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Kaporal ajoute de la fibre sociétale à ses jeans

Par Nathania Cahen, le 1 juillet 2019

Journaliste

Comme de nombreuses entreprises du secteur textile, réputé polluer (10 000 litres d’eau pour une paire de jeans) et exploiter la main d’œuvre, Kaporal se trouve aujourd’hui confrontée à un dilemme : réagir, mais sans se saborder. À petits points. Depuis 2013, les preuves de l’implication sociale et environnementale du fabriquant marseillais s’accumulent…

 

Kaporal entrecroise denim et fibre sociétale 1Tout coïncide avec l’arrivée en 2013, dix ans après la création de la marque, d’un nouvel actionnaire majoritaire et d’une nouvelle équipe, toujours en place. À la direction des ressources humaines, Emmanuelle Germani prend on ne peut plus au sérieux le volet RSE (Responsabilité sociale et sociétale des entreprises), soutenue en cela par sa hiérarchie. « C’était une conviction personnelle et j’avais envie d’en irriguer l’entreprise. Je suis de longue date très sensible aux thématiques de l’inclusion et de l’environnement. D’une action à l’autre, cela a permis de tricoter un maillage responsable. De structurer une véritable stratégie », confirme la DRH. Au fil de l’eau, des partenariats ont permis de construire ou d’étayer certains des projets.

 

Premier pion, une main tendue vers les jeunes

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@Mona Grid

Kaporal est sollicitée fin 2016 par les Apprentis d’Auteuil et Marseille Solutions pour leur projet de boutique-école Skola. L’idée était de permettre à des jeunes âgés de 18 à 26 ans éloignés de l’emploi de bénéficier d’une formation courte, concrète et professionnalisante, en conditions réelles, sur des métiers d’avenir ou en tension. « Nous leur avons offert du mécénat de compétence, mis à disposition nos produits mais aussi des professionnels de la vente et du merchandising pour qu’ils découvrent les métiers et leur réalité ». Une boutique école où passent de vrais clients fonctionne toujours au centre commercial Les terrasses du Port, à Marseille. Mais le concept a depuis essaimé jusqu’à Lille en passant par Beauvais et Nice notamment (bilan en bonus).

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100 chances 100 emplois

Avec l’Institut Télémaque (association pour l’égalité des chances dans l’éducation), implanté à Marseille depuis un an, il s’est agi une nouvelle fois d’ouvrir les portes à des jeunes pour des stages, des présentations, de l’accompagnement autour des métiers de la vente. Le projet a été accueilli avec enthousiasme par les collaborateurs, stylistes, équipes de vente ou acheteurs qui ont pris du temps pour parler de leur univers. « La transmission est quelque chose d’important, pointe Emmanuelle Germani. En retour, il était intéressant de voir des regards neufs se poser sur ces métiers, mais aussi de se sentir utile de contribuer au mieux-être de ce public ». Un dernier projet dans la même veine s’est ajouté : 100 chances 100 emplois. Ce réseau national d’entreprises offre un parcours sur-mesure pour les 18-30 ans des territoires sensibles, en difficulté d’insertion professionnelle. « Quatre collaboratrices se sont portées volontaires pour accompagner des jeunes en tant que marraines pour six ans, ce qui n’est pas rien. Un rôle qui suppose notamment d’ouvrir une fois par mois son ou sa filleule à quelque chose d’inédit pour lui, une sortie spectacle, la visite d’une entreprise, un match de foot… Nous contribuons également via la taxe d’apprentissage », précise Emmanuelle Germani.

 

Plus de 20 000 jeans recyclés

Kaporal entrecroise denim et fibre sociétale 3Il y a trois ans, la campagne « Kaporal rachète et recycle ton jean » a été lancée. L’idée ? Inviter deux fois par an les clients à rapporter leur paire usagée, toutes marques confondues, pour récupérer la toile. Près de 20 000 jeans ont été rapportés depuis la première opération. Ils sont ensuite up-cyclés par de jeunes créateurs marseillais – Florentin Glémarec cette année – et par 13 A’tipik, un atelier de confection textile et d’insertion. Ou livrés au Relais d’Avignon, filière de collecte, de tri et de recyclage (le premier isolant biosourcé français, Métisse, en est issu) de textiles et chaussures d’occasion, qui lutte contre l’exclusion par la création d’emplois durables.

L’impact environnemental est aujourd’hui un sujet prioritaire « Nous savons que le textile est une industrie polluante, nous nous efforçons de mettre sur pied un véritable plan d’action dans la durée », explique notre interlocutrice. Un audit est en cours pour analyser les « KPI » (j’ai donc appris qu’il s’agissait des key performance indicators, facile à traduire !) et dégager des objectifs pour améliorer les usages en eau, énergie, matière… L’état des lieux connu, il faudra alors établir un plan d’action. Quelques références en coton bio sont déjà en rayon – « mais de tels changements ne sont pas neutres, ils impactent les fournisseurs, les méthodes de travail, les coûts. Nous sommes donc partisans de commencer petit, avec humilité ». La collection capsule « Jean de Nîmes » se compose de jeans et tee-shirts faits en France : « le passage à une plus grande échelle est là encore compliqué, en termes de coûts mais aussi de capacité de production de la part des ateliers existants ». Des changements discrets s’opèrent pourtant : une nouvelle responsable denim très écolo, de nouvelles machines éco-responsables chez un délaveur…

 

Les KapEcolo

Un groupe de salariés motivé et branché écologie s’est créé spontanément en 2017 pour mettre en place des initiatives durables et « corporate ». La première a été de demander le remplacement des gobelets plastiques par du carton. Puis il y a eu la mise en place du tri sélectif et du recyclage des produits informatiques. L’organisation d’une collecte de jouets pour une association et un marché bio 100% made in France à Noël. Ce sont eux aussi qui ont fait le lien avec Le Relais pour écouler les jeans à recycler. Enfin, tout dernièrement, ils ont mis au point une appli covoiturage.

« Nous parlons beaucoup de la raison d’être de notre entreprise, se félicite Emmanuelle Germani. Comme dans le mouvement Colibri, si chacun apporte une petite pierre, propose une initiative, cela devient inspirant et viral ». ♦

 

Bonus

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Une création du jeune styliste Florentin Glémarec, pour Kaporal.

 

  • Kaporal compte 137 « stores » au total dont 8 à l’étranger (Portugal, Espagne, Allemagne, Belgique) ainsi qu’un flagship digital, est présent chez plus de 1 600 détaillants multimarques et sur les plus grandes plateformes digitales européennes. Le groupe emploie 600 salariés dont 150 au siège de Marseille.

 

  • Skola forme aujourd’hui à 5 métiers : vendeur conseiller en magasin, monteur raccordeur en fibre optique, gestionnaire en maintenance et supports informatiques, commis de cuisine et serveur en salle option sommellerie. Les chiffres clés de Skola à Marseille : en 2017, 2 promos et 32 jeunes. En 2018 : 7 promos, 113 jeunes, dont vente /40 jeunes, fibre /48 jeunes, SmartIT /15 jeunes, hôtellerie-restauration /10 jeunes. En 2019 : 2 promos au premier semestre, 32 jeunes, dont vente/ 20 jeunes et fibre /12 jeunes

 

 

 

 

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