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Frederika Van Ingen, passionaria des peuples racines

Par Paul Molga, le 1 avril 2021

Journaliste

Les usines propres carburent au dioxyde de carbone 5

Frederika Van Ingen est une des 9 speakers de l’édition 2021 du TEDx Canebière, dont Marcelle est partenaire.

Cette journaliste nous invite à renouer avec l’humanité des origines. Elle imagine notre avenir inspiré par les sens premiers qui reliaient les premières tribus aux écosystèmes naturels. L’expérience ancestrale pourrait-elle sauver le monde ?

 

Quelle est notre contribution à l’équilibre du vivant ? Comment homo dominator peut-il espérer renouer avec les écosystèmes qui l’entourent ? Quel sens donnons-nous à l’harmonie terrestre ? J’ai exploré ces questions bien avant que le Covid ne remette nos certitudes à plat, vouant une passion sans bornes aux arts premiers. Il y a 36 000 ans dans la grotte Chauvet, les hommes ont établi un lien avec un autre monde, une autre réalité, laissant sur la roche une forme de dialogue avec les esprits animaux. Dans les ténèbres silencieuses des profondeurs, la vie prenait corps sous la lumière vacillante des torches. Des formes suggestives apparaissaient, s’illuminaient puis s’évanouissaient au rythme des pas. Laissant la représentation émergente de notre pensée artistique illuminer pour l’éternité les parois de ces territoires sacrés.

Ma consœur Frederika Van Ingen, une journaliste qui a longtemps travaillé pour le magazine Ça m’intéresse, vibre de la même façon pour ces cultures intimement liées à la « déesse mère », Gaïa, ancêtre maternelle du vivant selon la mythologie grecque.

 

Des cultures surgies du fond des âges

Mais j’ignorais que ces cultures encore de ce monde étaient aussi nombreuses. « Elles forment au moins 5 000 groupes autochtones comptant 370 millions d’individus », m’apprend la journaliste.

Ils s’appellent Kanaks, Dinka, Innu, Himba, Ayoreo, Akha, Surma, Yi, Tatars… et perpétuent des cultures surgies du fond des âges dans au moins 70 pays. « Ils nous disent qu’il y a quelque chose en nous qui ne relève pas du devenir historique, mais de l’arkhé humaine, c’est-à-dire du fondamental. Ces sociétés semblent figées, immobilisées dans un présent permanent qui répète leur passé préhistorique », décrit le sociologue Edgar Morin.

 

 

Des savoirs médicinaux, psychologiques et écologiques
Frederika Van Ingen, passionaria des peuples racines 1
Frederika Van Ingen @ DR

Ces micro-nations dispersées ne sont pas pour autant primitives. « La plupart de leurs représentants vivent avec leur temps : ils travaillent, sont motorisés, connectés, communiquent avec un smartphone… Mais leur culture les invite à se poser constamment la question de leur impact sur le milieu », explique Frederika Van Ingen. Alors pourquoi ne pas faire de même ? « Ne sommes-nous pas des êtres de nature ? Nous devons redevenir un peuple racine », exhorte la journaliste conférencière.

Invitation utopique ? « Loin de là », poursuit-elle. Dans un ouvrage publié en janvier 2020, « Ce que les peuples racines ont à nous dire », elle liste la somme incroyable de savoirs médicinaux, psychologiques et écologiques qu’ils ont à nous livrer, et les bénéfices que nous avons à tirer de notre réconciliation avec la nature. « Nous avons oublié des millénaires d’expérience et de savoirs qui sont une source d’inspi­ration précieuse pour restaurer nos propres équilibres. Ceux de nos corps et de notre pensée, comme ceux de nos sociétés », assure-t-elle.

 

Des stages initiatiques

Frederika Van Ingen, passionaria des peuples racines 2La jeune femme n’est pas que théoricienne : elle anime également un Cercle des Passeurs qui propose aux quelques hôtes qu’elle accueille à 1 300 mètres d’altitude dans le haut Diois (Drôme), une lecture différente du monde. Ses stages sont l’occasion de rencontres inspirantes et initiatiques avec des personnes qui ont expérimenté dans leur domaine la nature de ce qui fait un « humain racine ».

Éric Julien est par exemple un bon connaisseur des Indiens Kagabas colombiens, qui l’ont sauvé d’un œdème pulmonaire avec la médication forestière. Lorenza Garcia, plasticienne et musicienne a été adoptée par une famille Navajo et elle transmet dans ses ateliers de chants et de peinture de sable une certaine philosophie de la beauté (hozho dans leur langage).

 

Une part d’humanité que nous avons laissée s’endormir 

« Tous ces peuples nous racontent que l’humain sur cette Terre a un rôle de gardien du lien : à lui-même, à l’autre, à la terre, au cosmos. Leurs savoirs ont traversé l’épreuve du temps et nous parlent encore. Plus encore aujourd’hui que nos vies modernes nous poussent à une quête effrénée du sens dont ces cultures ont conservé la mémoire, explique Frederika. Les écouter, c’est explorer une part d’humanité que nous avons laissée s’endormir ». Le voyage promet de belles expériences : huttes de sudation, diètes de plantes, peintures de sable, voyages chamaniques, transes, rituels, offrandes, sym­boles, contes, mythes, chants, danses, arts en général… Les outils d’introspection et de guérison des anciens étaient aussi ludiques. ♦

 

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