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Suspendre ses études pour mieux les préparer

Par Agathe Perrier, le 5 juillet 2022

Journaliste

Dina et Noor, deux des 16 étudiants de la première promotion d'Evocae © Agathe Perrier

Pas facile de choisir son orientation quand on a 18 ans. Cette étape pourtant incontournable au sortir du lycée se solde par beaucoup de déception, de désillusion, de réorientation. L’association Evocae propose donc aux jeunes un peu perdus de prendre une année de césure afin de construire un projet professionnel qui leur correspond vraiment. Qui leur permet aussi d’améliorer leurs connaissances, leurs compétences, de gagner en confiance. Quel bilan pour la première promotion et quels enseignements en tirer ?

 

Un bachelier sur deux échoue lors de sa première année d’études à l’université. S’il est difficile de faire une généralité sur le sujet (bonus), ce chiffre reste colossal. « Ils butent contre la dure réalité de la vie étudiante : être autonome, devoir changer de façon de travailler, un niveau scolaire parfois insuffisant… Notre idée est d’accompagner ces jeunes, qu’ils viennent de lycées généraux, technologiques ou professionnels, et qui ont un projet d’étude supérieure dans n’importe quel domaine », explique François-Xavier Huard, directeur d’Evocae.

Contrairement à d’autres structures qui ne se focalisent que sur le volet orientation, cette association marseillaise le couple à une multitude d’activités. Des cours pour approfondir et améliorer ses capacités scolaires, des ateliers de débats et de discussions, des séances de développement personnel… Autant en individuel qu’en groupe. « On ne propose pas un dispositif d’orientation, mais d’éducation », résume-t-il.

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Pour faire face à l’hétérogénéité des niveaux entre les étudiants, les enseignants ont opté pour une pédagogie interactive et différenciée © DR

 

Sortir les jeunes de l’impasse

Intégrer le programme d’Evocae nécessite de s’investir à temps plein. Car les jeunes ont un emploi du temps bien rempli, du lundi au vendredi de 9h à 16h. Les seize qui ont intégré la première promotion en janvier dernier présentaient des profils très variés. Pour faire face à l’hétérogénéité des niveaux, les enseignants ont opté pour une pédagogie interactive et différenciée. « On a créé trois niveaux de travail. Ils se composent d’ateliers avec des exercices à résoudre dans un format très scolaire mais également de moments où l’on favorise le débat et l’argumentation autour de sujets de culture générale. Chaque élève travaille en parallèle sur le parcours qui l’intéresse pour savoir ce qui l’attend concrètement dans ses futures études et pour qu’il n’ait pas de surprise », expose Pamela Jijon, l’une des trois enseignants d’Evocae.

Sur les seize étudiants, la grande majorité avait commencé l’année scolaire dans un cursus pour se rendre compte qu’il ne leur convenait pas. Ou ils ont dû l’interrompre pour raisons personnelles, comme Dina lorsqu’elle a déménagé d’Algérie pour venir en France. « Ils sont alors dans une impasse. On est là pour les aider à retrouver la motivation et l’accompagnement dont ils ont besoin », indique François-Xavier Huard. Et ainsi ne pas « perdre une année » à ne rien faire. L’association s’adresse aussi à ceux qui n’ont pas eu de proposition pertinente à l’issue de Parcoursup, la plateforme gérant les vœux d’affectation des lycéens.

 

 

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Parmi les projets transversaux menés par les étudiants, une pièce de théâtre qui a été présentée à la fin de l’année © DR

100% de réussite

La moitié des jeunes de la première promotion d’Evocae a quitté le programme prématurément pour démarrer des projets de formation. Les autres sont allés au bout et ont tous obtenu leur premier choix sur Parcoursup. Noor a même pris une vraie revanche sur le passé. Car, l’année dernière, c’était la douche froide pour la lycéenne de terminale : elle qui rêvait de devenir infirmière n’était acceptée dans aucune école. Un an plus tard, une dizaine d’établissements lui tendent les bras. La raison ? Un dossier bien plus solide. « J’avais fait deux stages dont un via Evocae, ce qui a démontré mon intérêt », souligne-t-elle. Et François-Xavier Huard d’ajouter : « La plateforme demande de motiver ses vœux et ses choix. Or, cela nécessite beaucoup de temps, de travail et un accompagnement dont ne bénéficie pas forcément les lycéens ». Mais que l’association apporte.

