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Des « boutiques à l’essai » redynamisent le centre-ville de Roubaix

Par Régis Verley, le 18 mai 2022

Journaliste

Pour ouvrir sa boutique, Chloé Bouhin a bénéficié d'un bail de six mois renouvelable à un prix de 30% inférieur au prix de marché ©RV

À Roubaix, comme dans bien d’autres centres-villes, les rideaux de boutiques sont longtemps restés baissés. Les commerces traditionnels ont fermé. Pourtant, certaines échoppes connaissent un nouveau dynamisme. Pour faciliter les installations, la ville teste en effet le concept de « boutiques à l’essai ». Avis aux artisans et créateurs.

Chloé Bouhin a eu sa petite révélation en conduisant sa voiture. « Je travaillais dans un atelier de réparation automobile et je cherchais autre chose… » Le mot « pressing » a flashé dans sa tête. « Pourquoi ne pas créer un « pressing de chaussures » comme il en existe pour les draps ou les vêtements ? ».

 

« Je me suis adressée à la mairie de Roubaix »


Des "boutiques à l’essai" redynamisent le centre-ville de Roubaix 2Aujourd’hui dans sa boutique, à deux pas de l’hôtel de ville et de la place centrale de Roubaix, elle nous montre la vitrine de « Mon Nuage ». Pour 19 euros, elle répare et « customise les sneakers ». Confiez-lui une paire de baskets noircie par la marche et elle vous la rendra propre et même mieux que propre : rajeunie, reblanchie voire « customisée » si vous le demandez.

Une manière de porter des sneakers bien à vous, colorés et décorés à votre goût, qui vous ressembleront.

« Au départ, j’avais juste mon idée et pas grand-chose de plus, reprend-elle. J’ai cherché un local bien situé, mais je n’en ai pas trouvé qui me convenait. Alors je me suis adressé à la mairie de Roubaix. J’ai eu de la chance, il me restait quelques jours pour présenter mon projet dans le cadre de l’opération « Boutique à l’essai ». Et j’ai été retenue ».

Et depuis, ça marche au point que Chloé et son associée ont décidé de lancer une deuxième boutique non loin de là, à Marcq-en-Barœul.

 

Un bail de six mois

Des "boutiques à l’essai" redynamisent le centre-ville de RoubaixLe prix consiste en un bail de six mois renouvelable à un prix de 30% inférieur au prix de marché. C’est une façon de minimiser les risques pour un jeune créateur. « On sait qu’en cas de difficulté on pourra facilement arrêter les frais, tandis qu’avec un bail normal l’engagement est beaucoup plus risqué ».

« Manager de centre-ville », Nicolas Mollet explique que l’association « Roubaix shopping » apporte un supplément d’aide : un prêt de 5000 euros à taux zéro, des conseils et surtout l’intégration dans un environnement commercial d’échanges et d’opérations de communication.

 

♦ (re)lire : Calais, une station balnéaire plutôt qu’une « jungle »

 

Des essais transformés

Trois « boutiques à l’essai » ont ainsi pu ouvrir. Toutes ont fonctionné au-delà de l’année d’essai et sont durablement installées dans le paysage commercial. Elles ont même redonné vie et activité à un centre-ville qui depuis quelques années retrouve des couleurs.

À côté de « Mon nuage », la boutique « Casa Vintage » se présente comme une friperie de luxe : des vêtements de seconde main mais choisis, chinés et relookés pour des clients qui bénéficient d’une mode à prix abordable.

Juste à côté « Roubaix Custom » imprime tous les tissus, d’un simple tee-shirt aux rideaux de salon. En ce moment c’est le Paris-Roubaix et ses vieilles gloires qui s’affichent sur les blousons et les pulls. Mais ce peut être aussi un dessin de création à imprimer sur une toile murale ou tout autre support.

« Les commerces traditionnels, ça ne fonctionne plus », note Nicola Mollet qui se réjouit de voir arriver les jeunes créateurs. « Avec internet, seuls les originaux peuvent tenir, ceux qui proposent des choses qu’on ne trouve pas ailleurs ».

Et visiblement les idées ne manquent pas. « Nous avons reçu une dizaine de propositions pour le premier appel ». Roubaix est une ville jeune, avec nombre d’étudiants qui souhaitent se lancer avec des projets innovants.

 

Accompagner les idées et les projets

Aujourd’hui, Roubaix Shopping propose trois nouvelles boutiques à l’essai dans une rue annexe. La « rue du Vieil Abreuvoir » est une chaussée piétonne ouverte sur la place de l’Hôtel de Ville. Nombre de pas-de-porte y sont aujourd’hui fermés. Au pied d’un immeuble rénové, le bailleur, Villogia, accepte de mettre en location trois nouvelles boutiques à prix réduit et à bail limité. « Nous choisirons parmi toutes les propositions celles qui ont le plus de chance de réussir. Jusqu’à présent cela a bien marché et je suis bien confiant », estime le manager roubaisien.

Des "boutiques à l’essai" redynamisent le centre-ville de Roubaix 1
Les Trois Tricoteurs ©DR

En vérité, après des années de marasme qui ont vu se fermer quelques-uns des commerces les plus anciens et les plus traditionnels, le centre-ville de Roubaix retrouve son attraction. Une boulangerie a ouvert, « qui n’est pas qu’une boulangerie ». Au pain à l’ancienne se mêlent une galerie de peinture et de la vente en vrac.

Non loin de là, Les Trois Tricoteurs fait bar pendant que les clients se font tricoter pulls et chaussettes. L’atelier de tricot est également un « tiers lieu » pour les repas, les rencontres et les séminaires. D’autres boutiques de créateurs de mode, de bijoux ou de livres se sont ajoutées.

L’idée des « boutiques à l’essai » contribue à ce renouveau. Elle n’est en rien originale. Une fédération des « boutiques à l’essai » réunit une centaine de villes et d’intercommunales, soucieuses de redonner vie à leur centre. Sur la métropole lilloise, la MEL soutient les projets locaux. Dynamiser le commerce suppose qu’on accompagne les idées et les projets.

 

Un réseau national

La Fédération nationale des Boutiques à l’Essai réunit plus de 100 villes en France. Association loi 1901 à but non lucratif, les adhérents sont des communes et intercommunalités qui souhaitent redynamiser le commerce à travers une action concrète et innovante.

Le concept permet de proposer à des personnes souhaitant ouvrir un commerce de tester leur projet au sein d’une boutique pilote pendant plusieurs mois. Le futur commerçant bénéficie d’un loyer minoré et du soutien d’un réseau de partenaires locaux. ♦

 

Bonus
  • Ma Boutique à l’Essai. En 2013, la 1ère Boutique à l’Essai de France à Noyon (Oise). Aujourd’hui ce sont plus de 100 villes de France qui dupliquent ce concept. Les adhérents au concept sont des communes et intercommunalités qui souhaitent redynamiser le commerce à travers une action concrète et innovante. Plus de 120 boutiques ont pu ouvrir à travers la France grâce à ce concept. Il y a actuellement 13 appels à projet.

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