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Du côté de Valenciennes, un territoire labellisé Ami des Aînés

Par Régis Verley, le 21 janvier 2022

Journaliste

Une ville Amie des Aînés ou un territoire Ami des Aînés s’interroge sur la place et les besoins de toute sa population âgée @Pixabay

Elles sont une centaine de villes en France, et près d’un millier dans le monde à s’être vu décerner le label VADA, « Ville Amie des Aînés ». Grandes villes ou petites cités – Arles, Angers, Grenoble, Bordeaux, Nantes, Rennes… – la liste est longue. Toutes ont satisfait aux critères de l’Organisation Mondiale de la Santé et choisi de prendre en compte les besoins des citoyens plus âgés. Ici, dans le pays de Mormal, c’est un territoire entier qui a décidé de mobiliser ses moyens. De faire place aux attentes de quelque 12 000 seniors, âgés de plus de 60 ans. Soit 53 communes dont certaines ont juste 150 habitants, pour un total de 48 500 habitants. Pour l’OMS qui décerne le titre, c’était une première.

 

Il ne s’agit pas seulement de créer des EHPAD ou des services d’aide à domicile pour les personnes âgées dépendantes. Être reconnu Ville Amie des Aînés ou territoire Ami des Aînés implique de s’interroger sur la place et les besoins de toute la population âgée d’un territoire. Intégrer qu’elle est et sera de plus en plus nombreuse. Et que, bénéficiant des progrès de la médecine, elle profite d’un allongement de la « vie en bonne santé », c’est-à-dire en capacité de se déplacer, d’agir et interagir, de communiquer.

Lorsqu’elle délivre son label, l’OMS vérifie que les principaux intéressés ont été consultés et sont impliqués. Et que les politiques locales concernent l’ensemble de leurs besoins : l’aménagement de la ville et des parcours urbains, l’accessibilité des bâtiments, les transports, l’habitat, l’information et la communication.

 

Petite commune, petits moyens

Entre Saint-Quentin et Valenciennes, un territoire « Ami des Aînés »
Denis Lefebvre, adjoint au maire de Ghissignies @DR

Comment faire alors lorsqu’on est maire ou adjoint d’une petite ville de 550 habitants comme Ghissignies ? C’est la question que s’est posé Denis Lefebvre, adjoint au maire de cette commune rurale, par ailleurs gériatre à Le Quesnoy, la ville la plus proche. « Seul, au niveau d’une petite commune, on ne peut rien faire, explique-t-il. Dans la plupart des cas on se contente d’un repas des aînés ou d’un colis de Noël ». Certes, les services spécialisés, notamment les services sociaux du département, sont présents pour l’accueil des personnes âgées dépendantes, ou le financement de l’APA, l’aide à domicile. Mais pour le reste, l’élu local se trouve bien démuni. Qu’il s’agisse de mettre en place des transports adaptés, d’inventer des lieux de rencontre, de développer des outils d’information, ou de participer à l’adaptation des logements.

 

Les aînés, absents des compétences intercommunales


En même temps, problème, ce genre de sujet n’entre en rien dans les compétences des intercommunalités. « Nous sommes, reconnaît Ghislain Cambier le président de la CADA, la communauté de commune, dans un angle mort des politiques publiques. Mais c’est un avantage, car cela nous oblige à questionner toutes nos politiques. À intégrer la question de l’âge dans chacune des compétences que nous exerçons ». Au-delà des politiques spécifiques assurées par les services dédiés – les CLIC, les SSIAD, les SAD, le réseau Alzheimer à domicile etc., le sujet concerne tous les pans de la vie collective. Aménagement, développement, habitat et, d’une certaine façon, tout ce qui concerne le service public.

Or, la question de l’âge dans un territoire rural, éloigné des grands centres de décision et des centres de soin de Saint-Quentin, Cambrai, Maubeuge, Valenciennes, est cruciale pour une population qui s’accroit, vit sur place et souhaite s’y maintenir le plus longtemps possible. « De plus, ajoute Ghislain Cambier, nous sommes amenés à réunir les partenaires et les financeurs pour justement aboutir à des actions ciblées et cohérentes ». Département, CARSAT, MSA, retraites complémentaires par l’AG2R, bailleurs et centres sociaux, associations et autres structures sont forcément sollicités pour les financements qu’ils assurent.

