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Handicapé oui, mais bien entouré !

Par Isabelle Guardiola, le 13 avril 2021

Journaliste

Photo @Comme les autres

Accompagner des personnes handicapées moteur après un accident, c’est bien. Mais leur offrir avec un suivi social et des activités collectives, notamment sportives à sensations fortes, c’est mieux. Comme les Autres, une communauté soutenante pour reprendre goût à la vie, l’a bien compris !

 

« J’ai fait du quad, de l’ULM, du jet-ski. Je suis entrée dans la mer comme j’en ai toujours rêvé moi qui, petite allais à la plage avec mes frères et sœurs sans jamais oser me baigner… C’était génial, incroyable, j’étais super contente et je me suis lâchée ! » Coumba Diouck, 30 ans, se souvient avec émotion de ces 5 jours, en août 2020 à Argelès-sur-Mer. Un séjour-aventure sportif organisé par l’association Comme les Autres.

Paraplégique depuis ses 6 ans suite à une intervention chirurgicale au Sénégal, son pays d’origine, Coumba est depuis en fauteuil. Pendant des années, elle a souffert de douleurs intenses au dos et neuropathiques aux jambes. Les effets de complications liées à des années sans soins ni rééducation. En 2018, elle s’est installée à Marseille, pour suivre un Master en santé publique et s’est spécialisée sur les questions de handicap et santé. Parallèlement, elle a repris un suivi médical, et a été orientée vers un neurologue afin de mettre en place un traitement efficace. Et vers un médecin rééducateur, à la Timone.

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Créer une communauté autour de la personne accidentée

« J’ai alors cherché une association qui pouvait me permettre de m’évader, de sortir car j’étais renfermée sur moi-même et très isolée. Cela m’a desservi dans tous les domaines de la vie, poursuit Coumba. J’avais envie de faire du sport, de rencontrer des personnes et d’être accompagnée. C’est ainsi que j’ai contacté Comme les Autres. »

Comme les Autres est une association nationale, implantée à Paris, et possédant des antennes régionales à Marseille, Lyon, Bordeaux, Rennes et bientôt à Lille. La structure est née en 2011, d’une histoire personnelle. Celle de Michaël Jérémiasz, devenu paraplégique à la suite d’un accident de ski à 18 ans, et de son frère Jonathan, témoin de l’accident. Très entouré par sa famille et ses amis, Mickaël s’est reconstruit aussi grâce à un autre ingrédient clé, le sport. Grand skieur, il a abandonné provisoirement ce sport et s’est lancé à fond dans le tennis, devenant champion paralympique. Dix ans après son accident, il a eu l’idée et l’envie, avec sa femme Carolyn et avec son frère Jonathan, de créer une association de soutien aux personnes ayant subi un accident de la vie. Qu’elles soient désormais paraplégiques, tétraplégiques incomplètes, hémiplégiques, amputées d’un ou plusieurs membres.

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« Tout le monde ne bénéficie pas d’un entourage solide et le souhait est de permettre au plus grand nombre de bénéficier d’un nécessaire soutien. Notamment lors de la période charnière qui correspond à la sortie de rééducation, explique Hélène Vuaroqueaux, responsable de la communication. Les personnes passent souvent un an en centre. Elles y sont alors très bien prises en charge, insérées dans le collectif avec des patients aux pathologies similaires  – une parenthèse qui ne souffre pas la comparaison avec la vie d’avant et la vie des autres. »

 

 

Faciliter le parcours de reconstruction

La sortie de rééducation peut en effet être une douche froide, sans accompagnement, sans logement adapté, sans travail, sans possibilité de se déplacer facilement. Les équipes de Comme les Autres interviennent lors de cette phase à risque. Ils travaillent en partenariat avec les centres de rééducation où séjournent systématiquement les personnes, plus particulièrement avec les kinésithérapeutes, les médecins rééducateurs, les enseignants APA (activité physique adaptée) et le pôle social de l’unité. Chaque équipe locale est un binôme composé d’un coordinateur d’antenne (responsable des partenariats et de l’organisation des activités) et d’un travailleur social (éducateur spécialisé, assistante sociale, conseiller en économie sociale et familiale…).

