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Comme pour les légumes #2 : achète des fleurs locales et de saison

Par Marie Le Marois, le 18 février 2022

Journaliste

Coline Peyre, cofondatrice de La Butinerie à Marseille

En France, plus de 80% des fleurs sont importées, cultivées sous serre chauffée ou expédiées du bout du monde par cargo. Parallèlement, 40% de la production française a disparu en 30 ans. Face à cette aberration environnementale et économique, fleuristes, horticulteurs et grossistes se mobilisent pour dynamiser la filière avec des fleurs locales de saison. Bienvenue dans la Slow Flower.

 

Des bouquets d’anémones, d’œillets et de giroflées se déploient devant la vitrine de La Butinerie à Marseille. Ouvert en novembre 2021 par Coline Peyre et Mathilde Noirot, ce café fleuriste expose uniquement des fleurs françaises. Elles proviennent principalement de producteurs varois, à 100 kilomètres de là, et d’un spécialiste de la cueillette sauvage, Joffrey de Retour de Cueillettes.

L’hiver, ce dernier leur livre de « belles branches de laurier thym et d’amandier en fleurs », précise avec ferveur Coline Peyre, avant d’honorer la commande d’un client qui souhaite acheter des pivoines, fleurs préférées de sa femme. Obligeante, la commerçante lui explique qu’elle n’en vend pas car la saison est d’avril à mi-mai, et propose à la place des renoncules : « les boutons sont tellement gros que lorsque la fleur s’ouvre, on dirait des pivoines ».

 

 

Un désastre environnemental

Comme pour les légumes#2, achète des fleurs locales et de saison 3
La Butinerie à Marseille @Marcelle

Le client – Pierre – ne savait pas « pour les saisons ». À sa décharge, la pivoine est, avec la rose et le lys, une des fleurs les plus vendues… toute l’année. Mais d’où proviennent ces variétés printanières repérées en plein mois de février chez certains fleuristes ? Impossible d’en connaître la provenance car, contrairement aux fruits et légumes, il n’est pas obligatoire d’indiquer l’origine des végétaux d’ornement.

Pas moyen de savoir donc si elles ont été cultivées sous serres éclairées et chauffées en continu aux Pays-Bas (87% des fleurs importées en France) ou dans un pays chaud tel le Kenya, l’Éthiopie, l’Équateur ou le Brésil. Embarquées dans des camions réfrigérés pour préserver leur fraîcheur, les productions sont envoyées en Europe par avion, atterrissent généralement aux Pays-Bas – plaque tournante de la fleur – avant de reprendre la route pour desservir l’hexagone.

 

Conditions de travail déplorables

fleurs Commerce équitable
Filière fleurs  »commerce équitable » Faitrade/Max Havelaar

Dans les pays du sud, où la rose est toujours de saison, d’autres problèmes se posent. L’industrie utilise des produits phytosanitaires interdits en Europe. Cette fleur gourmande en eau contribue à l’assèchement des terres. Au Kenya, un des premiers exportateurs de fleurs au monde et premier producteur de roses à l’international, l’eau du lac Naivasha, dans lequel puisent les fermes avoisinantes, diminue. Enfin, les conditions de travail dans les plantations sont déplorables.

Face à ces problématiques, le mouvement Fairtrade/Max Havelaar a intégré les fleurs dans ses filières de commerce équitable. Il a labellisé notamment les fermes Bigot Fleurs au Kenya et Agrogana en Équateur selon un cahier des charges aux critères sociaux et environnementaux stricts. Des efforts sont donc entrepris mais face à la complexité de tracer les fleurs, n’est-il pas mieux pour le consommateur de préférer les fleurs françaises ? Il peut déjà demander au fleuriste de l’aiguiller.

 

Sur 600 millions de roses vendues chaque année en France, seulement 3,6% sont issues du commerce équitable, d’après Max Havelaar

 

Collectif Fleur Française

fleuriste
Fleuriste Mahé @Fayrouz Kasbadji

Un autre label a vu le jour en 2017 : Le Collectif Fleur Française co-fondé par Hélène Taquet, floricultrice et fondatrice de Popfleurs. Son objet est de fédérer fleuristes, horticulteurs et grossistes en France pour promouvoir la fleur coupée, locale et de saison. Ainsi que recréer des circuits courts sur le territoire. Le consommateur peut découvrir sur la carte du collectif les fleurs de saison des membres, actuellement 220.

