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Gabriel & Co, premier acteur viticole en France labellisé Fair for Life

Par Frédérique Hermine, le 9 juin 2021

Journaliste

Le collectif Gabriel & Co compte désormais 34 vignerons partenaires ©François Huchet

Le collectif Gabriel & Co réunit une trentaine de vignerons partenaires de la rive droite de Bordeaux. Engagés dans une démarche responsable et solidaire, c’est le premier acteur viticole français certifié en commerce équitable Fair for Life.

 

Une structure originale, presqu’insolite en territoire bordelais, portée par Jean-François Réaud depuis une vingtaine d’années. Gabriel est le nom de son aïeul qui a créé l’exploitation sur la commune de Saint-Aubin-de-Blaye, à la fin du XIXe siècle. Il faisait déjà un peu de négoce avec ses voisins vignerons. Quand Jean-François hérite quelques décennies plus tard de la propriété en polyculture (7 hectares de vignes d’ugni blanc et des vaches laitières), l’agriculture n’est pas une vocation. « Je participais déjà au foin et aux vendanges mais je n’aimais pas beaucoup, raconte-t-il. J’ai passé un BEP agricole contre mon gré. Cependant, en suivant les cours du lycée de la Montagne avec les fils des châteaux viticoles, j’ai découvert les vins. Et je me suis passionné pour la vigne ».

 

Un système d’entraide vigneronne

Revenu sur l’exploitation quand son père tombe malade au milieu des années 1980, il replante un hectare de merlot. Il a dans l’idée de faire son vin et de le commercialiser lui-même. Une pratique rare dans la région où tout passe par la Place de Bordeaux (voir bonus), autrement dit le système du négoce. « Je pensais trouver une clientèle privée pour mon Château Grand-Moulin, en Blaye Côtes-de-Bordeaux. Mais il y avait de plus en plus de récoltants sur les marchés. De surcroît, le banquier ne voulait pas financer », raconte Jean-François Réaud. Il ne baisse pas les bras : « J’ai retrouvé des livres de comptes de mon aïeul Gabriel Bruneteau. Ils m’ont appris beaucoup sur les habitudes d’achats auprès des viticulteurs. Faute de moyens pour me développer seul, j’ai donc misé sur l’entraide avec d’autres vignerons du village qui voulaient suivre le même modèle. Et j’ai créé à la fin des années 90 Vignobles Gabriel & Co ».

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Bruno Belly©François Huchet

Il embarque dans l’aventure des producteurs de Bordeaux comme Frédéric Nazelli du Château Puy de Guirande, Bruno Belly du Château Moulin de Vignolle, Stéphane Hervé du Château Les Fermentaux… Et les voilà partis pour tenter de séduire les enseignes des grandes surfaces. « L’acheteur de Carrefour m’a fait comprendre à l’époque qu’il ne pouvait pas acheter un vin à chacun, d’autant qu’il commençait à y avoir des ‘châteaux’ partout sur le marché. Le concept d’un groupe de vignerons lui plaisait mais il fallait présenter une gamme de vins ». Jean-François entreprend donc de regrouper quatre ou cinq confrères de Blaye et Bordeaux. Chacun vinifie dans son chai, avec du matériel et une unité d’embouteillage mobiles. Deux ans après, de retour devant l’acheteur, banco ! La démarche misant sur l’authenticité et l’identité s’avère payante (avec une garantie d’exclusivité par référence pour l’enseigne). Et, pour les vignerons, elle aboutit à une certaine sécurisation des débouchés (même si la contractualisation est verbale).

 

 

Un collectif plus qu’un négoce
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Les premiers adhérents @DR

Il s’agit moins d’un négoce atypique qu’un réel collectif de vignerons possédant chacun entre 12 et 50 hectares. Soit un total d’un millier d’hectares, principalement sur la rive droite, en Blayais. Et une production d’environ 6 millions de bouteilles par an. Tous les vignerons adhérent à la structure avec un contrat de trois ans tacitement renouvelable. « Chacun fait son vin, pour responsabiliser le vigneron. Mais nous avons établi une charte de qualité avec des techniciens, dans les vignes et dans les chais, pour un accompagnement sur toute la chaîne ».

Le plus gros pari réside dans la rémunération. Le prix d’achat minimum au tonneau, bien loin des prix planchers proposés par le négoce, est discuté avec le vigneron. Afin qu’il ait « une rémunération juste qui l’incite à investir ». Il est néanmoins indexé à la qualité après une dégustation à l’aveugle par un collège de dégustateurs externes à la Chambre d’Agriculture et au laboratoire œnologique. « Quand le prix est fixé pour trois ans, les relations s’apaisent, plus besoin de parler d’argent. Les contrats sont mensualisés et quasiment payés avant d’être vendus avec un système de bonus-malus en fonction de la qualité. Avec un facteur modérateur selon le millésime ». Sans forces de vente ni commerciaux, sauf pour l’export avec un ou deux importateurs par pays, les supermarchés restent le canal de distribution privilégié. Et avec tous les vignerons sur le pont pour jouer les ambassadeurs au moment des foires aux vins.

 

Des valeurs humaines autant que qualitatives
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Amélie Osmond ©François Huchet

En un quart de siècle, Grand Moulin passe de 7 à 85 hectares et deux domaines familiaux s’ajoutent à l’escarcelle de Jean-François Réaud. Il s’agit des 44 hectares certifiés bio du Château des Aubiers, toujours à Saint-Aubin-de-Blaye, et en 2015 de Château Haut-Sociando, une pépite de 15,5 hectares située face à l’estuaire de la Gironde, en conversion bio. Le collectif compte désormais 34 vignerons partenaires. Parmi les derniers arrivés, Amélie Osmond (Baron Bellevue en Bourg Côtes-de-Bordeaux) et Nicole Tapon (Saint-Émilion grand cru Lafleur Tapon).

