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HISTOIRE(S) D’UN CONFINEMENT

Par Éric Foucher, le 12 avril 2020

Illustration Marie de Buttet

Nous prenons en marche ce journal piquant, « expérience individuelle d’un événement collectif et imprévu » qui se traduit par un mano a mano entre l’auteur Éric Foucher et l’illustratrice Marie de Buttet*. Aux mots du premier répond l’illustration de la seconde.

Comme au loto, nous tirerons un numéro au sort, le dimanche par exemple…

Jour 24 – La drôle de guerre

Son président lui avait annoncé le premier soir d’un air grave qu’il était en guerre, que tout le pays était en guerre. Il l’avait même répété plusieurs fois en début de phrase dans son allocution, comme lui avait probablement suggéré son conseiller en communication. En rhétorique, cette figure de style censée persuader s’appelait une « épanaphore. » Lui non plus ne connaissait pas ce mot car il venait de le trouver sur Wikipédia. Mais comme il aimait le superflu, il s’était dit qu’il serait bon de se souvenir de ce mot assez inutile.
Le président avait eu bien du mal aux premiers jours à mobiliser les troupes contre un ennemi invisible qui venait de l’Orient lointain. Comme lors de la drôle de guerre, la période était bizarre entre incrédulité et insouciance.
Pour donner un visage à la maladie, on avait cité les noms des premières personnes touchées, surtout les personnalités politiques. Il y avait quelque chose de dérangeant dans cet outing parfois choisi mais souvent forcé qui tendait à en faire des pestiférés plus que des victimes. Ça lui rappelait une époque pas si lointaine où une maladie de l’amour avait mis au banc de la société toute une frange de la population pour sa séropositivité. Était-ce un sentiment de culpabilité qui faisait que les personnes malades, même de la façon la plus bénigne, étaient mutiques ?
Sur les chaînes infos, les images en boucle d’une tragédie sanitaire annoncée contrastaient énormément avec la ville paisible qu’il découvrait depuis ses fenêtres.
Lui n’avait eu vent que de deux ou trois personnes dans ses connaissances ayant contracté le virus. Elles s’étaient tirées d’affaires sans grand effort. Aussi avait-il beaucoup de mal à se figurer la gravité de la maladie. À un certain point il avait eu comme envie de la contracter par solidarité. À force de s’entendre rabâcher tous les jours les symptômes de la maladie, il avait même fini un jour par se croire malade. Une fièvre un samedi soir… ♦

 

  • Les Auteurs  – Éric Foucher : papa singulier, éditeur, rêveur, écriveur d’histoires que certains trouveront drôles et d’autres pas. Marie de Buttet : maman plurielle, illustratrice sans artifice, elle croque son monde avec gourmandise sans prendre un gramme   
  • Les autres chroniques sont en ligne, sur Facebook.

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