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La Tanière, le premier zoo-refuge de France pointe son museau

Par Rémi Baldy, le 19 juin 2020

Journaliste

Sauver des animaux et les présenter au public. Un pari un peu fou, en train de sortir de terre à Chartres : le parc La Tanière récupère ours, singes ou tigres, parfois en très mauvais état, pour les remettre sur pattes et permettre à tous leurs fans de les rencontrer. Avec le parti-pris pédagogique de raconter leur histoire sans rien cacher.

 

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Patrick et Francine Violas. Crédits : Zoo de la Tanière

Le lieu est unique en France et en Europe. Un zoo à Chartres dans lequel le visiteur croise des singes, des chamelles et des perroquets Aras, sauvés de l’euthanasie, de l’abandon ou soustraits à des propriétaires maltraitants. Voilà le concept de La Tanière, imaginé par Patrick et Francine Violas. Deux amoureux inconditionnels des animaux qui, à l’heure de la retraite, décident de racheter une ferme, de la retaper afin d’en faire un lieu pédagogique pour recueillir petites et grosses bêtes en perdition.

Au départ, cela ne devait concerner que des espèces pouvant entrer en contact avec du public, comme des vaches ou des poules. Mais la rencontre avec un couple de gens du cirque qui souhaite arrêter son activité, mais pas abandonner ses animaux, change la donne. Patrick et Francine Violas leur proposent de les accueillir. Ours, otaries et chiens-loups rejoignent alors les occupants de la ferme pédagogique. Mais comme l’arche de Noé reste un mythe, il faut prévoir des enclos spécifiques. Les nouveaux arrivants n’entrant pas dans la case domestique, le lieu devient donc un refuge, puis un parc pour le faire vivre. Le zoo s’occupe déjà de 600 animaux de 53 espèces différentes repartis sur 14 hectares. À terme, l’objectif est d’atteindre les 1 500 pensionnaires sur 20 hectares. La ferme reste, elle, toujours ouverte.

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Juan et Pacco, deux perroquets aras. Crédits : Zoo de la Tanière
Récupérer, réparer et replacer

Le leitmotiv reste le même : récupérer des animaux pour qui La Tanière représente la dernière chance. « Ils peuvent provenir d’autres parcs, de petits cirques en fin d’activité, de laboratoires quand ils sont en fin de protocole, de saisies ou bien de particuliers qui n’en veulent plus », détaille Sophie Fernandes-Petitot, chargée de communication du zoo-refuge.

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Gipsy, une chamelle, avec la vétérinaire Florence Ollivet-Courtois. Crédits : Zoo de la Tanière

Ensuite vient le travail le plus important et le plus lourd. Dans bien des cas, les différents animaux arrivent en mauvais état. La Tanière embauche 35 soigneurs, dont la vétérinaire Florence Ollivet-Courtois qui possède une solide réputation dans le milieu, pour s’occuper d’eux.

« Tous les pensionnaires, sauf ceux qui viennent d’un cirque, sont placés en isolement pendant 30 jours pour vérifier leur santé. Le délai vaut quand nous connaissons leur provenance, sinon cela dure trois mois », explique Sophie Fernandes-Petitot. Cela a été notamment le cas pour des capucins, des singes d’Amérique centrale, venus de Lille qui, en plus de cette mise à l’écart, ont suivi un « medical training » pour les habituer à recevoir des soins sans anesthésie.

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Echographie d’une maman ours. Crédits : Zoo de la Tanière

Une fois remis sur pattes, les animaux peuvent rejoindre leur enclos. Un passage qui peut être temporaire. « Nous ne sommes pas leurs propriétaires, notre objectif c’est ensuite de les replacer. Nous étudions chaque demande scrupuleusement pour savoir où les envoyer », précise Sophie Fernandes-Petitot. Une approche qui vaut pour certains cas ; pour d’autres la Tanière joue le rôle de maison de retraite.  Ainsi de ce macaque de laboratoire qui, après 19 ans de recherche et 3 protocoles, vient passer ici les quelques années qui lui restent à vivre. Par contre, le parc refuse de devenir une maternité. « Nos pensionnaires sont vieux et souvent avec des carences, nous ne voulons pas en faire des reproducteurs », souligne Sophie Fernandes-Petitot.