 

 

Un groupe de réflexion au préalable

Entre Saint-Quentin et Valenciennes, un territoire « Ami des Aînés » 2
Des ateliers et des activités dédiés;

« Tout est parti de Denis Lefebvre », reconnaît Ghislain Cambier. Vice-président de la CADA et gériatre hospitalier à Le Quesnoy, il est en effet bien placé pour voir les méfaits de l’isolement et les difficultés d’accès aux services publics pour une population très enracinée, souvent pauvre et peu mobile. « J’ai découvert le réseau des Villes Amies des Aînés, et j’ai été séduit par la démarche globale et multipartenariale, raconte Denis Lefebvre. En même temps, il m’a fallu l’adapter car le concept de « ville » s’applique difficilement au « territoire ».

La force de conviction a fait le reste. Le pays de Mormal est ainsi devenu premier territoire à accéder au réseau. Conformément aux exigences de l’OMS, il a fallu commencer par un état des lieux et solliciter les personnes âgées elles-mêmes. « Nous avons constitué des groupes de réflexion associant les aînés. Pour aller à la rencontre de leur vécu, de leurs attentes et de leurs besoins ». Des questionnaires individuels ont été envoyés aux personnes plus isolées via les CLIC (centres locaux d’information et de coordination). Les aînés ont fait part de leurs observations sur les actions menées jusqu’alors. Ils ont proposé des idées pour remédier aux difficultés soulevées, notamment celle de l’isolement, du domicile, ou du numérique. « Tous ont manifesté le souhait de pouvoir vivre chez eux, ou, au pire, dans leur commune et éviter à tout prix l’EHPAD».

De leur côté, une cinquantaine d’élus ont été invités à aborder les mêmes thèmes, ceux de l’habitat de l’environnement, de la culture de la mobilité, du lien social.

Sept groupes de travail thématiques

En septembre 2016, une synthèse de ces audits a été présentée aux professionnels locaux de l’accompagnement des seniors. À leur tour, ils ont fait part de leurs observations et de leurs préconisations. Le plan d’action a ensuite été soumis à divers partenaires (Conseil départemental, caisses de retraite…) puis adopté en conseil communautaire.

Dès janvier 2017, sept groupes de travail (habitat, mobilité /sécurité, lutte contre l’isolement non choisi, personnes handicapées vieillissantes, culture, santé et aidants, communication) se sont mis en ordre de marche, animés par des élus de communes du Pays de Mormal. Tous comptent des seniors, des techniciens et des partenaires en lien avec la thématique étudiée (espaces de vie sociale, associations, institutions).

 

 

De nombreuses réalisations depuis 2016

Entre Saint-Quentin et Valenciennes, un territoire « Ami des Aînés » 1
Réunion de l’Assemblée des seniors du pays de Mormal @DR

Dans un souci de développer la participation de tous, une Assemblée des seniors s’est créée, avec des volontaires de plus de 55 ans, à l’exception des élus communautaires. Elle comptait 150 aînés du territoire en 2021.

En même temps une Charte communautaire des solidarités envers les aînés a été éditée le 1er avril 2017. Elle précise les valeurs de solidarité, de promotion et de responsabilisation des personnes, en particulier par la valorisation de l’expérience des aînés dans la société. Parmi les premiers signataires figurent l’ARS, le Département du Nord, la CARSAT Nord-Picardie, la MSA Nord-Pas-de-Calais, le RSI, le CLIC du Plateau de Mormal-Relais Autonomie, le Centre hospitalier du Quesnoy et AG2R La Mondiale.

Un groupe « santé et aidants » a animé des ateliers collectifs de prévention à destination des seniors (activité physique adaptée, mémoire, prévention routière, sophrologie…). On y compte plus de 1800 participants depuis 2017. Et des séances à domicile sont proposées chaque année à 70 habitants du territoire (seniors et personnes en situation de handicap).

Le groupe « communication » a édité plusieurs guides d’information rédigés de manière participative : « Mon chez-moi avance avec moi », « Bien communiquer avec les aînés »… Des ateliers numériques organisés dans 40 communes du territoire ont touché plus de 500 seniors (séances d’initiation ou de perfectionnement). Une vingtaine de conférences thématiques (préparation à la retraite, gestion du stress, sécurité, …) ont intéressé environ 800 seniors.

