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Julien Castell rêve d’un agroécosystème global

Par Frédérique Hermine, le 18 octobre 2021

Journaliste

Julien Castell a entrepris de faire de son domaine viticole une véritable ferme @Frédérique Hermine

Julien Castell, vigneron près de Bandol, tente de recréer de la biodiversité dans son domaine de Castell Reynoard en conjuguant les principes de biodynamie, d’agroforesterie, de permaculture. Et en offrant une terre d’accueil à de jeunes maraîchers.

 

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Julien Castell, à l’écoute de la nature @Frédérique Hermine

Jusqu’en 1988, son père Jean-Marie Castell apportait les raisins à la coopérative de La Cadière d’Azur. Puis il a créé le domaine Castell Reynoard pour élaborer son vin et le vendre en bouteilles. Il n’utilisait pas de traitement chimique dans les vignes mais son électron libre de fils a eu envie d’aller plus loin. D’abord comprendre en autodidacte comment la vigne fonctionne, puis travailler sur un agroécosystème global et élaborer de grands vins. Avec comme maître mot l’équilibre.

 

Retrouver de l’humus dans les vignes

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« Recréer les couverts de sous-bois et de prairies » @Frédérique Hermine

Il entreprend un gros travail sur la taille, restructure le vignoble avec davantage de cépages locaux comme le mourvèdre et le grenache. Tente de trouver le meilleur moyen d’apporter de l’humus naturellement dans les sols. « Le problème principal, c’est l’érosion, explique-t-il en parcourant les parcelles, brandissant un caillou par ici, grattant les sols par là. J’ai donc choisi de recréer les couverts de sous-bois et de prairies avec des plantes à racines profondes comme la luzerne, la mauve ou le genêt pour disposer d’au moins 5 cm de matières organiques. J’ai arrêté complètement le travail des sols qui n’aère qu’en surface et j’ai fini par opter pour un paillage en enherbement naturel qui recrée des zones humides. Ça capte les pluies, protège des rayons du soleil tout en limitant l’érosion mais ça représente beaucoup de travail ».

Le jeune vigneron a également replanté des arbres à tout-va et s’est lancé dans la vigne en pergola. Pas pour faire joli mais parce que cette pratique renforce les défenses naturelles de la plante, tout comme la conduite en biodynamie à partir de traitements bio, de tisanes et décoctions (il est certifié Demeter depuis 2017). « Cela implique le respect du vivant, l’ouverture d’esprit mais il faut pousser plus loin dans la connaissance des sols, dans la dimension globale et la biodiversité », insiste Julien Castell. Mais il ne l’affiche pas sur ses bouteilles pour ne pas en faire un argument commercial.

 

Renouer avec la biodiversité

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@Frédérique Hermine

Qu’à cela ne tienne. Le vigneron va se charger de doper cette biodiversité au bout de son chemin de Touron. Il plante les lisières de parcelles en cannes, noisetiers et ronces, véritables réservoirs d’oiseaux et d’insectes. Laisse des vignes grimper sur des chênes et des amandiers. « Les barrières naturelles d’arbres aident à drainer les sols et à limiter le mistral sans compter l’exploitation du bois ». Au milieu des vignes, on trouve également des courgettes et tomates, parfois des arbres fruitiers. Le vignoble est entretenu l’hiver par un troupeau de brebis de la race des « Caussenardes des Garrigues », en voie de disparition. Le domaine accueille également un apiculteur, La Ruche d’Armondo, qui a installé une trentaine de ruches sur le domaine. La Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) pour sa part vient faire régulièrement des observations de papillons azurés, d’un martin-pêcheur, de chouettes chevêches et d’un couple de buses.

 

 

Accueillir des maraîchers

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Bruno Fournier et ses plants de tomates @Frédérique Hermine

L’ambition de Julien a vite débordé du vignoble et il a entrepris de faire de son domaine une véritable ferme en accueillant, sur les 6000 m2 disponibles, de jeunes maraîchers en mal de terres. L’idée est belle mais décevante. « Même en prêtant la terre, le modèle n’est pas simple à pérenniser car il faut quand même payer l’eau et l’électricité et il est difficile de dégager un salaire », avoue Julien. Et donc de trouver un logement surtout dans cette région où la pression foncière ne cesse de s’accroître.

Un tomatophile et collectionneur de semences, Bruno Fournier, s’est néanmoins installé avec ses 70 variétés de basilic et 80 de tomates. « Il s’agit surtout d’entretenir le terrain », insiste le vigneron opiniâtre qui aspire à un cercle vertueux en cherchant à accueillir un arboriculteur ou un élevage de poules et de porcs pour une rotation végétale et animale sur les parcelles. Les poules nettoient les insectes et les escargots dans la vigne (et pondent des œufs que l’on peut certifier en biodynamie). Les cochons retournent le sol et on assainit les zones par rotation. Plusieurs parcelles pourraient être cultivées par des maraîchers avec des produits haut de gamme et bien valorisées, comme les plantes médicinales.

 

Construire un projet global

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@Frédérique Hermine

Quant au réchauffement climatique, Julien Castell est persuadé qu’on peut d’abord aider la vigne à s’adapter plutôt que de penser à changer de cépage ou à irriguer. « Une conduite en hauteur et une végétation plus aérée et verticale aident à s’éloigner du sol et donc des maladies et protègent les raisins du soleil et du mistral ». Julien est également convaincu que l’agroforesterie peut rendre les vignes plus autonomes et vigoureuses. « Tout ce que l’on peut faire sans mécanisation est fait à la main ; ça donne plus de temps pour observer et réfléchir. La difficulté reste de trouver de la main-d’œuvre et on récolte bien sûr moins de volumes ». Le vigneron est passé, en dix ans, de 4 à 8 hectares en production. Son ambition est d’arriver à une dizaine mais surtout de réussir à construire un projet global de développement durable. Il prône plus de transparence, « facile à défendre quand on ne met rien dans ses vins », reconnaît le militant.

Il a ouvert depuis cet été un bar à vins, façon table d’hôtes sous la tonnelle. Pour communiquer sur le projet, parler de biodiversité. Pour faire goûter ses vins en AOP Bandol et Vin de France mais aussi ceux des copains partageant la même philosophie. Le tout accompagné de plats travaillés par les chefs de la région avec des produits d’artisans locaux. Un prolongement naturel du modèle global dont il rêve. Du reste, Julien n’est pas à court d’idées puisqu’il vient de bâtir un écolodge sur pilotis dans le verger pour accueillir sur le domaine des visiteurs curieux. ♦

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