Dans la charte, les floriculteurs doivent cultiver le plus naturellement possible et les fleuristes avoir recourt à minima à 50% de fleurs françaises, locales et de saison. Marie Gavelle de Mahe en propose au moins 60% dans sa jolie boutique ouverte mi-novembre à Marseille dont du mimosa magnifique qui… provient du jardin d’un de ses clients, dans le même quartier, à Samatan.

 

Hyères, capitale de la fleur des Sud-Est

fleurs d'ici
Marie Gavelle @Fayrouz Kasbadji

Chaque mardi, elle va à Hyères chez son fournisseur et le tanne pour avoir de la française – « je dois être la seule fleuriste relou », sourit-elle. Ses jolis bouquets sont vendus dans des emballages krafts et rien n’est perdu. Les fleurs fanées sont séchées.

La fondatrice de 29 ans aimerait vendre davantage la fleur française. Mais pour l’instant, cette ancienne salariée dans le prêt-à-porter de luxe n’y parvient pas. Parce qu’elle débute, est seule, veut du choix et n’a besoin que de petites quantités. Son objectif l’année prochaine est de parvenir à travailler avec Floréliande, grossiste du Collectif Fleur Française.

 

Fleuristes 100% fleurs françaises

Comme pour les légumes#2, achète des fleurs locales et de saison 7
Tulipes Perroquet à La Butinerie @Marcelle

Il existe de plus en plus de boutiques dédiées 100% à nos fleurs de saison. Monsieur Marguerite et Fleurs d’Ici sur Internet. Le Camion à fleurs, fleuriste itinérant. Désirée Fleurs, le café-fleuriste branché parisien, Le Bosquet qui livre à Lyon ses bouquets comestibles, Fleur de Mars, artisan bordelais dont l’objectif est de vendre des fleurs les plus produites localement. Enfin, La Butinerie, notre nouvelle pousse Marseillaise.

Outre acheter des fleurs en circuit-court et découvrir les variétés de nos régions, l’avantage d’acheter local et de saison est que les fleurs sont plus durables. Cultivées naturellement, peu transportées et coupées peu de temps avant la livraison (contre dix jours en moyenne pour une fleur importées, selon Fleurs d’Ici), elles gardent leur fraîcheur plus longtemps. « D’autant que la fleur de saison est adaptée au climat ambiant », précise Coline Peyre.

 

 

Des fleurs plus fraîches et durables

Comme pour les légumes#2, achète des fleurs locales et de saison
Fleurs françaises de saison à La Butinerie @Marcelle

Cette tout juste diplômée d’un CAP fleuriste, après de nombreuses années dans l’environnement, a un excellent retour des clients, étonnés que leur bouquet résiste aussi longtempsTrois semaines pour des renoncules, par exemple. « Bien sûr, ça dépend ensuite de la variété choisie car certaines tiennent mieux, et de l’entretien ».

Mais le choix n’est-il pas moindre chez un fleuriste  qui ne vend que de la française ? La jeune femme répond à la question d’un regard sur ses fleurs exposées. En plus des sauvages et de sublimes feuillages, elle a en ce moment « six variétés, auxquelles il faut rajouter les sous-variétés », telles les anémones Full Star ou les renoncules Hanoï.

 

La production française de fleurs coupées concerne 3 200 exploitations. 50% des surfaces et 40% des exploitations sont localisées en région PACA, 1ère région de production de fleurs coupées en France. In Florisud

 

Plus cher ?

Bouquet d'oeillets
Bouquet d’oeillets 14 euros à La Butinerie

La fondatrice de Mahe reconnaît que sa botte de tulipes est à 20 euros quand elle coûte moitié moins en grande surface. Sans aucun doute, cette dernière « vient de Hollande ». Si les personnes « rouspètent » sur le tarif, cette pédagogue leur explique que le français de saison a un prix et qu’il faut soutenir la filière. Ses petites graines semées par-ci par-là portent leurs fruits. Des clients – « dont un papy adorable » – reviennent régulièrement depuis qu’ils ont découvert cette histoire de saison.