Noor ressort grandie de cette année de césure. « Je me suis découverte, j’ai appris à mieux me connaître, savoir ce que je veux et ne veux pas. Certains pensent que c’est une année de perdue car on a ni diplôme ni rien de validé à la fin, mais au contraire c’est une année de gagnée », considère-t-elle. Un avis que partage Dina. « Ce que j’ai appris ici, je ne l’aurais pas appris à l’université. À la fac, c’est que du théorique ». En septembre prochain, elle intégrera une école d’ingénieurs en alternance, au sein de l’entreprise où elle a fait un stage… lors de son passage chez Evocae.

 

 

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Les sept salariés de l’association Evocae, dont le directeur François-Xavier Huard (à gauche) © DR

Les leçons tirées

Si l’équipe de l’association ressort satisfaite de cette première promotion, ces six mois ont néanmoins fait ressortir des points à améliorer. Ainsi, l’accompagnement durera deux mois supplémentaires désormais et sera découpé en trois cycles. Le premier pour « s’ouvrir au monde et mieux se connaître », le deuxième pour construire son projet et le dernier pour préparer sa rentrée. « On va par ailleurs prévoir davantage de projets transversaux car ils motivent beaucoup les jeunes. On a aussi remarqué qu’ils ont besoin de parler donc on va leur donner plus d’espace de dialogue, d’argumentation, de débat », glisse Pamela Jijon.

La future promotion, dont l’appel à candidatures est déjà lancé, démarrera le 2 novembre prochain. L’effectif peut grimper jusqu’à 30 élèves. L’ambition de François-Xavier Huard est d’ouvrir une deuxième voire une troisième classe dès 2023. Et dans le futur, d’accompagner 150 étudiants chaque année puis de créer, à Marseille, un campus Evocae avec d’autres structures d’enseignement supérieur. ♦

♦ Pour candidater, rendez-vous sur le site internet d’Evocae en cliquant ici ♦

Bonus

  • Un programme approuvé à Madagascar – Dans ce pays, moins de 5% des 16-25 ans ont accès aux études supérieures. Et moins de 1% accède à un emploi qualifié cohérent avec son parcours de formation. Dans ce contexte, l’IECD (l’institut européen de coopération et de développement) et l’association Promes ont créé « Sésame » en 2013. L’objectif de ce programme est d’accompagner des bacheliers défavorisés dans leur parcours de formation supérieure. Il leur offre une année de préparation aux études et trois d’accompagnement jusqu’à l’insertion professionnelle. Plus de 300 étudiants sont suivis chaque année. François-Xavier Huard en a été directeur pendant trois ans. À son retour en France, décision a été prise de dupliquer le modèle à Marseille.
  • Les financements d’Evocae – L’association vit grâce au mécénat de Caroline et Jacques de Chateauvieux (ancien PDG du groupe Bourbon). Une contribution est demandée à chaque étudiant, entre 30 euros et 60 euros par mois. Elle comprend l’ensemble de l’accompagnement ainsi que le déjeuner quotidien, préparé par l’Addap13.
  • Seulement 53,5% de réussite en première année de licence en France – C’est peu mais toutefois nettement mieux qu’avant. Car en 2016, un lycéen qui rentrait en licence n’avait que 41% de chance de réussir son année, selon les chiffres du ministère de l’Enseignement supérieur. Les données varient cependant selon la filière choisie, le baccalauréat obtenu, etc.
  • D’autres programmes d’accompagnement similaires ailleurs en France – Portés par des associations comme Année lumière et Parenthèse utile à Lyon ou Iffeurope à Angers. Plusieurs universités proposent également un « DU PaRéo ». Il s’agit d’une année de transition entre le lycée et la faculté pour permettre aux jeunes de réfléchir à leur projet professionnel et de trouver leur voie. Une vingtaine de formations de ce genre étaient disponibles sur Parcoursup pour la rentrée 2021.

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