Gabriel & Cie travaille toujours en priorité avec Carrefour mais également avec d’autres enseignes, chacune ayant l’exclusivité des références qu’elle distribue. « De plus en plus de domaines souhaiteraient nous rejoindre, mais nous n’avons pas vocation à être 50, précise Pauline Réaud, responsable marketing. Nous pouvons encore étudier quelques candidatures dans des appellations qui nous feraient défaut. Toutefois, nous restons très vigilants sur le fait que chaque candidat doit respecter nos valeurs d’entraide. Devenir un véritable ambassadeur du collectif. Nous sommes autant attachés au volet humain que qualitatif ».

 

Le premier label Fair for Life

Le système a parfaitement fonctionné jusqu’en 2018. Mais, avec la crise, « la grande distribution a commencé à chercher des Bordeaux toujours moins chers, ce qui risquait de détruire la valeur de nos vins, regrette Jean-François Réaud. Nous avons alors décidé de partager notre vision des vins éthiques. De la médiatiser de plus en plus auprès du consommateur final ». Le groupement fait alors de sa conscience écologique un cheval de bataille.

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Dégustation des jus avec JF Réaud-B.Roy-J.Zabel©Julie Rey

Tous les vignobles de Gabriel & Co ont ainsi la certification en Haute Valeur Environnementale. Le bio n’est pas imposé mais fortement recommandé : il représente aujourd’hui 38% du collectif. Ce sera 50% d’ici 2023 avec l’engagement de tous d’ici cinq ans. Leur plus belle récompense est d’avoir obtenu la labellisation Fair for Life en 2020 via Ecocert, l’organisme indépendant qui certifie déjà les vins bio avec le logo AB.

« Nous ne courrions pas forcément après un label supplémentaire, c’était toutefois un bon moyen pour valoriser notre démarche. Elle ne profite pas seulement aux distributeurs mais aux vignerons qui font les vins, le travail de sélection et portent les stocks. Fair for Life implique de gros efforts. Alors que l’on nous annonçait cinq ans pour être certifié, nous l’avons été en six mois ». Si le label est encore peu connu en France, il sert déjà de sésame au Japon, en Scandinavie, au Canada…

 

 

Un prix juste pour le vigneron et une démarche responsable

« Vignobles Gabriel & Co est le premier acteur viticole français à être certifié Fair for Life, confirme Marie Mercui, directrice du département RSE et commerce équitable Ecocert Fair for Life. Notre label va leur permettre d’affirmer l’un des piliers phares de leur démarche : l’équité. Avec Fair for Life, le consommateur a désormais la garantie d’avoir un produit pour lequel toute la filière s’est engagée dans le cadre d’une contractualisation équitable. Avec un prix juste pour le vigneron ainsi qu’une démarche responsable ». Et même un pourcentage du chiffre d’affaires (1%) reversé au fond de développement des filières. Preuve en est que le système coopératif de Vignobles Gabriel est désormais bien ancré et fiable. Qu’il participe à étendre un système solidaire et équitable.

Autre geste solidaire, la structure a fait un don de 10 000 euros l’an dernier à la Fondation pour la Recherche contre le covid. Cette année, elle a aussi collecté plus de 50 000 bouchons « périmés » dans le cadre de l’action Agir Cancer Gironde. Le recyclage des bouchons en isolations phoniques est convertie en fonds pour l’Institut Bergonié, centre de lutte contre le cancer de Bordeaux. ♦

 

Bonus
  • Fair for Life. Ce programme de certification pour le commerce équitable dans les domaines de l’agriculture, de la fabrication et du commerce. a été créé en 2006 par la Swiss Bio-Foundation en coopération avec le Groupe IMO. Il a été repris par le Groupe Ecocert en 2014 pour répondre à une demande spécifique des acteurs de l’agriculture biologique. Au-delà du concept inhérent de prix équitable, et dès le début de sa création, Fair for Life est conscient de la notion de « filières responsables » : avoir une vision à long terme, s’engager avec sincérité et agir de manière responsable tout au long de la chaîne d’approvisionnement.
    Gabriel & Co, premier acteur viticole en France labellisé Fair for Life 2
    ©Stéphane zamanski

    Aujourd’hui, Fair for Life rassemble une communauté de plus de 700 entreprises et organisations certifiées dans plus de 70 pays. Leur engagement dans Fair for Life a un impact direct sur 235 000 producteurs et travailleurs et génère près d’un milliard d’euros de ventes de produits certifiés.

 

  • La Place de Bordeaux. Dans le vignoble bordelais, on fait souvent référence à la Place de Bordeaux. Système plus que lieu physique, c’est l’endroit où se retrouvent châteaux, courtiers et négociants pour commercialiser les Grands Crus. Ce système est unique car les Châteaux ne vendent pas leurs vins en direct aux particuliers. Ni via les différents circuits de distribution.

Mais ils sont vendus à des négociants, qui assurent ensuite la distribution des vins partout dans le monde. Sur la place de Bordeaux, les courtiers mettent en relation négociants et Châteaux. Ces trois acteurs sont essentiels à la commercialisation des vins de Bordeaux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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