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Hélène Caron, au service de l’égalité des femmes

Par Nathania Cahen, le 6 septembre 2021

Journaliste

Capture d'écran de la campagne T'es pas toute seule

Directrice régionale aux droits des femmes et à l’égalité : ce sera le dernier poste occupé par Hélène Caron après une carrière très dense. Son implication au service des autres a dominé, dans des domaines aussi divers que l’agriculture, l’urbanisme ou le patrimoine. Avec une vision évidemment féministe de l’engagement pour cette femme qui a, en même temps, élevé six enfants.

 

Hélène Caron me reçoit avec un café dans son bureau de la Préfecture. Souriante et loquace, elle raconte volontiers les méandres d’un parcours professionnel aussi riche qu’atypique, entre reconversions et déménagements. Qui en dit long sur son engagement présent. Native du Lot, elle grandit entre le sud-ouest et Orléans. Puis étudie à Paris. Elle couronne son diplôme d’ingénieure agronome avec un mémoire de fin d’études sur la pénibilité du travail des agricultrices dans les Bouches-du-Rhône. La pelote de sa vie professionnelle (bonus) bientôt tricotée à deux fils avec celle de son époux, se déroule entre l’Ardèche, l’Eure-et-Loir, la région parisienne, la Moselle, la Somme… Pour se poursuivre (et se terminer) au soleil.

Hélène Caron, au service de l’égalité des femmes 1
Hélène Caron @DR

Le 1er février 2018, elle prend possession de son poste de directrice déléguée aux Droits des femmes et à l’égalité. Et de son nouveau bureau au 4e étage de la préfecture de Marseille. « Je n’avais aucune expérience en la matière. Juste mon expérience de femme qui a essayé de concilier au mieux sa vie professionnelle et sa vie personnelle – ce qui demande une certaine organisation, avoue-t-elle. Ce sujet me tenait à cœur et me passionne vraiment. » Ah tiens, serait-elle militante ? « Jeune fille puis jeune femme, j’étais très engagée, mais je n’ai pas toujours pu militer comme je l’aurais voulu ».

Délégation Droits des femmes et égalité


La DRDFE est un service déconcentré du Ministère des Affaires Sociales, rattaché au Préfet de région. Sa mission est de promouvoir la politique du gouvernement relative aux droits des femmes et à l’égalité. Des droits qui figurent dans la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes. Et qui ont été décrétés « grande cause » du quinquennat d’Emmanuel Macron (bonus).

Ce service s’attelle à trois problématiques majeures. D’abord l’accès aux droits fondamentaux (comme la contraception ou l’IVG) et la lutte contre les violences faites aux femmes (toutes les violences, celles subies dans le couple, au travail, dans l’espace public…). Ensuite, l’égalité professionnelle (mixité dans les métiers, orientation non genrée, égalité dans les parcours et salaires). Et enfin, la prévention (sensibiliser, faire évoluer les mentalités, lutter contre les stéréotypes, faire bouger les lignes…).

« C’est un travail sans fin, analyse Hélène Caron. Car l’arsenal réglementaire et juridique ne cesse de s’enrichir. De surcroît, en France, nous avons la chance de disposer d’un budget dédié aux actions dans ce domaine ».

 

 

Les réseaux, cheville ouvrière

Cette progression vers davantage d’égalité et de reconnaissance se construit avec tout un maillage d’associations proches des femmes. Notamment celles affiliées aux trois grands réseaux nationaux : les CDIFF (Centres départementaux d’information sur les droits des femmes et des familles), les plannings familiaux et les associations spécialisées dans l’accueil et l’accompagnement de femmes victimes de violences adhérentes à la Fédération Nationale Solidarité Femmes. Et d’autres associations encore, compétentes en matière de prostitution, traite des êtres humains (Autres Regards, l’Amicale du Nid et OICEM), insertion des femmes, d’égalité professionnelle…

Les crédits dont dispose la délégation d’Hélène Caron permettent par exemple de financer des accueils de jour, offrir une écoute, des informations et du conseil aux femmes victimes, assurer leur mise à l’abri, faciliter le dépôt de plainte en respectant leur décision, apporter un accompagnement.

 

  • Le numéro national 3919 de Violences Femmes Info offre une écoute et une information 24h/24 et 7j/7

 

Hébergements, colloques, égalité politique…

En 2020, avec le confinement, la violence dans les couples a augmenté ; les besoins en hébergement d’urgence se sont envolés. Un projet construit avec SOS Femmes 13 et l’Olympique de Marseille a transformé pendant quelques mois le centre de formation inutilisé du club de foot en hébergement d’urgence. « Dans un tel cas, notre rôle est celui de facilitateur – pas seulement financier mais dans la mise en relation de tous les partenaires concernés ce qui a permis d’apporter une offre globale de qualité et de mieux répondre à leurs besoins (hébergement, repas, prise en charge des enfants, mais aussi information juridique, accompagnement social, soutien psychologique, accompagnement vers l’emploi… », souligne Hélène Caron. Sur la base de cette expérience, un autre projet d’hébergement d’urgence, plus pérenne, a vu le jour dans le 15e arrondissement.

