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Des femmes engagées et opiniâtres

Par Lorraine Duval, le 14 septembre 2022

Journaliste

Une étude réalisée par l’IFOP en 2014 montre que l'on associe aux femmes de pouvoir, le courage comme première qualité, suivi par l'engagement, la conviction, la créativité et l'audace © Pixabay
Alimentation, planète, culture, solidarité… Les femmes sont sur tous les fronts et de toutes les batailles. À leur manière décidée, imperturbable et parfois décalée, elles poussent en avant leurs sujets et portent la transmission en écharpe. En voici quatre d’entre elles.

Pour les océans : la scientifique Déborah Pardo

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Déborah Pardo, présidente d’Earthship Sisters ©Valentine Vermei

De l’étude des albatros au leadership féminin, il n’y a eu qu’un pas pour Déborah Pardo. Ses études scientifiques l’ont menée de Montpellier en Suède puis à l’Institut polaire britannique de Cambridge. Elle étudie les effets de la pêche industrielle sur la démographie des albatros des îles françaises puis australes. Mais ne s’en satisfait pas : « J’enfonçais des portes ouvertes. Je faisais des stats et des analyses à propos de choses qu’on savait déjà et très anxiogènes, comme certaines pratiques insoutenables de la pêche ».

En 2018, la jeune scientifique a 31 ans quand elle cofonde Earthship Sisters. « On fonce droit dans le mur si on ne fait rien. Il faut donc utiliser toutes les bonnes idées pour construire un monde meilleur, aider à créer les jobs du futur, gagner sa vie grâce à une activité vertueuse, explique-t-elle. Ces nouveaux modèles passent par les femmes car elles pensent collaboration, long terme, émotion et leurs engagements ricochent sur la société ! » Trois promos, soit 48 femmes ont déjà été accompagnées par cet incubateur. Ont acquis des armes pour devenir éco-entrepreneuses. Parmi elles, Florence Colonna aujourd’hui à la tête de l’agence Citrus, spécialiste de la RSE dans les food services. Ou Flora Nibelle dont l’agence Turtle propose une architecture positive et responsable. La quatrième promo est en cours de recrutement, il reste des places.

Déborah Pardo coiffe par ailleurs d’autres casquettes : conférencière sur l’optimisme environnemental et guide naturaliste sur les croisières du Ponant. « Oui, je suis hyperactive ! J’ai même en projet l’écriture d’un livre ».

 

Pour le design : Caroline Bianco, directrice associée de l’Atelier Luma, à Arles

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Caroline Bianco, directrice associée d’Atelier Luma © Luma

« Quand j’ai une idée, une vision, je fonce. On dit souvent de moi que je suis un vrai bulldozer ! », s’amuse cette blonde sylphide originaire d’Annecy. Élève douée et grande bosseuse, elle est admise à la prestigieuse ENSCI (École nationale supérieure de création industrielle) puis fait ses armes chez Steelcase, le leader mondial de l’aménagement de bureau. Caroline Bianco adore le challenge, « et dans le design ça ne manque pas ».

En 2016, le designer Jan Boelen la sollicite à Arles pour co-penser Atelier Luma, « un laboratoire de recherche expérimentale qui utilise le design pour accompagner des problématiques économiques, sociales ou environnementales ». Et qui mise sur les ressources locales naturelles. Le sel, les algues, le tournesol, les plantes tinctoriales feront ainsi partie des matériaux étudiés puis exploités par la Fondation Luma : les cristaux de sel pour l’encadrement des ascenseurs, la moelle de tournesol pour les murs du Drum Café. « Nous étudions aujourd’hui d’autres ressources et usages, pour le nouveau bâtiment de notre Atelier, qui sera aussi un démonstrateur », explique la designeuse.

Elle a pris Arles en affection, « surtout les habitants qui, comme les Savoyards, sont des personnages fiers de leur culture et de leur territoire ». Son job la passionne, donc l’accapare beaucoup : « J’ai tellement de plaisir à accompagner les jeunes designers qui nous rejoignent ». Mais elle trouve parfois le temps de randonner (à la recherche d’asperges sauvages) et de cuisiner : « Comme pour le design, je ne vais pas suivre une recette mais je teste beaucoup : déshydratation, fermentation, associations inédites… Je reste attirée par ce que je ne connais pas ! ».

