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Des pique-niques militants pour une voie cyclable

Par Régis Verley, le 22 août 2022

Journaliste

Ils militent pour une piste cyclable de 16 kilomètres sur une voie ferrée abandonnée. Mobilité douce et utile ©DR

À la périphérie de Lille, une centaine d’amateurs de vélo organisent des pique-niques sur la voie ferrée désaffectée, pour convaincre les décideurs de se mettre à l’heure des mobilités douces. D’après le collectif Tousàvélo, un investissement d’environ dix millions d’euros pour une voie cyclable serait la solution la moins coûteuse et la plus écolo.

 

Le p’tit train ne parcourt plus la campagne comme autrefois. De la ligne qui a un jour relié la métropole lilloise à la Belgique, il ne reste plus qu’un tronçon de seize kilomètres. Ailleurs, les terrains de l’emprise ont été cédés à des particuliers qui ont fermé et clôturé ce long cheminement tracé à travers la campagne de La Pévèle.

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Un tronçon de 16 km entre Ascq et Orchies @DR

D’Ascq à Orchies (Nord) ne subsistent plus que des voies abandonnées. Le dernier train est passé en 2015. Depuis, plus rien. Les herbes folles ont envahi le ballast. « Pour remettre la voie en circulation, il faudrait tout refaire : rails, traverses et ballast. Ce serait gigantesque », note Géry Lemaire, animateur de l’association « La Tousavélo ». Du reste, le jeu n’en vaut pas la chandelle : « Une étude a conclu que la ligne remise en circulation ne concernerait que 1800 voyageurs par jour. Ce qui ne peut justifier l’investissement ».

C’est que l’ancien tracé rejoint, à Orchies, une ligne Saint-Amand-Lille autrement plus utilisée. « La SNCF ferait mieux d’investir sur cette ligne qui dessert les gares d’Orchies et de Templeuve. Car ce sont des « hubs » importants pour les voyageurs du secteur ». De fait, les retards et les annulations sont hélas réguliers. « On ne compte plus ceux qui se plaignent d’avoir manqué leur rendez-vous ou raté leur correspondance à Lille… », ajoute Géry Lemaire.

 

Le secteur des « rurbains » 

Certes, le sujet de la desserte de La Pévèle est d’actualité. Elle fait couler beaucoup d’encre et surtout de salive lors des réunions du conseil des 38 maires de la communauté de communes Pévèle-Carembault. À quelques kilomètres à l’est de la métropole lilloise, c’est en effet le secteur des « rurbains ». Dans les villages qui s’égrènent le long de la Marcq, ou sur les plaines du Carembault, agriculteurs et habitants enracinés sont désormais rejoints par les citadins en quête d’espaces.

Les villages sont paisibles, les paysages souvent agréables. L’association « Pévèle en transition » réunit tous ceux qui s’efforcent de préserver la qualité de vie d’un territoire encore privilégié. La « Tousavélo » en fait partie, avec l’objectif de développer les mobilités douces.

 

Des accès route saturés matin et soir

Le problème c’est bien sûr, ici comme ailleurs, d’accéder. Les voies principales, l’autoroute Lille-Valenciennes, les voies de Cysoing à Lille ou de Baisieux à Lille sont classiquement saturées matin et soir par les usagers qui rejoignent la métropole ou qui en reviennent. Un train régulier serait certes bienvenu. Mais à quel prix ? « Depuis 2015 on ne compte plus les études qui se succèdent », note Géry Lemaire. D’autant que la ligne pénètre sur le territoire de la Métropole européenne de Lille, dont le président ne partage pas forcément l’avis du président de la communauté de communes. Sans parler de la Région, autorité de transport pour les TER. Et bien sûr de la SNCF qui a d’autres chats à fouetter…

Bref, d’étude en étude, rien n’avance. La solution « train » semble totalement irréaliste. « On parle d’un investissement de 200 millions d’euros, ce qui est démesuré et on sait bien que ça ne se fera jamais ». Une proposition de « tram-train » qui permettrait de pénétrer dans Lille, s’avère tout aussi utopique. Les maires du secteur ont récemment opté pour un « bus à haute qualité de service » (BHNS), mais le circuit reste à définir. Et rien n’indique encore qu’il emprunterait la voie en site propre. Depuis, une nouvelle proposition nommée « Flexy » est apparue. Il s’agirait d’une navette autonome dont le prototype est encore à l’essai. Autant dire que l’homologation n’est pas pour demain. « On parle d’un investissement de 60 millions d’euros, mais c’est juste un projet dans les cartons ».