Il y a également des participations à des événements ponctuels : les colloques organisés par le réseau Osons l’égalité qui rassemble l’ensemble des acteurs de l’éducation, des spectacles comme « Elles disent », avec les femmes du quartier populaire de Belsunce.

Et même des financements pour la politique, accordés aux deux Clubs égalités de la région –  l’un dans  le département des Alpes-Maritimes l’autre dans le Var -, qui rassemblent l’ensemble des acteurs mobilisés sur le sujet de l’égalité professionnelle (administration, collectivités, entreprises, chambres consulaires, Pôle Emploi, associations…..

De fait, le territoire Provence-Alpes-Côte d’Azur est très contrasté (population, prix du foncier, ruralité et urbanisme…) Justement, les délégations départementales aux droits des femmes permettent d’adapter les actions et projets aux besoins spécifiques observés sur le territoire.

 

 

Un Grenelle contre les violences conjugales

Hélène Caron, au service de l’égalité des femmesIl s’est tenu à l’automne 2019. Un an après, un premier bilan établit que sur les 46 mesures prises, 28 sont déjà effectives (soit 61%) et 18 en cours de réalisation. Soit 100% d’engagement. Un appel à projets doté de 50 000 euros a été lancé en 2019 dans le sillage de ce Grenelle.

« Nous pensions à de la formation. Mais la concertation avec les associations a fait émerger le souhait d’une grande action de communication ‘T’es pas toute seule’. Et a rassemblé toutes les associations de lutte contre les violences conjugales de la région, pour informer le grand public sur les ressources locales pour aider les femmes qui en sont victimes », raconte Hélène Caron. La Covid a eu raison d’une partie du projet – l’idée d’un bus dédié. Mais la campagne digitale et interactive, joyeusement illustrée par Lili Sohn, a pétillé et eu beaucoup d’impact. « Surtout, à cette occasion, les associations sont sorties de leurs bulles pour cogiter et agir ensemble », se réjouit notre haute-fonctionnaire.

 

Autant de réalisations qui comblent cette femme passionnée par le bien public. « Même si ça n’est pas un fleuve tranquille. La tâche, immense, demande un engagement personnel très fort. Nous sommes les mouches du coche ! » Mais chaque avancée est une victoire : « La parole des victimes est plus audible et même médiatisée. Le terme de féminicide a remplacé celui de drame familial. La surcharge mentale des femmes est admise… On avance ! ». Plus tôt, elle m’a confié occuper là son « premier poste 100% plaisir » : sans se caler sur les mutations de son époux et avec des enfants très grands désormais. ♦

 

Bonus
  • Un parcours très riche. Hélène Caron démarre sa vie professionnelle comme animatrice puis conseillère de gestion au Centre départemental des jeunes agriculteurs de l’Ardèche. Elle poursuit comme conseillère d’entreprise à la Chambre d’agriculture d’Eure-et-Loir. Puis travaille en région parisienne au Centre national pour l’aménagement des structures des exploitations agricoles. À la clé, la mise au point d’un logiciel pour donner davantage d’autonomie aux agriculteurs dans la gestion de leur exploitation.

En 1992, cap sur la Lorraine. D’abord cheffe de projet, elle devient cheffe du service de l’environnement et de la politique agricole au Conseil général de la Moselle.

Première reconversion quand elle prend la direction du patrimoine de l’Office public départemental de l’habitat de la Somme. Puis successivement directrice de trois services au sein du Conseil départemental du même département. Finalement, en 2018, elle traverse la France pour rejoindre la préfecture de région Provence-Alpes-Côte d’Azur comme directrice déléguée puis directrice régionale aux droits des femmes et à l’égalité.

 

  • Grande cause du quinquennat. Le 25 novembre 2017, le Président Emmanuel Macron a déclaré l’Egalité entre les femmes et les hommes « grande cause nationale » du quinquennat. Dans son discours à l’Elysée, il a énoncé les premières mesures gouvernementales qui porteront sur la  lutte contre les violences sexuelles et sexistes. Pour mener à bien ces actions, le Président a annoncé une hausse de 13% du budget alloué à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles sanctuarisé sur toute la durée du quinquennat et un budget interministériel de 420 millions d’euros dès 2018 pour l’Egalité entre les femmes et les hommes.

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