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Du sport pour les décrocheurs physiques

Par Isabelle Guardiola, le 10 décembre 2019

Journaliste

[Ça marche ailleurs] Dans un collège de la Somme, un prof d’EPS propose « Santé-Vous Mieux » aux élèves en souffrance physique et/ou morale, peinant à suivre les cours. Une option de sport douce et adaptée, pour renouer avec le plaisir de l’effort et l’estime de soi.

Ils ont mal au dos ou aux genoux, portent un corset, sont en surpoids voire obèses. Ils souffrent d’asthme à l’effort, sont rachitiques, blessés, se déplacent avec des béquilles ou même en fauteuil… En cours d’EPS, ces élèves multiplient les dispenses, oublient leur tenue ou sèchent les séances. Autant de stratégies d’évitement pour ces décrocheurs sportifs mal dans leur peau et redoutant d’affronter le regard ou les moqueries des copains. Thomas Cuisset, professeur d’EPS au collège du Val-de-Somme à Ailly-sur-Somme depuis 18 ans, a été frappé par l’amplification du phénomène ces dernières années : « en moyenne, dans une classe de 25, 5 à 7 élèves sont dispensés de sport parfois toute l’année, avec une répartition de deux tiers de filles et d’un tiers de garçons ».

Du sport en douceur et dans la bonne humeur

Du sport pour les décrocheurs physiques 1Difficile de faire revenir ces décrocheurs en cours et encore moins à l’association sportive du collège : « ponctuellement, je proposais certaines activités moins violentes à ces adolescents qui ne peuvent pas sauter, impulser, porter : du vélo elliptique ou du rameur, par exemple. » Thomas Cuisset envisage dans un premier temps de monter, avec un collègue et l’infirmière scolaire, un groupe sur le surpoids et l’obésité. Idée vite abandonnée, car stigmatisante : « aucun élève ne serait venu au cours des « gros ».

En collaboration avec sa direction, avec le soutien du rectorat et de l’inspection académique, il lance à la rentrée scolaire 2018 « Santé-Vous mieux», une option inédite, intégrée dans l’emploi du temps et non en ajout des cours. 16 adolescents, volontaires, de 4e et de 3e, suivent deux séances hebdomadaires d’une heure de sport adapté. Certains n’ont pas pratiqué d’activité physique depuis des mois ou même des années, leur profil est divers et les exercices varient selon les capacités et les souhaits de chacun : renforcement musculaire avec des bandes élastiques, exercices d’équilibre et de renforcement sur des gros ballons, initiation à l’éducation posturale, gainage doux pour renforcer son ventre…

Les objectifs sont de reprendre peu à peu goût à l’effort physique, de retrouver confiance en soi et en son corps : « Chacun a une raison d’être là, personne ne se juge », observe Thomas Cuisset. Il constate la motivation des jeunes et leur plaisir : « primordial, avant les effets physiologiques ou les kilos en moins sur la balance. Pour moi, le plus important est de ne plus les entendre dire qu’ils sont « nuls » en sport et que ça fait mal, de voir un grand sourire dans un visage en sueur à la fin d’une séance, d’observer une jeune fille abandonner ses vêtements amples et assumer davantage ses formes ».

 

Assurer la pérennité de l’option et faire des émules

Du sport pour les décrocheurs physiques 2Pour la deuxième année, « Santé vous mieux » est financée par la Cellule académique recherche et développement, innovation et expérimentation du Rectorat (bonus) qui a payé 72 heures supplémentaires en 2018-2019 à Thomas Cuisset. Ce crédit a baissé à la rentrée de septembre : « mais nous souhaitons pérenniser l’action qui s’inscrit pleinement dans les objectifs de la Dasen (Direction académique des services de l’Éducation nationale) et dont les vertus bénéfiques sont reconnues et plébiscitées. » L’enseignant s’est assuré le soutien de professionnels de santé. Il souhaite faire des ponts entre le scolaire, l’hospitalier et l’associatif et donner envie à d’autres collègues de créer ce genre d’options dans leurs établissements. Une sophrologue, séduite par le dispositif et l’engagement du professeur intervient bénévolement une fois par mois dans les séances.

« Deux heures, c’est insuffisant, il en faudrait quatre par semaine », regrette Thomas Cuisset qui aimerait ouvrir l’option aux 6e et 5e. À la rentrée 2019, pour la 2e année du dispositif, il a dû faire un choix parmi les 30 candidatures pour 17 places : « J’ai privilégié les jeunes souffrant d’une pathologie physique, plutôt que d’un mal être adolescent, même si bien sûr les deux sont combinés et que les participants à cette option sont souvent tristes, très peu sûrs d’eux. » En quelques mois, ils retrouvent le sourire et s’expriment plus facilement comme en témoigne le reportage de France 3 Hauts-de-Seine. « Je pense à ce grand garçon costaud qui soulève des charges de 30 ou 40 kilos… Je l’ai complimenté : tu es plus fort que les autres et vas pouvoir aider papa à rentrer du bois ! Il a repris les cours d’EPS pour essayer le badminton et m’a parlé d’un club de rugby. » ♦

 

Bonus – les CARDIE – L’exemple de Paris – L’obésité chez les plus jeunes

  • Les CARDIE – Conformément à la loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école, le projet d’école (primaire, collèges et lycées) peut prévoir la réalisation d’expérimentations, portant sur l’enseignement des disciplines, l’interdisciplinarité, l’organisation pédagogique de la classe ou de l’école, la coopération avec les partenaires du système éducatif ou les échanges avec des établissements étrangers d’enseignement scolaire. Toute équipe volontaire portant un projet peut être soutenue et accompagnée localement par les CARDIE (Cellule académique recherche innovation et expérimentation) et au niveau national par le ministère (DRDIE, Département recherche-développement innovation et expérimentation).À échelle nationale et académique, un référent académique est en charge de coordonner le réseau. Les équipes en Recherche-développement, innovation et expérimentation travaillent au quotidien pour soutenir et impulser des dynamiques d’innovation sur le territoire et mobiliser la recherche en éducation.
  • Un exemple – Sur le site de l’académie de Paris, une carte interactive recense les différents projets CARDIE. Un clic sur une gommette, et le détail se déroule.

 

  • La lutte contre l’obésité infantile – En 2013, 12 % des enfants de grande section de maternelle étaient en surcharge pondérale et 3,5 % étaient obèses. En 2015, chez les enfants et adolescents de 6 à 17 ans, le surpoids ou l’obésité concernaient 16 % des garçons et 18 % des filles (source AMELI).En 2014, la Commission européenne avait dévoilé un plan d’action de lutte contre l’obésité infantile de l’Union Européenne étendu jusqu’en 2020. En trente ans, la prévalence de l’obésité a triplé dans de nombreux pays européens. L’initiative de l’Organisation Mondiale de la Santé pour la surveillance de l’obésité infantile en Europe (World Health Organisation, European Childhood Obesity Surveillance Initiative) a estimé qu’un enfant (6-9 ans) européen sur trois était en situation de surpoids et/ou d’obésité en 2010, comparativement à un enfant sur quatre en 2008 (source OMS).

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