 

 

La plateforme de mobilité « deplacezvous.fr »

Entre Saint-Quentin et Valenciennes, un territoire « Ami des Aînés » 3
Promouvoir des valeurs comme la solidarité @Pays de Mormal

Le groupe « mobilité » a proposé le lancement d’une plateforme de mobilité Deplacezvous.fr. L’objectif était de caractériser les besoins en offre de transport adapté et/ou à la demande et d’étudier la manière d’y répondre de manière efficace. Depuis son lancement en décembre 2019, un peu plus de 480 transports ont été effectués via la plateforme.

Le groupe « habitat » réfléchit aux projets alternatifs pour seniors, tels que les habitats groupés ou les béguinages (ensemble immobilier à taille humaine avec espaces de vie partagés, s’inspirant de l’organisation de la communauté religieuse laïque des Béguines). De fait, treize projets de béguinage sont aujourd’hui à l’étude et devraient voir le jour.

Le groupe « lutte contre l’isolement » a constitué un réseau de visiteurs bénévoles auprès de personnes âgées isolées, sous le titre « Je vous visite ». 35 bénévoles sont engagés auprès de personnes âgées isolées pour mener des visites de convivialité sur le territoire, pour 60 demandes de visites en cours.

 

Un nouveau cycle, plus aiguisé

En 2020, le plan d’action s’est achevé et le Pays de Mormal a entamé son second cycle. Une nouvelle consultation des seniors a été menée afin de créer un plan d’action qui se poursuivra. « Nous avons changé de regard sur le vieillissement », admet Ghislain Cambier. Pas question bien sûr d’en rester là… La CADA a embauché une responsable, chargée de l’animation mais aussi de la liaison avec les différents services de l’intercommunalité.

Pour l’avenir, on s’appuie sur les recommandations d’une « recherche-intervention sociologique » réalisée par deux chercheurs de l’Université catholique de Lille. L’étude souligne l’intérêt de la démarche, tant pour les seniors qui s’impliquent et découvrent de nouvelles potentialités que pour l’institution intercommunale. Sur le territoire, l’enracinement des plus âgés reste fortement lié à un village. Bien plus qu’à une intercommunalité dont les contours et les pouvoirs sont mal connus. Mais, bénéfice du projet, les aînés s’ouvrent à une vision de territoire, à de nouveaux contacts et à une meilleure connaissance de la réalité intercommunale. Seniors comme institutionnels, tout le monde sort donc gagnant du processus. ♦

 

Bonus
  • Le Réseau Francophone des Villes Amies des Aînés® (RFVAA). Créée en 2012, cette association indépendante d’intérêt général est affiliée au Réseau mondial des villes et communautés amies des aînés de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Le RFVAA se présente comme un centre d’expertises et de ressources sur l’accompagnement des territoires aux enjeux du vieillissement. L’objectif du réseau étant de favoriser l’intégration des enjeux de la transition démographique au sein des politiques publiques.

Il compte aujourd’hui près de 190 adhérents. Soit 16 millions d’habitants qui vivent dans un territoire Ami des aînés en France en 2021.

 

  • Le label Ami des Aînés ®. Il constitue un nouvel outil au service des territoires engagés dans le RFVAA. L’obtention de ce label concrétise les actions et les investissements entrepris par les collectivités dans le cadre d’une politique globale pour une meilleure prise en compte du vieillissement au sein des territoires. La contribution de partenaires majeurs, tels que le Ministère des Solidarités et de la Santé, de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV) et de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), a permis de développer ce label. De lui donner toute sa légitimité au coeur d’une stratégie nationale. Les villes de Grenoble et de Sceaux ont également décroché ce label.

 

*Lire aussi : Mon correspondant a 90 ans !

 

  • L’Assemblée des seniors. Certains volontaires se sont constitués en un groupe de « personnes relais », afin de relayer les informations de la CADA dans leur commune. Et continuer à faire remonter l’avis des aînés aux groupes de travail.

Les élus référents des groupes de travail, les coordinateurs de l’Assemblée des seniors et les techniciens se réunissent en Comité technique tous les deux mois environ. Ils présentent alors les avancées des actions et événements prévus. Un comité de pilotage composé du comité technique et des partenaires de la démarche CADA (financiers, institutionnels…) se réunit une fois par an pour échanger autour du plan d’action.

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