 

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6 000 lycéens et étudiants

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Le parcours traverse la fameuse plaine de Bouvines : un atout touristique plaide Tousàvélo @DR

Au sein de l’association Tousàvélo, ce temps long commence à énerver les esprits. Pourquoi ne pas profiter de l’existence du site pour faire -enfin- la promotion du deux-roues et transformer La Pévèle en territoire pilote des circulations douces ? Une piste cyclable serait un moyen pour accéder en vélo à la gare d’Orchies. Coté Ascq, la piste rejoindrait les liaisons vélo installées par la MEL pour desservir la cité scientifique et ses étudiants.

« La voie traverse plusieurs villages et surtout, note Géry Lemaire, elle passe à quelques mètres d’un important lycée et de l’Institut horticole de Genech. Nous avons fait le calcul : ce sont presque 6 000 jeunes qui pourraient utiliser leur vélo pour se rendre dans leur établissement. Nous avons demandé l’avis des parents, ils y sont favorables, à condition que la sécurité soit assurée. Quoi de plus sûr qu’une piste en site propre autrement mieux protégée qu’une piste juste marquée d’une bande blanche que les voitures n’hésitent pas à franchir ? »

 

Valoriser les paysages

En plus, note l’association Tousàvélo, ce serait également un attrait touristique pour le secteur. Le parcours traverse la plaine de Bouvines, lieu de la célèbre bataille, les champs et la verdoyante vallée de la Marque. La métropole lilloise n’est pas si riche en espaces de loisirs et de promenades. Familles et sportifs pourraient s’y détendre les jours de congé.

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Une centaine de cyclistes mobilisés en juillet @DR

Il sera bien temps, une fois les études terminées et les financements enfin trouvés, de mettre en place des modes de transport collectifs. Ils pourraient, comme dans les couloirs de bus de la métropole, côtoyer les vélos sans risques ni conflits d’usage.

Alors, pour convaincre élus et décideurs, Tousàvélo s’engage. Le 10 juillet dernier une centaine de cyclistes, jeunes et vieux, isolés ou en familles ont répondu à l’invitation de l’association. Longeant et croisant au plus près le parcours de la ligne, sur des circuits de 20 ou 30 kilomètres, ils ont mis en valeur le site abandonné et champêtre. Les fleurs sauvages et les mûres bientôt bonnes à cueillir n’attendent que les randonneurs du dimanche ou de la semaine.

 

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Une grosse dizaine de millions d’euros

Ce serait au moins profitable à court terme, voire… « Je pense, conclut Géry Lemaire, qu’aujourd’hui il est temps de valoriser les déplacements à vélo. C’est l’avenir, le site, les distances s’y prêtent. On voit de plus en plus de vélos électriques dans le pays et le nombre des amateurs ne peut que croître. »

Le coût de la transformation serait raisonnable. « Nous avons contacté une association qui, en Île-de-France, a obtenu la transformation d’une voie abandonnée ». On peut estimer l’investissement nécessaire à une grosse dizaine de millions d’euros. Très loin de ce qui est requis pour les autres solutions, et supportable pour une collectivité de 90 000 habitants.

L’association aidée du groupement « Pévèle en transition » compte plaider nouveau sa cause lors de la prochaine « Semaine de la mobilité », en septembre prochain. Des pique-niques seront organisés sur le parcours de la vieille voie abandonnée. Le temps est venu de donner au vélo sa juste place dans les déplacements urbains et périurbains. ♦

 

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