Un accompagnement social individuel facilite le parcours de reconstruction en mettant la personne en contact avec les bons interlocuteurs. « Les personnes sont souvent autonomes et ne sont donc pas forcément prioritaires pour être accompagnées par des services sociaux comme des Samsah ou des SAVS, remarque Cécile Kauffmann, responsable de l’antenne Sud-Paca. Les délais de prise en charge sont longs. C’est pourquoi nous soutenons la personne, à sa sortie de Soins de suite et de réadaptation. Pour qu’elle accède rapidement à un accompagnement adapté et puisse rebondir. Sans passer par une phase de dépression longue ou destructrice. »

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« Ils ne m’ont jamais lâchée »

Cela peut être une orientation vers HandiToit plateforme provençale qui propose des logements adaptés. Le montage d’un dossier d’aide pour adapter le logement avec des ergothérapeutes. L’accès à l’Allocation aux adultes handicapés (AAH). L’aide à l’insertion professionnelle en partenariat avec des entreprises pour des immersions ou des entretiens avec des RH… « Ils ne m’ont jamais lâchée, ils prennent de mes nouvelles régulièrement, ont été présents pendant le confinement, témoigne Coumba. Lorsque j’ai un besoin social, ils m’accompagnent jusqu’au bout, comme par exemple pour ma demande de logement social. »

Le soutien à la mobilité est un volet important. Le financement et le choix du fauteuil selon l’usage. Le fait de se réhabituer à prendre les transports en commun. Apprendre à se déplacer en ville en montant et descendant les trottoirs. Passer un permis de conduire adapté ou accéder à Marseille, par exemple, au service Mobimétropole

 

Des séjours phares

Pour dynamiser ce parcours ponctué de démarches fastidieuses, Comme les Autres propose des activités notamment sportives et à sensations fortes : parapente, ULM, vols en soufflerie, karting, tennis fauteuil, plongée, kayak des mers, voile… Autre originalité, les sorties, mixtes, réunissent personnes handicapées et valides.

L’association s’est aussi spécialisée dans l’organisation de séjours-aventure comme celui qu’a vécu Coumba à l’été 2020, entièrement gratuits pour les bénéficiaires : « Cela peut-être le début de l’histoire, cela l’a été lors du séjour fondateur en février 2011 à La Plagne, explique Hélène Vuaroqueaux. Ces sensations fortes sont recherchées pour retrouver du plaisir corporel et une libération psychique. Les groupes sont mixtes pour contribuer à changer le regard et les mentalités sur le handicap. Mais aussi dans le sens où ils comprennent des personnes qui ont déjà surmonté le handicap et des personnes chez lesquelles il est plus récent et qui ont besoin de modèles identificatoires positifs et de conseils. »

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Ces activités se poursuivent ensuite ponctuellement et cette piqûre d’adrénaline du premier séjour permet d’enclencher un suivi plus personnalisé. Et de poursuivre un échange riche avec les participants, comme l’explique Coumba. Elle cite aussi des conseils et astuces, comme les bons gestes pour ne pas risquer de se blesser pendant un transfert : « J’ai rencontré des personnes qui ont pratiquement les mêmes problèmes que moi et qui, malgré cela, ont décidé d’avancer et font des choses extraordinaires…Ces activités me permettent de dépasser mes limites, de me montrer que je suis capable de faire tout ce que je désire. Elles me redonnent force et espoir en la vie. » ♦

 

Bonus
  • Le soutien de La France s’engage. En 2017, Comme les Autres est lauréate de La France s’engage, dispositif mis en place par François Hollande qui permet de financer des structures de l’Economie Sociale et Solidaire. L’aide financière obtenue permet le développement de l’association qui ouvre alors des antennes en Paca, Auvergne-Rhône-Alpes, Nouvelle-Aquitaine, Grand-Ouest. Les fonds de l’association sont majoritairement privés (entreprises et fondations d’entreprises) et pour 10 à 20% publics (départements, villes, régions, métropoles). L’association accompagne 100 nouvelles personnes chaque année et a organisé une centaine de séjours-aventure sportifs depuis 2011.

 

  • Bénévoles ! « Nous proposons aux personnes des actions de bénévolat, afin qu’elles s’engagent et retrouvent un rôle citoyen et un sentiment d’utilité qu’elles peuvent parfois avoir perdu au profit de la dépendance, souligne Cécile Kauffmann. Nous avons également développé un partenariat avec le Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation de la prison des Baumettes et organisons des sorties communes avec des membres de l’association et des jeunes préparant leur sortie de prison afin de permettre un changement de regard sur le handicap mais également sur la détention. »

 

 

 

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