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De plus en plus de femmes tentées par l’entrepreneuriat

Par Olivier Martocq, le 18 novembre 2021

Journaliste

Éléna Poincet, cofondatrice et CEO de Tehtris, lauréate du Bold Woman Award 2021 - crédit photo Ayka Lux

Le second baromètre international Maison Veuve Clicquot sur l’entrepreneuriat féminin* révèle que la crise du Covid a renforcé l’envie d’entreprendre des femmes mais que c’est toujours plus difficile pour elles que pour les hommes. Idées préconçues, barrières structurelles et mentales semblent persister. Nous avons invité trois cheffes d’entreprise à commenter cette enquête.

 

L’impact de la pandémie et sa gestion sanitaire ont été différents selon les continents et les pays. Pour autant le premier enseignement majeur de ce baromètre est que malgré l’instabilité économique liée à la crise de la Covid les femmes ont su rester positives. Mieux elles ont vécu cette période compliquée comme génératrice de nouveaux défis. Dans onze des dix-sept pays étudiés, plus d’un tiers d’entre elles ont profité du rebond pour trouver de nouvelles opportunités voir créer des entreprises. La France ne fait pas exception avec 53% des entrepreneures qui se sentent plus confiantes et déterminées qu’avant la crise.

 

Un plan de carrière désormais assumé 

Pour 30% des femmes entrepreneures ou aspirant à le devenir, gagner de l’argent est devenu la motivation principale. Sur ce point, le baromètre 2021 marque une évolution notable par rapport à la première édition. Il s’agit même d’un bouleversement des mentalités. Il y a deux ans, l’argent n’était essentiel que pour 8% des femmes alors qu’il représentait déjà l’élément déterminant pour les hommes. La reconnaissance sociale arrive en seconde position (27%). Suivent : donner un sens à sa vie (22%) et enfin devenir sa propre patronne (16%). Ainsi, pour une femme être entrepreneure n’est plus seulement répondre à un besoin ou se doter d’une mission à résoudre mais bien avoir un projet de carrière autant qu’un projet de vie. Désormais les aspirations qui conduisent à vouloir être cheffe d’entreprise sont identiques entre les femmes et les hommes et reposent sur les mêmes paramètres professionnels.

 

 

Des barrières structurelles et mentales demeurent 

De plus en plus de femmes tentées par l’entrepreneuriat 4
Pour 65% des Françaises concernées, l’entrepreneuriat féminin a des conséquences sur la vie familiale @Pixabay

Quel que soit le pays, il y a une constante : pour une majorité de femmes, l’équilibre vie professionnelle/ vie personnelle est une problématique majeure. En France, 57% des personnes interrogées déclarent qu’il est plus difficile pour une femme de devenir entrepreneur que pour un homme. Pour 65% des Françaises concernées, l’entrepreneuriat féminin entraîne des conséquences sur la vie familiale. Autre enseignement, dans les métiers d’avenir à haut potentiel économique comme la tech et l’informatique, les femmes sont sous-représentées : 2% contre 14% d’hommes. Un écart que l’on retrouve dans tous les pays.

 

 

Besoin de modèles féminins 

La crise de la Covid n’a fait que renforcer les besoins en matière de mentoring. Dans ce domaine les femmes et les hommes sont à égalité. Près de 2 sur 3 déclarent s’appuyer sur des rôles modèles. Pour 92% de femmes, il s’agit de femmes entrepreneures inspirantes avec une particularité, seules 17% sont capables de citer le nom d’une femme cheffe d’entreprise alors qu’elles sont 31% à connaître au moins un entrepreneur à succès. Le manque de notoriété et de visibilité de l’entrepreneuriat féminin est une constante dans les 17 pays étudiés. ♦

 

*L’enquête a été réalisée auprès d’un échantillon constitué de 32 000 répondants à partir d’un panel en ligne entre le 12/11/2020 et le 18/01/2021, par l’institut Market Probe. Les pays étudiés : France, Royaume-Uni, Afrique du Sud, Japon, Hong-Kong, États-Unis, Australie, Canada, Russie, Allemagne, Espagne, Italie, Corée du Sud, Belgique, Suisse, Nigeria, Mexique.

 

***

Paroles d’entrepreneures. Elles sont trois à commenter 4 aspects du Baromètre. Elena Poincet, cofondatrice et CEO de Tehtris, qui a remporté mardi le Bold Woman Award 2021 (qui depuis 50 ans récompense et met en lumière des cheffes d’entreprise audacieuses). Laurence Paganini, CEO de Kaporal. Et Nathalie Hagège, fondatrice et CEO de Proneem.

 

57% de la population pensent qu’il est plus difficile pour une femme qu’un homme de devenir entrepreneur…
De plus en plus de femmes tentées par l’entrepreneuriat
Elena Poincet @DR

Éléna Poincet. « Il est vrai que traditionnellement, les femmes doivent faire leurs preuves là où souvent on suppose qu’un homme sait faire. Cela se vérifie dans tous les postes, et encore plus dans les fonctions de leadership.

