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Les moins nantis aussi ont droit à du neuf !

Par Rémi Baldy, le 20 décembre 2019

Journaliste

©GovinSorel

Depuis 2008, l’Agence du Don en Nature redistribue des produits non-alimentaires à des personnes défavorisées. Avec la future loi anti-gaspillage, elle espère trouver davantage d’entreprises partenaires pour récolter un maximum d’invendus.

 

©Nathou Dupont Manoury

« Ce sont des produits qui n’ont jamais été utilisés ! Les personnes dans une situation précaire ont aussi la légitimité d’avoir du neuf », martèle Eléa Canipelle. Déléguée générale de l’Agence du Don en Nature, elle estime que proposer des objets dans leur « première vie » à des populations en difficulté contribue à « leur redonner une dignité ». Depuis 10 ans, cette association s’active pour collecter des produits non-alimentaires et donc neufs. Cela peut être du shampooing, des rideaux, de la lessive, des vêtements ou encore du savon.

Trop complexe d’un point de vue logistique, la nourriture a été laissée de côté. Car l’Agence du Don en Nature prend tout en charge. « Nous vérifions et acceptons le don, nous le mettons sur un catalogue, nos associations partenaires choisissent ce dont elles ont besoin et nous réalisons la livraison », détaille Eléa Canipelle. Au total, ce sont 800 associations qui profitent de cette redistribution. On trouve notamment dans cette liste L’Armée du salut, les Cités du Secours Catholique, SOS Village d’enfants, le Samu social de Paris, le groupe SOS ou encore Aurore. Ce sont ensuite 900 000 personnes vivant sous le seuil de pauvreté qui bénéficient de ces dons directement.

 

Des dons et du mécénat de compétence

Eléa Canipelle ©GovinSorel

Du côté des donateurs, les entreprises sont issues de secteurs très variés. À commencer par les membres fondateurs dont font partie Carrefour, L’Oréal, la Société Générale ou encore le Groupe Seb. « À l’origine, en 2008, ces grands groupes se sont lancés là-dedans parce qu’ils ont constaté le gaspillage existant », raconte Eléa Canipelle. Elle cite un chiffre éloquent : « 630 millions d’euros de marchandises sont détruites chaque année ». Le travail est encore long, en témoignent les 9 millions de personnes vivant toujours sous le seuil de pauvreté en France.

L’Agence du Don en Nature a redistribué cette année 4 millions de produits, soit l’équivalent de 34 millions d’euros de marchandises. Pour y parvenir, elle s’appuie aujourd’hui sur 150 sociétés partenaires qui donnent régulièrement. « Nous avons tous les profils, des grandes entreprises comme des PME à l’image de Rainette qui nous donne de la lessive », précise la déléguée générale, qui multiplie les démarches pour trouver et motiver de nouvelles entreprises.

Pour fonctionner, l’association déclarée d’intérêt général peut compter sur 12 salariés ainsi que 37 bénévoles. Elle s’appuie sur un budget de deux millions d’euros, mais sans subventions publiques. À chaque don, une montant de maximum 5% du produit est demandé. Les entreprises partenaires se concentrent, elles, sur le don de produits, mais peuvent aussi faire profiter de mécénat de compétences pour les aspects juridiques ou ressources humaines par exemple. Certaines fondations contribuent aussi à la démarche logistique, Michelin payant le transport et Eurazéo finançant le tri.

 

La future loi anti-gaspillage oblige le don

Du neuf pour les plus démunis 3
Photo ADN.

L’activité de l’Agence du don en nature devrait connaître un grand coup d’accélérateur au cours de l’année prochaine. Si la potentielle réforme sur la défiscalisation du mécénat concerne l’association (bonus), Eléa Canipelle s’intéresse aussi au projet de loi sur le gaspillage. Le texte prévoit d’interdire la destruction des invendus non-alimentaires d’ici 2021 et d’imposer leur don, pour ceux de première nécessité, aux associations qui viennent en aide aux personnes en situation de précarité. « Nous avons porté plusieurs amendements pour que le terme de don soit prioritaire », se félicite Eléa Canipelle.

En attendant que le projet de loi termine ses allers-retours navette entre le Sénat et l’Assemblée, l’Agence du don en nature passe déjà à la vitesse supérieure. Et va lancer son propre entrepôt à Dourges, dans les Hauts-de-France. « C’est dans cette région que nous effectuons un tiers de nos dons », justifie Eléa Canipelle qui officie elle depuis Paris. La plateforme sera officiellement inaugurée en mars prochain et permettra à l’association de ne plus passer par un prestataire pour gérer ses flux. Un projet qui porte aussi une vocation sociale puisque le site doit jouer un rôle d’insertion professionnelle (bonus). Des perspectives qui pour l’Agence du Don en Nature dépendent beaucoup d’un autre aspect : gagner davantage de notoriété auprès des entreprises. ♦

 

* Le FRAC Fonds Régional d’Art Contemporainparraine la rubrique « Société » et vous offre la lecture de cet article dans son intégralité *

 

Bonus [réservé aux abonnés] – la défiscalisation – L’école-entrepôt

> Si le projet de loi anti-gaspillage devrait favoriser l’Agence du Don en Nature, celle sur la fiscalisation du mécénat pourrait bien avoir l’effet inverse. Le gouvernement envisage de réduire de 60% à 40% la défiscalisation des actions de mécénat au-delà de deux millions d’euros de dons. Pas besoin de sortir les calculettes pour comprendre le manque à gagner. « C’est un montant qui peut rapidement être atteint si une entreprise fait aussi du mécénat de compétences », note Eléa Canipelle, déléguée générale de l’Agence du don en nature. Toutefois, le projet de loi dans son état actuel exclut de ce rabais réglementaire les associations. Reste à attendre le texte définitif à l’issue de la procédure parlementaire. Un vrai enjeu pour Eléa Canipelle : « S’il l’on touche aux racines des associations, c’est très compliqué de s’en remettre ».

> En développant sa propre plateforme de gestion de colis, l’Agence du Don en Nature souhaite maîtriser ses flux, mais aussi renforcer son action d’insertion sociale et professionnelle. « La ruche logistique », comme va s’appeler le site, sera gérée par des personnes en situation de rupture avec l’emploi. Chaque année, 60 apprentis pourront obtenir un RNCP (répertoire national des certifications professionnelles) de niveau 5, soit l’équivalent d’un CAP ou BEP, « Opérateur Logistique Polyvalent » ainsi qu’un permis cariste nécessaire pour la conduite dans ce type d’activité.

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