 

♦ (re)lire : Atelier Luma, du patrimoine naturel au design

 

Pour l’alimentation : Tatiana de Williencourt, cofondatrice et présidente du Fonds Épicurien

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Tatiana de Williencourt, présidente du Fonds Épicurien © DR

Plusieurs voyages à l’étranger avec son mari et leurs trois filles leur font prendre conscience qu’ils ont la chance d’habiter un territoire plutôt gâté par la nature mais menacé par la mondialisation des produits et l’industrialisation des pratiques. « On est en passe de se déconnecter de la terre et du végétal. De se couper de produits sains, simples et non transformés : les fruits et légumes. Il y avait là un vide à combler d’urgence », expose Tatiana de Williencourt.

Alors, en 2014, le couple fonde le Fonds Épicurien, dont elle assure aujourd’hui la présidence. Ce fonds de dotation réunit une grosse vingtaine de chefs d’entreprise engagés, de Marseille et de la région. Il soutient des projets en lien avec l’alimentation durable en Provence, « qu’il s’agisse de la rendre plus accessible, de soutenir des productions agricoles vertueuses comme le miel, la brousse, la pistache et l’arbouse. Ou d’accompagner des actions de sensibilisation pour le jeune public, comme L’École Comestible ».

Gastronome investie, elle se dit aussi flexitarienne : « J’adore manger et bien manger, mais me passer de viande pendant dix jours ne me manque pas, confie-t-elle. Ce qui m’agace est l’injonction de faire des efforts. La responsabilité est plus sociétale qu’individuelle et des macrodécisions auraient certainement un impact plus fort ! Comme mieux nourrir et éduquer les enfants dans les cantines… »

 

Pour la culture : Victorine Grataloup, nouvelle directrice du centre d’art Triangle-Astérides

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Victorine Grataloup, directrice du centre d’art Triangle-Astérides ©Simone Thiébaut

Victorine Grataloup, 34 ans, est la nouvelle curatrice de Triangle Astérides, centre d’art contemporain d’intérêt national (les CACIN existent depuis 2017) établi à la friche La Belle de Mai. Curatrice ? « C’est en plus du travail de commissaire d’exposition, cette mission que je trouve primordiale d’accompagner, de prendre soin des artistes. Ainsi qu’un gros travail d’écriture et d’édition ».

Le parcours de la jeune femme est impressionnant : elle a étudié́ l’histoire et la théorie de l’art à l’EHESS et à l’université Panthéon – Sorbonne, où elle a donné cette année encore des cours d’économie de l’art. Elle a ensuite rejoint le Palais de Tokyo, puis différentes structures d’art contemporain (Kadist, Bétonsalon, le Cneai) avant d’exercer comme commissaire d’exposition indépendante. Elle est également cofondatrice de la plateforme de recherche en ligne Qalqalah et du collectif curatorial Le Syndicat Magnifique.

On cherche les origines de cette inclinaison pour l’art : « Mes parents n’appartenaient pas à ce milieu, mais une vraie envie a surgi très tôt, liée à une projection d’abord très romantique de cet univers ».

Exercer à Marseille l’enchante : la ville est au cœur de problématiques pour lesquelles elle se passionne comme l’accès à la culture, le multilinguisme, la reconnaissance des pratiques culturelles ou encore la mixité sociale. « Sans oublier une production culturelle impressionnante, dans l’art contemporain mais aussi la musique, le spectacle vivant. C’est un terrain de jeux incroyable qui permet de nombreuses synergies ».

Outre des résidences d’artistes, Triangle-Astérides organise des expos – actuellement Jaimes, proposition collective et multisupports (jusqu’au 16 octobre) et développe des actions de médiation dynamiques et innovantes.

Tous les publics, amateurs comme initiés, ou ayant des besoins spécifiques sont considérés sur un seuil d’égalité et de partage de curiosité. Différentes actions (ateliers, accompagnements à la visite, collaborations spécifiques) leur permettent ainsi d’envisager le processus de création, de rencontrer des artistes. Parfois même, de s’insérer au sein de la création des œuvres. ♦

 

♦ lire aussi : Femmes engagées, génération 2020

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