 

Les histoires individuelles mises en avant

Pour rencontrer tous ces animaux, il faudra attendre encore un peu. L’ouverture du parc prévue pour le courant de mois du juin est reportée en raison de la crise sanitaire du Covid-19 à une date non définie. « Après avoir confiné puis déconfiné, nous peaufinons », sourit Sophie Fernandes-Petitot. Un enclos pour un éléphant, le premier du zoo, est en cours de construction.

Le prochain enjeu du parc réside justement dans sa capacité à attirer les visiteurs. « Il faudra être rentable très vite », prévient la chargée de communication. Pour lancer la Tanière et les infrastructures nécessaires, Patrick et Francine Violas ont fait un don de 25 millions d’euros. Les entrées doivent compenser les coûts d’entretien des lieux et des animaux.

Pour y parvenir, le zoo-refuge mise à fond sur l’histoire de ses pensionnaires. « Nous ne voulons pas que les gens viennent voir un lion mais un individu qu’ils connaissent déjà », précise Sophie Fernandes-Petitot.  Les vedettes sont donc Oliver, un bébé léopard abandonné par sa mère, Léo et Zampa, deux lions venus de Valence qui ont été dégriffés et castrés pour permettre aux touristes de prendre des photos avec, ou encore Copain, un wallaby qu’un parc ne souhaitait plus exposer au public à cause de son handicap.

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Léon et Zampa, deux lions. Crédits : Zoo de la Tanière
Pédagogie et prise de conscience

Des parcours que La Tanière relaie sur son site internet et via une web-série. Chacun y trouvera son chouchou.

Pour Sophie Fernandes-Petitot, « à travers ces histoires nous voulons être pédagogues, cela veut dire que nous expliquons que des animaux qui n’ont connu que le laboratoire ont peut-être permis de sauver des vies humaines ». Cela signifie aussi raconter des événements plus graves. Comme pour Mischa, un ours de spectacle maltraité qui, après avoir subi de nombreuses opérations, est finalement décédé. L’autopsie a révélé que ce que l’équipe médicale pensait être des tumeurs étaient en réalité des hématomes inflammatoires probablement dus à des coups. « Il faut avoir conscience que ce genre de chose existe pour que cela ne se reproduise pas. Les personnes qui entendront ce récit ne feront pas cette erreur et relayeront », espère Sophie Fernandes-Petitot. Le concept ne demande qu’à devenir réalité. ♦

À (re)lire : Les animaux, bons compagnons en toutes circonstances Notre reportage sur le sujet en cliquant ici.

 

Bonus :
  • Infos pratiques :
    La Tanière – Le Grand Archevilliers – 28630 Nogent le Phaye
    La web-série est disponible en cliquant ici.

 

  • Saturation pendant la Covid. À La Tanière, le confinement n’a pas vraiment rimé avec temps partiel. D’abord parce que les animaux ont toujours besoin d’être soignés et entretenus, l’activité ne s’arrête donc pas. Elle augmente même. Le zoo-refuge a reçu de nombreuses demandes venant de particuliers ou de petits cirques notamment. Cela a été le cas de la part d’une ferme pédagogique également. Si le parc n’a pas atteint sa capacité de saturation en termes d’enclos, la mise en quarantaine de chaque nouvel arrivant pendant au moins un mois a en revanche provoqué un embouteillage dans les espaces dédiés. Et surtout des besoins supplémentaires en temps et en nourriture à fournir.

 

  • Le GRAAL – Le Groupement de Réflexion et d’Action pour l’AnimaL (Graal) est une association qui travaille depuis plusieurs années pour réhabiliter des animaux en fin de protocole. Depuis 2005, elle revendique le sauvetage de 4 000 animaux promis à une euthanasie. Selon le GRAAL, en France deux millions de bêtes, du rongeur à la vache en passant par les chiens, sont utilisés dans les laboratoires.
Le premier zoo-refuge de France pointe son museau
Crédits : Le Graal

 

  • À Trets, le parc animalier de la Sainte-Victoire dont s’occupe l’association Roaar s’était inscrit dans une démarche similaire en 2018 en accueillant cinq fauves d’un coup.

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