Nous avons lancé Tehtris alors que j’avais dépassé ce stade, mais il est fréquent aussi que les femmes gèrent la vie de famille et la maison plus que les hommes. Monter son entreprise n’est pas un projet « solo » et de ce fait on embarque son entourage. »

Nathalie Hagège. « Dans la réalité, dans un premier temps, les femmes se posent des barrières virtuelles liées à leurs vies personnelles, la culpabilité et à l’opinion qu’elles se font d’elles-mêmes. Alors que pour moi, ma construction personnelle et ma famille ont toujours été des éléments moteurs de mon entrepreneuriat.  Je pense aussi que l’on se peut construire dans la résilience (et cette crise sanitaire le montre) et dans des moments critiques, en se remplissant d’énergies positives et de motivations.

La considération des hommes dans le business et l’intuition féminine sont des atouts formidables quand on sait les mener de pair.  Il faut croire en soi. »

Laurence Paganini. « Je pensais que ce serait pire, compte tenu des stéréotypes qui demeurent. Dont certains sont une réalité, comme la famille et les enfants. Il existe aussi des freins propres aux femmes qui relèvent de la psychologie, par exemple la prise de risque. Oser n’est pas inné : c’est un pas important à franchir quand on veut devenir entrepreneure. »

 

50% des femmes entrepreneures estiment avoir besoin de mentorat coaching etc…

Éléna Poincet. « Il s’agit ici souvent de manque de confiance en soi des femmes devant ce challenge qu’est l’entrepreneuriat. Elles ressentent alors le besoin d’être conseillées, rassurées et donc coachées. C’est une bonne idée de partager ses doutes avec un tiers qui par quelques minutes d’échange peut changer une trajectoire et débloquer une situation. »

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Nathalie Hagège @DR

Nathalie Hagège. « C’est important, motivant et exaltant de s’enrichir des autres. L’expérience et le savoir, la maturité aussi sont des sciences inépuisables. Nous grandissons toujours grâce aux autres, à ce qu’ils nous apportent et dans des instants de vie entrepreneuriale, le mentoring peut être essentiel pour avoir une meilleure visibilité, gagner du temps et apporter de la confiance en soi. »

Laurence Paganini. « 50% n’en ont donc pas besoin. Cela me fait penser aux quotas de femmes instaurés pour les postes d’administrateurs dans les grands groupes. Soudain, on a créé une formation sur cette thématique, alors que jusque-là il n’y en avait pas eu besoin pour les hommes. Ce qui est cocasse, c’est qu’aujourd’hui, tout nouvel administrateur passe par cette formation ».

 

 

Manque d’identification des rôles modèles… 17% à peine des femmes sont capables de citer des chefs d’entreprise femmes ?

Éléna Poincet. « Je comprends que les modèles puissent être une inspiration. Se référer aux modèles existants, c’est miser sur des parcours passés qui sont devenus des exemples. Bien souvent des hommes. Et pourquoi pas ? Je ne suis pas certaine qu’un modèle doive forcément être une femme quand on est une femme. Chacun peut trouver son projet, son inspiration dans un modèle féminin ou masculin. Néanmoins, il est souvent plus facile pour une femme de se projeter dans un modèle de carrière menée par une autre femme et en cela je suis fière de pouvoir être un Rôle Modèle. »

Nathalie Hagège. « C’est exact mais c’est normal. La presse met souvent à la Une des hommes modèles, riches et successful ! Les mêmes « modèles », issus des GAFAM et des dirigeants de grands groupes. Il faut que les mentalités changent, non pas pour montrer du doigt LA femme modèle mais les femmes modèles, les femmes qui font ce monde et celui de demain. »

Laurence Paganini. « Ce chiffre m’étonne. Pour moi, il ne reflète pas la réalité ou ce que j’en perçois. Une chose est vraie, dans les médias, on parle moins des femmes entrepreneures que des hommes. »

De plus en plus de femmes tentées par l’entrepreneuriat 2
Laurence Paganini @DR

 

Vous avez un exemple, vous, de femme qui vous a inspirée… voire aidée ?

Éléna Poincet. « Je n’ai pas vraiment de modèle, je suis d’une nature indépendante, je sais ce que je veux et j’avance. Qui ose, gagne ! »

Nathalie Hagège. « Entourée d’hommes, j’ai eu la chance d’avoir des mentors hommes, des dirigeants de grandes entreprises qui m’ont fait découvrir l’industrie textile et ses réseaux internationaux. Je n’avais aucun background industrie chimie/textile. Bien sûr que j’ai des modèles femmes, surtout des femmes qui ont suivi leurs convictions et leurs engagements : Simone Weil (of course), Golda Meir…

J’adore les carrières de Marie Bejot de Oenobiol. Ou aujourd’hui Sabrina Herlory, DG de MAC Cosmetics, un model maker pour la nouvelle génération. »

Laurence Paganini. « J’en ai pléthore. Mais je vais me limiter à trois. Il y a la femme qui m’a servi de mentor, Françoise Montenay, la présidente de Chanel. Quand j’étais à la tête de Marionnaud, c’est elle qui m’a sensibilisée aux autres. À ses côtés, j’ai travaillé sur des solutions pour permettre aux femmes qui suivent des chimios de continuer à soigner leur look.

Sandrine Motte, DG des Eaux de Marseille et Émilie de Lombares, présidente du directoire d’Onet travaillent toutes deux dans des métiers de l’industrie traditionnellement fermés aux femmes ». ♦

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