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La « permaculture humaine » réconcilie les citadins avec la terre et le commun

Par Régis Verley, le 5 octobre 2021

Journaliste

Permaculture urbaine : renouer avec les autres et avec la nature @Cultivons malin

Si la permaculture permet de combiner les fleurs et les plantes pour qu’elles se protègent et s’enrichissent mutuellement, il en est de même avec les humains. C’est le pari de « Terra Térésa », projet qui s’inscrit dans le programme « Ville Nourricière » de Roubaix. Localisé sur l’îlot Rossini, une ancienne friche qui présente une surface en extérieur de 3000 m², il permet la mise en œuvre, et en commun, de nombreuses activités et expérimentations.

 

C’est un terrain que l’on peut dire « vague » sans se tromper. Au pied d’une cheminée d’usine, 3000 mètres carrés de friches et d’herbes folles, traversés par les vestiges d’une chaussée dont il ne reste que quelques morceaux. « Ici, raconte Jean Deroi, adjoint au maire pour le secteur de Roubaix-Nord, se dressaient un immeuble insalubre et des courées d’un autre âge ». Personne ne les regrette dans ce quartier dense de 25 000 habitants. « Mais aucun promoteur ne s’est déclaré intéressé par le terrain ».

 

Des cultures dans le lit d’anciennes friches

On l’appelle l’îlot Rossini, à la limite de Roubaix et de Tourcoing. C’est un poumon d’air dans ce quartier dit du « cul-de-four » au nord de Roubaix. Un territoire plus meurtri encore que le reste de l’agglomération roubaisienne avec un taux de 36% de chômeurs et un revenu moyen par habitant inférieur (1233 euros/mois par habitant) au revenu moyen roubaisien (1433 euros/mois).

« Quand je suis arrivé en 2013, venant des Flandres, le propriétaire de mon logement m’a accueilli par un « bonjour en zone de guerre », raconte l’élu qui s’y est installé. Tous ces terrains à l’abandon ont inspiré l’appel à projet « Roubaix, ville nourricière ». Il s’agissait de transformer les friches en espaces cultivables et cultivés pour et par une population désœuvrée et pauvre.

 

Apprendre à cultiver et à faire en commun

La « permaculture humaine » réconcilie les citadins avec la terre et le faire ensemble 1
Dominique Rouzé @DR

« Mais, note Dominique Rouzé, on ne transforme pas si facilement des citadins en ruraux. Le travail de la terre est souvent disqualifié dans l’esprit des habitants des villes… ». Initiatrice de la plateforme collaborative « Cultivons Malin », Dominique Rouzé a vécu à la campagne. Elle s’y est formée avant de lancer le projet de mettre à disposition des lopins de terre inutilisés et d’amener les citoyens à s’intéresser à leur environnement naturel. « Pour moi, ajoute-t-elle, la ferme urbaine ne consiste pas seulement à cultiver les légumes, mais d’abord à créer un environnement harmonieux à partir de la nature. À gérer l’environnement, le voisinage ».

Pour elle qui a gardé des racines paysannes, il importe de réconcilier les deux mondes, celui de la ville et celui de la campagne. Les paysans et les citadins qui ne se connaissent pas. « Mais, constate-t-elle, l’agriculteur n’a ni le temps ni les moyens de parler de son travail ». D’où l’idée d’ouvrir ces espaces verts urbains où se côtoieront tous les milieux, habitants, responsables associatifs, parents, enfants, enseignants.

 

 

Des besoins et des envies complémentaires

La « permaculture humaine » réconcilie les citadins avec la terre et le communCette conviction l’a conduite à lancer avec d’autres partenaires locaux le projet de « permaculture humaine ». Pour, explique-t-elle « développer des lieux de coopération qui rassemblent et permettent de grandir ensemble ». Ici la permaculture consiste simplement à assembler des besoins et des envies complémentaires les unes des autres.

Sur le site Rossini, un centre social installe un carré potager. Un autre groupe collecte des herbes odorantes. Un troisième installe un barbecue et des bancs pour des rencontres festives. Les écoles du quartier y viennent découvrir la nature. Chacun apporte à l’autre et transforme un lieu sauvage en un lieu « commun ». « Ce n’est pas facile, note Dominique Rouzé qui constate que le terrain a déjà souffert d’occupations sauvages, et de dégradation. Mais un peu à la fois, chacun finit par y trouver son compte ». Elle espère faire venir un jeune agriculteur en formation qui présentera différentes manières de cultiver et de valoriser la terre.

