qui, pour la seule région marseillaise, compte environ 2 000 membres.

Magali (le prénom a été changé), une cadre commerciale du secteur automobile, a franchi la porte de l’agence du Prado à 30 ans. « Le travail m’accaparait dix heures par jour. Avec les sites internet, j’allais de surprise en déception quand j’avais en face de moi celui pour qui je m’étais enflammée sur la toile, juste avec des mots. L’agence matrimoniale m’a permis en fait de gagner un temps infini ». Aujourd’hui mariée, mère d’un petit garçon, elle avoue que son mari ne répondait pourtant pas à l’un de ses critères de départ, alors essentiel. « Il avait quatorze ans de plus que moi. Aurélie Malagoli l’avait rencontré quand il s’est inscrit et m’a convaincue d’accepter un premier rendez-vous. La relation de confiance qu’on avait établie a permis ce que l’intelligence artificielle n’aurait jamais pu faire. Car j’aurais immédiatement écarté son profil sur cette question de l’âge, essentielle pour moi à l’époque ! » ♦

 

* Le FRAC Provence accompagne la rubrique société et vous offre la lecture de cet article *

 

Bonus

[pour les abonnés] – Un business encadrés – L’enquête de 60 millions de consommateurs –

  • Un business encadré. Olivier Zaghdoun, le Pdg d’Unicis, note dans la fiche de présentation de son groupe que « ces trois dernières années, malgré la crise de la Covid, son groupe a ouvert plus de 40 agences en France avec des candidats de plus en plus jeunes, même si la moyenne d’âge tourne autour de 50 ans ». Créé à Lille en 1973, décennie culte pour les agences matrimoniales, Unicis compte 104 agences franchisées dans l’hexagone. L’investissement est de l’ordre de 30 000 euros pour les responsables d’agence, qui s’engagent dès lors à respecter une charte.

Certaines agences matrimoniales affichent des spécialités, l’âge ou la ruralité par exemple. Plus glauques certaines mettent en avant des profils ethniques ou liés à l’actualité comme une base importante d’Ukrainiennes en recherche de relations stables. Le Net en fait tout autant !

 

  • Trop de déceptions. Sur les sites de rencontres, 25% d’hommes et femmes du panel interrogé par le magazine « 60 Millions de consommateurs », n’ont pas réussi à décrocher un rendez-vous. Adrian de San Isidoro, chef de rubrique équipement et loisirs à la rédaction du magazine a mené l’enquête. Sur le sujet, lire ici l’article de Neonmag.

 

 

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