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Eigrene à la rescousse des boulangers

Par Raphaëlle Duchemin, le 9 janvier 2023

Journaliste

Eigrene, société de courtage spécialisée dans le secteur de la boulangerie, s'efforce de résoudre les problèmes rencontrés par ces artisans du goût © DR

La baguette va-t-elle disparaître du régime alimentaire français ? Malgré les aides de l’État ce sont 80% des artisans boulangers qui menacent de tirer le rideau. En cause notamment, la flambée des prix de l’énergie qui met la survie de leurs commerces en péril. Un acteur tente de voler à leur secours : c’est Eigrene.

C’est parce que son grand-père était boulanger à Paris qu’à la fin de ses études Jean-Baptiste Sizes a commencé à s’intéresser aux difficultés que rencontrait la profession. C’était il y a deux ans. À l’époque, avec son associé, le jeune entrepreneur était loin de se douter qu’il s’attaquait à un sujet hautement inflammable.

 

Le casse-tête de la CSPE

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Jean-Baptiste Sizes

L’idée de départ était plutôt bien vue : les deux start-uppeurs avaient repéré une aide de l’État qui passait sous les radars. Trop occupés à faire tourner leurs commerces, les artisans boulangers ignoraient même pour la plupart jusqu’à l’existence de la CSPE, contribution au service public de l’électricité. Ils l’acquittaient pourtant, sans savoir qu’avec un dossier bien instruit, ils pouvaient se faire rembourser.

La boulangerie du grand-père a donc servi de boutique test, et avec les conseils de Jean-Baptiste, la taxe a été récupérée : 2000 euros sur un an sont revenus dans les caisses. Le concept d’Eigrene – dont le nom n’est autre que l’anagramme d’énergie – était né. Petit à petit, la société de courtage spécialisée dans le secteur de la boulangerie s’est fait un nom auprès de la confédération.

Les clients se sont multipliés comme des petits pains : et aujourd’hui ce sont plus de 150 boulangers par semaine qui ont recours à ses services. « On a fait économiser 10 millions d’euros aux boulangeries françaises en deux ans », note timidement Jean-Baptiste qui préfère vivre dans l’ombre.

 

 

Au service des boulangers

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En plus du remboursement de la taxe, Eigrene gère les contrats d’énergie et une partie de la paperasse © Pixabay

Et pourtant : quand on pousse la porte de la boulangerie Les saveurs des Batignolles, dans le 17e arrondissement de Paris, on comprend pourquoi Eigrene est vite devenu capital pour le secteur. Michael Scarpat en témoigne : il a été le tout premier à faire confiance à Jean-Baptiste. Sur la taxe d’abord. Michael se souvient qu’il y a deux ans, Egreine lui a permis de récupérer 2500 euros : « Ça n’était pas négligeable », considère-t-il et ça a scellé le début d’une collaboration. « Aujourd’hui, c’est lui qui gère tout ! Je lui laisse carte blanche, ça me soulage beaucoup », reconnaît le boulanger entre deux fournées.

D’autres ont suivi – « Plus de 5000 aujourd’hui », confirme Jean-Baptiste qui joue la transparence sur le modèle économique de son entreprise. « On est au service du boulanger, c’est lui notre client. On a un prix facial, un abonnement de 69 euros par mois, mais il n’y a pas de coûts cachés chez nous. »

Car, au fil des mois, Eigrene est devenu un tiers de confiance. En plus du remboursement de la taxe -qui a pris fin au 31 décembre- la société s’est mise à gérer les contrats d’énergie et une partie de la paperasse qui accable les artisans boulangers. Une initiative qui permet à la société de représenter aujourd’hui 15% du secteur à un moment où renégocier avec les fournisseurs est devenu essentiel.

 

Du pain quotidien demain ?

Jean-Baptiste ne le cache pas, il est question de survie quand le poste énergie qui pesait entre 3 et 5% jusqu’à l’an dernier pour une boulangerie s’établit désormais à 10% du budget.  « J’en ai un qui est venu avec un contrat de fourniture d’électricité à 70 000 euros, alors qu’il était à 25 000 euros par an jusqu’en 2021. Nous, en faisant jouer les concurrents on est arrivé trouver un contrat à 50 000 euros. Ça n’est pas l’idéal, mais on a fait en sorte qu’il perde le moins d’argent possible. »

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Plus d’actualité que jamais, le prix du pain. La baguette oscille aujourd’hui entre 1,10 et 1,30€ © Pixabay

Et de poursuivre : « Aujourd’hui certains boulangers ont vu leurs factures multipliées par 3 ou par 4. Dans le meilleur des cas elles n’ont que doublé. La difficulté, c’est que certains n’ont pas anticipé : ils n’ont pas renégocié leurs contrats passés il y a 5 ans, à l’époque où ils étaient avantageux, mais quand ils vont arriver à terme, en juin prochain par exemple, ils vont voir les tarifs quadrupler et là ça va devenir une faiblesse. Pour beaucoup, admet-il, c’est même déjà trop tard ». C’est la raison pour laquelle, en ce début janvier, même la confédération est montée au créneau en demandant à ce que les boulangers aient le droit de casser les contrats abusifs.

 

 

Phobie administrative

En attendant, pour limiter les effets des hausses, Eigrene essaie d’épauler les artisans en gérant leurs dossiers pour les aides annoncées par l’État. Et c’est une aubaine pour les boulangers comme Michael, qui avouent ne rien y comprendre : « Essayez de remplir un dossier, c’est super compliqué, on a l’impression qu’ils font exprès de nous demander de remplir des tas de documents. Et en plus, il faut du temps que l’on n’a pas. C’est un métier. » Récupérer l’argent que va débloquer le gouvernement sera donc une des missions prioritaires que va mener Egreine en ce mois de janvier : et ce n’est pas du luxe quand on sait qu’aujourd’hui, la profession doit aussi faire face à la hausse du prix du beurre et à celle de la farine.

À terme, la seule solution, reconnaît Michael sur le boulevard des Batignolles à Paris : ce sera d’augmenter les prix. « C’est vrai, admet Jean-Baptiste. Car les boucliers tarifaires et les amortisseurs mis en place ne compenseront pas du tout les hausses de coûts. Au minimum, il faudrait –dit-il– que la baguette –inscrite entre temps au patrimoine immatériel de l’humanité-, prenne entre 10 et 15 centimes. »

Alors le petit-fils de boulanger qu’il est se prend à rêver. Lui qui fait travailler une quinzaine de personnes aujourd’hui nourrit un grand projet : les aider au long cours à sortir du pétrin. ♦

À quoi peut ressembler une start-up sociale ? 5

*RushOnGame, parrain de la rubrique « Économie », vous offre la lecture de l’article dans son intégralité *

 

Bonus

[pour les abonnés] – 35 000 boulangeries (et moi et moi et moi) – Un espace Pain Formation pour valoriser la filière – Pourquoi une journée du pain le 16 octobre ? Les qualités nutritionnelles de cet aliment -Les aides de l’État pour faire face à la flambée des prix de l’énergie –

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