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Greenpeace veut vous inspirer cet été

Par Philippe Lesaffre, le 20 juillet 2022

Journaliste

[série tourisme #3] Cet été, Greenpeace souhaite vous détourner de l’avion. « C’est le moyen le plus puissant à l’échelle individuelle pour réduire son impact carbone », indique Alexis Chailloux, responsable de l’engagement citoyen au sein de l’association, qui vient de sortir un guide de voyage alternatif.

 

Une cinquantaine de pages pour s’émerveiller ! Fin juin, Greenpeace France a sorti un guide de voyage pas comme les autres. L’idée : casser un imaginaire entretenu par de nombreuses compagnies aériennes, démontrer en clair que le voyage n’a pas à être coûte que coûte associé au transport aérien. Message subliminal : on n’est pas obligés de passer par l’aéroport pour partir à l’aventure, à la découverte de régions insoupçonnées ou méconnues durant la période estivale.

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Alexis Chailloux ©DR

Comme le rappelle l’un des auteurs du guide (fruit d’un travail collectif), Alexis Chailloux, responsable de l’engagement citoyen chez Greenpeace France, « la position géographique de notre pays est idéale ». Selon les envies, les centres d’intérêt, il est possible de trouver des zones accessibles en train. Sans compter les lignes de bus ou l’éternelle petite reine. En fonction du temps dont on dispose, un week-end ou deux semaines, on peut partir sur la route, rester en France, vagabonder au-delà des frontières, improviser, prendre le temps, se reposer.

 

Valoriser les alternatives

Rejoindre l’Atlantique, les Cornouailles, les îles Wadden aux Pays-Bas, sur les traces de nombreux oiseaux aquatiques venant de l’Arctique. Se promener autour des volcans d’Auvergne, en Italie ou en Espagne. Partir à la conquête de l’Europe de l’Est… L’ONG a sélectionné une quarantaine de destinations en France et en Europe. Toutes sont accessibles sans passer par la case avion.

L’intention : donner les clefs, montrer qu’on peut changer nos comportements assez facilement. Bref, faciliter le passage à l’acte en valorisant les alternatives. En premier lieu, le chemin de fer, qui revient lentement sur le devant de la scène (lire bonus). « On avait envie de s’adresser à toutes ces personnes habituées à l’avion pour mettre en avant les voyages en train, glisse Alexis Chailloux, également auteur de la newsletter « Les Mardis Verts » (lire bonus). Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas toujours plus long qu’en avion. Par exemple, il faut compter cinq heures pour un Paris-Turin, peu importe le mode de transport. »

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On n’est pas obligés de passer par l’aéroport pour partir à l’aventure ! ©Pixabay

 

♦ (re)lire : Das vacances façon circuit court

 

Agir à l’échelle individuelle

Le guide de voyage ne rentre pas dans les détails, ne vous dégote pas d’adresses de restaurants ou d’hôtels engagés, mais vous aide à bifurquer… grâce à ces acteurs qui vous inspirent durant vos congés. Par exemple, Direkt Bahn qui vous permet de découvrir l’ensemble des destinations accessibles en train depuis votre gare, les guides Tao dont le but est de vous épauler dans l’organisation de voyages alternatifs, ou encore la compagnie Sailcoop, pour ralentir et filer à l’aventure sur les mers. Autant de tips visant à « donner les moyens d’agir à l’échelle individuelle, sachant qu’une large part de l’effort doit être fourni par les pouvoirs publics. »

En France, 31% des gaz à effet de serre proviennent du secteur des transports. Le Haut Conseil pour le Climat l’a rappelé dans son dernier rapport annuel, en juin dernier, la part des vols intérieurs ne représente qu’une petite partie (4%) du total « mobilités ». Loin derrière les déplacements en voiture (53%) et en poids lourds (25%).

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En train, ce n’est pas forcément plus long qu’en avion ©DR

 

L’impact de l’aérien

Mais, nuance Alexis Chailloux, « arrêter l’avion c’est le geste le plus puissant au niveau individuel ». Car le transport aérien est le mode de transport le plus émetteur de gaz à effet de serre par personne et par kilomètre parcouru. Il est en effet 50 fois plus émetteur de CO2 que la voiture (notamment sur un trajet de 500km) et beaucoup plus que le train aussi (comme l’a rapporté Bon Pote, par exemple). Et de préciser que, si la voiture est utilisée par une grande majorité des Français, beaucoup n’ont pas le choix. Alors que ça l’est pour l’avion.  Autrement dit, si chaque Français se déplaçait par voie aérienne, « ce serait catastrophique ». Et ainsi le secteur dominerait largement celui de l’automobile en matière d’émissions de GES. Heureusement, un peu plus d’un tiers des Français saute le pas chaque année (« plutôt les classes aisées, urbaines, et les 20-40 ans », dit Alexis Chailloux).

♦ (re)lire : [série tourisme #1] Les guides Tao nous invitent à ralentir

« Et pourquoi on insiste vraiment sur la question des voyages ? Parce que, même si l’on observe que de nombreuses personnes se déclarent prêtes à évoluer dans leurs pratiques notamment face à l’avion, on ne le constate pas encore dans les faits. » Bien au contraire. « On a remarqué que les vols pour motif personnel (hors voyages professionnels), selon l’enquête « Mobilité des personnes » 2018-2019, ont doublé en dix ans. En 2008, en moyenne, on prenait l’avion tous les quatre ans. En 2018, c’est tous les deux ans. » L’étude, réalisée chaque décennie, a été effectuée avant la pandémie. Le Covid-19 aura-t-il eu un impact sur nos comportements ? Rien n’est moins sûr… ♦

 

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Proches mais peu connus, les volcans d’Auvergne – Unsplash ©Laurent Gence

 

Bonus
  • Intention. Cela fait partie des propositions de Greenpeace et de nombreuses autres ONG écolo : la mise en place d’une politique ambitieuse visant à favoriser le développement du train, notamment les lignes de train de nuit, délaissées pendant plusieurs décennies. Et les trajets en Europe, à des prix plus accessibles). Greenpeace veut également mettre fin à « l’hérésie fiscale », selon les mots d’Alexis Chailloux. « Car certains aéroports et compagnies sont exonérés de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) et de la TVA pour le kérosène. »

 

  • Les Mardis Verts. Au supermarché, vous bloquez devant les pommes bio sous plastique ? Vous aimeriez cuisiner moins de viande, mais on vous a dit que le soja participait à la déforestation ? À la fin du repas, vous hésitez entre la vaisselle à la main ou à la machine ? Bref, vous avez parfois l’impression que les écogestes sont un chemin de croix au quotidien ? Cette newsletter vous aide à comprendre les enjeux écologiques de notre époque. Vous y trouverez ainsi pêle-mêle : des explications simples à des sujets compliqués, des infos très utiles, des anecdotes plus futiles, des chiffres qui décoiffent, et (bien sûr) des tas d’idées d’écogestes et de mobilisations citoyennes à rejoindre.

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