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« Habités », un film pour dédramatiser la maladie mentale

Par Lorraine Duval, le 27 octobre 2022

Journaliste

« J’ai voulu que le spectateur fasse des rencontres dans tout ce qu’elles ont de plus intense », explique la réalisatrice Séverine Mathieu. @DR

[bref] L’hôpital psychiatrique, Séverine Mathieu l’a connu à l’occasion d’ateliers cinéma qu’elle a guidés. Mais un jour, elle a eu envie d’aller voir comment se passe la vie des personnes une fois passée la phase critique de la maladie, quand elles se retrouvent seules face à la Cité. Elle en a fait un film, actuellement dans les salles.

Certains imaginent un film de bout en bout puis s’attellent à le voir mis en œuvre de la façon la plus fidèle à ce qu’ils s’étaient imaginés. La réalisatrice Séverine Mathieu, elle, ne travaille pas tout à fait de cette manière. Dès ses débuts, alors qu’elle veut faire un film sur les relations mères-filles de femmes issues de l’immigration, elle demande à des femmes de se replonger dans leur histoire pour reconstituer des scènes importantes de leur vie. « L’aventure de la création partagée m’intéresse ».

 

Habités, un film pour dédramatiser la maladie mentale
@DR

Habiter la Cité quand on est en dehors de la norme

Le partage, c’est aussi ce qui l’anime lorsqu’elle conduit pendant quinze ans des ateliers de cinéma au sein d’hôpitaux psychiatriques de la région. Elle se trouve alors en face de personnes hospitalisées jour et nuit, à un stade aiguë de leur maladie. Et prend plaisir à « explorer avec beaucoup de liberté des expériences de mise en scène ». Elle noue des rencontres. Soignants, malades. Avec qui elle gardera contact lorsqu’elle décidera de filmer ce qui se passe hors des murs de l’hôpital. Quand les personnes malades se retrouvent à devoir se réapproprier le monde extérieur, et à l’habiter.

Pour cela, Séverine Mathieu commence par mettre en place pendant deux ans et demi des ateliers d’écriture hebdomadaires. Ateliers au cours desquels les personnes concernées, malades mais aussi soignants, préparent et écrivent le film ensemble. « Pour qu’ils comprennent les enjeux de mise en scène et d’écriture. Qu’ils puissent décider de la manière dont ils se mettent en scène ».

 

♦ Lire aussi : Santé mentale : la BD de Lisa Mandel rétablit des vérités

 

Habités, un film pour dédramatiser la maladie mentale 1
Une solitude frappante, malgré des aspirations universelles @DR

Des problématiques universelles

Résultat : un film d’1h25. Succession de portraits qui racontent comment on vit avec une maladie mentale, c’est-à-dire hors de la notion de normalité établie par la société. La solitude, omniprésente, qui en découle. Les introspections. Le rapport à soi, à son histoire, au monde, à Dieu. Comment on réinvente la notion d’habitat lorsqu’on ne supporte pas la notion d’appartement. La manière dont on entre, tant bien que mal, à la rencontre de l’autre. « J’ai voulu que le spectateur fasse des rencontres dans tout ce qu’elles ont de plus intense ».

La difficulté de compréhension d’abord, avec un Roger qui a du mal à s’exprimer de façon claire et cohérente. Puis Nicolas, qui nourrit de grandes ambitions et aimerait recevoir la reconnaissance que confère la réussite d’un parcours universitaire… avant de se voir rappeler que sa maladie est un frein, et qu’elle ne disparaîtra jamais. « J’ai eu envie que l’on s’identifie à eux. Qu’on ne les regarde pas comme des malades, mais comme des habitants de la Cité avec des problématiques communes et universelles. Je mets en avant des drames communs pour dédramatiser la maladie ». ♦

 

  • Le film est actuellement sur les écrans – Notamment au cinéma Les Variétés à Marseille, tous les jours jusqu’au 1er novembre. Pour plus d’informations sur le site de film-documentaires.fr
  • Plusieurs séances auront lieu en présence de la réalisatrice -Le 16 novembre à 14h à Nice (Jean-Paul Belmondo). Le 25 novembre à 20h à Saint-Sernin (Centre Culturel). Le 26 novembre à 20h30 à Quintenas (Bibliothèque Municipale). Le 27 novembre à 17h à Peaugres (Bibliothèque). Le 29 novembre à 20h30 à Foix (L’Estive). Et le 30 novembre à 18h à Vitrolles (Les Lumières).

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