Du côté de La Butinerie, les associées proposent des bouquets pour tous les budgets, dès 5 euros. Et lorsque la fleur est trop chère, comme ce fut le cas dernièrement pour les tulipes Perroquet aux magnifiques pétales gaufrés, ces trentenaires vendent à prix coûtant ou à une marge faible.

 

De plus en plus de fermes florales

Ferme Florale
Ferme Florale La Fleur Bretonne, en octobre

Coline Peyre travaille avec cinq-six producteurs et rêve de commercer avec Élodie d’Il est midi à Montpellier. « Elle cultive des fleurs bio qu’on ne voit nulle part, notamment des variétés qu’elle remet au goût du jour ». D’autres fermes éclosent un peu partout dans l’hexagone, notamment La Fleur Bretonne. Et même au cœur des villes : La Ferme Florale Urbaine et Plein Air à Paris. Une autre est en projet à Marseille.

La Butinerie élabore de son côté un projet avec Joffrey, le spécialiste de la cueillette sauvage pour cultiver plusieurs plantes, dont l’alstibe et la pérovskia, sur le terrain de l’association Bigoud’ à Aubagne.

 

 

Razzia pour la Saint-Valentin

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Pierre est reparti de La Butinerie avec un bouquet français de saison @Marcelle

Le baptême du feu de La Butinerie fut la Saint-Valentin 2022. Les clients allaient-ils être au rendez-vous, sachant que la rose est la reine de cette fête commerciale (63% des bouquets en 2019) ? Deux jours après, Coline Peyre reste stupéfaite. Elle a vendu toutes ses fleurs. Et, sur la dizaine de clients en quête de roses, seul un est ressorti aussitôt de la boutique.

« On avait sélectionné des fleurs roses et rouges pour respecter les codes mais quand même, on ne s’attendait pas à ce succès ». Cet élan encourageant « signifie que le consommateur est prêt ».

Pierre, le client qui souhaitait des pivoines pour sa femme, a de son côté été convaincu. En plein hiver, il ne regardera ces belles plus du même œil.♦

Article écrit avec Fayrouz Kasbadji

 

Bonus – Empreinte carbone des fleurs. 49 molécules chimiques dans des roses importées. Pétition de Fleurs d’ici. Le langage des fleurs

  • Empreinte carbone des fleurs : gare aux idées reçues. Selon Max Haveelar, le coût climatique n’est pas le problème plus grave. Une rose des Pays-Bas, par exemple, émet 0,670 kg de CO2 contre 0,335 kg de CO2 si elle est originaire du Kenya.

 

  • 49 molécules chimiques dans des roses. 60 millions de consommateurs a mené en 2017 des analyses en laboratoire sur des bouquets de dix grandes enseignes. Ils ont recherché dans les roses une liste d’engrais, de fongicide, d’insecticide ou encore d’acaricide. Le résultat est accablant : aucun bouquet n’est dépourvu de substance chimique.

Le Figaro rapporte que, au total, 49 molécules différentes ont été identifiées. 60 millions de consommateurs nuance néanmoins ses analyses. Toutes les fleurs, et donc toutes les marques, ne sont pas logées à la même enseigne. Le meilleur élève, un bouquet de roses rouge d’Aquarelle, contient tout de même « trois substances contestables, mais autorisées » et un fongicide interdit en France.

 

  1. Indiquer l’origine des fleurs comme pour les fruits et légumes
  2. Stopper l’importation des fleurs ayant été traitées avec des pesticides interdits par l’UE
  3. Orienter la commande publique vers les fleurs locales
  • Le langage des fleurs concerne les messages amoureux ou d’amitié mais aussi sentiments et états d’âme. Ou pour exprimer regret ou reproche. Les fleurs peuvent aussi annoncer une bonne nouvelle. (petit) Liste avec Ma Petite Jardinerie.

Anémone : confiance, affection,

Bégonia : amitié sincère, cordialité

Cosmos : expression de l’innocence

Dahlia : démonstration de reconnaissance

Giroflée : fidélité, élégance et constance dans l’amour

Iris : événement festif, annonce bonne nouvelle

Jonquille : mélancolie et désir

Lilas : sentiments purs, émotion, et aussi maternité

Lis (ou lys) : noblesse, pureté, et amour chaste

Orchidée : spiritualité, fécondité, délicatesse, mystère, ferveur

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