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Une boussole pour les jeunes sans emploi ni formation

Par Agathe Perrier, le 15 février 2019

Journaliste

On appelle « NEET » ces jeunes de moins de 26 ans ni en emploi, ni en études, ni en formation. Diplômés ou non, ils sont ciblés par un dispositif baptisé « Jump ». Son objectif est simple : leur permettre de (re)trouver le chemin du marché du travail ou de l’école. Sans pour autant faire les démarches à leur place. Et ça marche.

Anaïs a 21 ans. Comme beaucoup d’élèves de terminale ES, elle a choisi la voie de la prépa éco-droit après son bac. Mais en deuxième année de fac, le constat est clair : « Je me suis rendu compte que ce domaine ne me correspondait pas ». Quelques mois en service civique font germer en elle l’envie de s’orienter vers la médiation culturelle. Inscrite à la mission locale d’Aix-en-Provence, sa conseillère lui parle alors du dispositif « Jump », porté par l’organisme de formation ARES. Elle profite d’une information collective – comme il y en a tous les lundis – pour se renseigner sur le programme. « Certains jeunes comme Anaïs arrivent avec une idée de projet professionnel, mais ne savent pas comment la mettre en place. D’autres sont dans le flou le plus total. Dès lors qu’ils ont la motivation de trouver quelque chose, rien n’est impossible », souligne Marjorie Belabbaci, conseillère référente Jump.

Un accompagnement en toute autonomie

« Jump », un dispositif pour accompagner les jeunes vers et dans l’emploi 3À partir du moment où un NEET entre dans le dispositif, il va être accompagné et suivi de façon plutôt intensive pendant six mois maximum. Grâce aux entretiens individuels, il affine ses envies et son projet avec les conseillères. Mais c’est à lui d’engager toutes les démarches et recherches. D’autres ateliers collectifs sont également organisés pour leur apprendre tout ce qu’il faut savoir sur le marché du travail. Sans oublier des visites d’entreprises et des rencontres pour se renseigner sur les métiers.

Un chapeautage qui s’étend même aux problématiques personnelles. « On pense qu’il faut prendre les jeunes dans leur globalité. Certains rencontrent des freins que l’on essaye de lever, en termes de mobilité, santé, addictions, problèmes judiciaires… C’est pourquoi on travaille en lien avec des structures qui peuvent les aider sur ces aspects », précise Aurélie Jacquelin, elle aussi conseillère référente. Anaïs a par exemple pu bénéficier d’un suivi avec un coach en développement personnel. « Ça a été très bénéfique. Je me connais mieux aujourd’hui et je suis capable d’identifier ce qui me plairait et ce qui est important pour moi ». Des partenaires qui pourront s’avérer encore utiles au-delà de l’accompagnement Jump.

Un parcours qui se construit petit à petit

« Jump », un dispositif pour accompagner les jeunes vers et dans l’emploi 2Grâce à ce travail sur elle-même et à un stage d’observation au service médiation culturelle du musée Granet d’Aix-en-Provence, de nouvelles envies ont germé dans l’esprit d’Anaïs. « J’ai pu m’apercevoir qu’il y avait des différences entre mes attentes concernant ce métier et la réalité. J’ai trouvé des points positifs mais aussi des manques », explique-t-elle. Une rencontre a également éveillé sa curiosité sur une autre profession : professeur de français langue étrangère (FLE), qui consiste à enseigner la langue française à des étrangers non-francophones. « La transmission et l’idée d’être utile m’attirent beaucoup », confie la jeune femme.

Ces deux prochains mois dans le programme Jump vont donc lui permettre de finaliser son choix de parcours. « J’espère qu’une troisième idée ne va pas émerger d’ici là », plaisante-t-elle. Ne lui restera plus alors qu’à identifier les possibilités de formation qui s’offrent à elle. Avec de fortes chances qu’elles démarrent à la rentrée de septembre 2019. « On pourra l’orienter afin qu’elle trouve un travail temporaire pendant ce laps de temps, de sorte qu’elle ne reste pas inactive », complète Marjorie Belabbaci. En l’aiguillant sur les pistes à creuser, mais toujours sans faire les démarches à sa place.

Du positif dans tous les cas

Un avantage de Jump est l’absence de calendrier pour intégrer le dispositif : chaque semaine, des jeunes commencent et d’autres terminent. En moyenne, ils sont une trentaine à être suivis en même temps. Le programme découle d’une initiative lancée par l’Union Européenne (voir Bonus en bas de l’article) et s’étend sur la période 2018-2019. Avec l’objectif d’épauler au moins 160 personnes sur ces deux années. « On est pour le moment à la moitié de la période et des objectifs. On peut toutefois aller au-delà », met en avant Aurélie Jacquelin.

Sur ces 80 premiers profils, la moitié a rejoint une formation ou un métier dans les six mois. Des chiffres à prendre avec du recul. « Beaucoup de jeunes ne sont pas comptabilisés comme des « sorties positives » car la formation qu’ils ont trouvée commence après le délai de six mois. Pour d’autres, les pistes travaillées ne se concrétisent pas dans le temps imparti, mais les six mois d’accompagnement leur sont dans tous les cas bénéfiques », tempère Marjorie Belabbaci. « Personne ne sort de Jump de la même manière qu’il y est entré », ajoute Aurélie Jacquelin.

Toucher aussi les « isolés »

« Jump », un dispositif pour accompagner les jeunes vers et dans l’emploiLes profils des individus intégrant le programme sont très diversifiés. « Les seuls critères communs sont imposés par l’Europe : qu’ils aient entre 16 et 25 ans, habitent dans les Bouches-du-Rhône et le Var et ne soient ni en emploi, ni en formation et ni en stage », résument les deux conseillères. Elles croisent ainsi autant des jeunes sans aucune certification, d’autres ayant décroché le brevet des collèges, le bac ou même des diplômes de l’enseignement supérieur. « Pas un parcours ne se ressemble ».

Ces jeunes découvrent souvent Jump grâce aux organismes partenaires comme Pôle Emploi ou la Mission Locale. Pour autant, pas besoin d’y être inscrit pour intégrer le dispositif. L’équipe souhaite d’ailleurs se faire connaître davantage pour que des jeunes inscrits nulle part, et qui ont autant de besoins, poussent sa porte. « Venez, on vous expliquera ce qu’on peut faire et comment y arriver », lancent les conseillères. Une première rencontre qui n’oblige à rien et reste parfois unique. Ou qui peut enclencher l’amorçage d’un renouveau professionnel… Et forcément personnel. A.P.

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