Cultures et activités de plein air cohabitent ainsi sur un même lieu. Les coins sauvages jouxtent quelques jardins familiaux, vestiges d’autrefois.

 

Favoriser l’activité économique

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Encourager la culture et susciter l’activité économique @DR

Mais aussi, dans ce quartier gangrené par le chômage, l’objectif est de favoriser le développement d’activités. Le projet de « permaculture humaine » s’appuie sur le dispositif du CAPE, Contrat d’appui au projet d’entreprise. Il permet de créer une entreprise et de bénéficier de l’accompagnement d’une entreprise ou association. Les coopérants sont repérés par les structures sociales locales (Secours Populaire, Maison des Femmes, Conseil consultatif de la jeunesse, centres sociaux…) qui détectent au sein de leurs publics des envies et des compétences qui pourraient s’installer sur le site de la friche.

L’objectif est de repérer et de mobiliser 18 coopérants (jeunes et femmes isolées surtout) en contrat Cape sur deux ans pour des activités liées au site (notamment) : la collecte de biodéchets et la fabrication de compost, la transformation de légumes, le travail du bois.

Un accompagnement est proposé par l’association : du coaching sportif pour redynamiser et canaliser les coopérants ; des formations spécifiques autour des compétences à développer : mécanique vélo, métiers de bouche, écoconstruction.

 

Un projet professionnel pour certains

Un suivi individuel complète cet accompagnement pour permettre aux coopérants de travailler sur leur projet professionnel. Grâce à l’aide des associations partenaires, mais aussi avec l’appui d’entreprises voisines, ils sont déjà plusieurs en train de monter leur activité. Trois vélos-cargo permettent à des futurs entrepreneurs de collecter les déchets végétaux pour les transformer en compost. Une réflexion mûrit autour des herbes aromatiques cueillies sur le terrain. Une autre porte sur la cuisine et la restauration.

On espère ainsi que sur un terrain vierge pourront se développer à la fois des pratiques de vie collective et des activités économiques génératrices d’emploi. À l’issue d’une phase test au sein de l‘association « permaculture humaine », le coopérant sera accompagné et suivi pour le développement son projet d’entreprenariat, d’embauche ou d’entrée dans une formation qualifiante. Les cultures ont de nombreuses vertus, certaines insoupçonnées. ♦

 

Bonus

[pour les abonnés] – le CAPE – Le site Cultivons Malin –

  • Le Cape. Le Contrat d’appui au projet d’entreprise est un contrat par lequel une société ou une association peut fournir un programme de préparation à la création ou à la reprise d’entreprise et à la gestion d’une activité économique. Le contrat permet alors de bénéficier d’une aide particulière et continue (par exemple, des moyens matériels et financiers). En échange, le coopérant s’engage à suivre un programme de préparation à la création, ou à la reprise et à la gestion d’entreprise.

Le Cape est obligatoirement conclu par écrit. D’une durée maximale de 12 mois, il peut être renouvelé deux fois. Il permet à un coopérant de recevoir une aide de 2000 euros/mois maximum exonérée de charge. Et de bénéficier d’un maintien de l’allocation chômage d’aide au retour à l’emploi (ARE) pendant l’exécution du Cape et d’ouvrir de nouveaux droits à l’assurance chômage en cas de rémunération pendant le Cape.

 

  • Cultivons malin. Cultivons malin est l’histoire d’une innovation dans le domaine du loisir et de la location d’espaces. L’objectif du site est de partager des espaces extérieurs privés grâce à l’économie collaborative.

Ainsi, le site cultivonsmalin.com est une plateforme communautaire permettant à des particuliers ou professionnels de proposer à la location des espaces extérieurs. À réserver en ligne ou depuis un appareil mobile, qu’il s’agisse d’un jardin, ou d’une parcelle agricole. Le propriétaire a un revenu pour aménager son extérieur et le locataire un lieu pour se reconnecter à la terre.

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