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Le Festival de Marseille sort de sa réserve

Par Nathania Cahen, le 14 juin 2019

Journaliste

Gregory Maqoma©Siphosihle Mkhwanazi

Il lèche les collines et les barres au nord, convie ses publics à des expériences inédites, a mis en place une billetterie solidaire, accueille la crème des artistes de l’autre rive de la Méditerranée, danse encore mais pas seulement. Bref le festival de Marseille joue les arcs en ciel et nous avons rencontré son magicien d’Oz, Jan Goossens.

 

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Jan Goossens

Le festival existe depuis 1996 mais c’est la 4e édition sous votre direction. Quels changements avez-vous insufflés ?

D’une année à l’autre, j’insiste un peu plus sur les ingrédients que j’ai apportés dès le départ. Nous nous radicalisons. D’un point de vue technique, c’est l’ouverture à d’autres disciplines. Même si le corps et le mouvement restent au centre de la programmation, nous avons élargi à la musique, le théâtre, le cinéma et des expositions. Le plus grand changement réside dans le nombre de créations, désormais bien plus nombreuses que les diffusions. À défaut de créations, nous privilégions les premières mais nous évitons les productions consacrées qui ont déjà fait le tour de l’Europe et de la France. Même si cela représente une organisation colossale.

 

Et les Marseillais sont davantage présents dans les spectacles !

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© Pierre-Gondard

C’est vrai, nous avons cherché à traduire l’idée et la réalité qui procèdent de ce nom : festival de Marseille. Nous avons réfléchi : Qui est là ? Qui vient ? Qui est absent de nos salles de spectacle ? Comment donner l’occasion ? Il y a des co-créations avec Marseille comme Le Sacre, 340 danseurs issus de 22 troupes locales, de toutes générations, toutes origines, toutes disciplines – du hip-hop au classique- réunies autour de l’œuvre de Stravinsky ! C’est ce week-end au parc Borély, et gratuit. Gratuit également le spectacle de la compagnie de Christine Fricker, le 30 juin dans le cadre des Dimanches de la Canebière. Et nous avons entamé des trajectoires avec quelques artistes marseillais, la chorégraphe Dorothée Munyaneza ou le collectif de théâtre de rue Rara Woulibun.

Et c’est à une jeune Marseillaise, Léa Magnien, que nous avons confié l’identité visuelle de cette édition, qui est la plus Marseillaise de tous les temps ! Car mettre en place un ancrage local demande des années.

 

C’est aussi le plus itinérant, avec ses 15 lieux, dont 9 au nord de la Canebière…

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Not another diva_Faustin Linyekula ©Brändli

Nous proposons en quelque sorte un voyage au cœur de Marseille. Qui se construit au gré d’exigences et d’opportunités. Nous allons au nord jusqu’à la Gare Franche et le cinéma L’Alhambra. Au sud, jusqu’au MAC (Musée d’Art Contemporain).

Nous avons par exemple programmé deux spectacles au théâtre de la Sucrière, dans le 15e arrondissement. Un groupe de musiciens d’Amman, 47 Soul, et une histoire de danse, de chants, de rythmes africains, Not another Diva. Des cultureux marseillais trouvent que c’est loin, qu’il est difficile de se garer. Mais c’est important que nous aussi nous bougions pour aller à la rencontre des habitants de ces quartiers.

 

Quelle est votre politique de tarifs ?

Démocratique ! C’est essentiel. Plein tarif, il y a un seul spectacle à 30 euros, c’est souvent 24 euros, parfois moins, parfois rien. Surtout, nous avons mis en place une billetterie solidaire qui nous permet d’offrir 2 000 places à 1 euro à ceux pour qui 16 euros, cela reste cher. Notre « charte culture » est sponsorisée par Arte, par la préfète déléguée à l’égalité des chances et par certaines mairies de secteur. Cela s’accompagne d’un travail au long cours avec les associations et les petites structures culturelles de quartier. Nous mesurons l’avancée de la diversification au succès de cette billetterie solidaire. Nous finançons souvent de 300 à 500 places supplémentaires…

 

Quel est le fil rouge de la programmation ?

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Pepe’Elmas’Naswa ©DannyWillems

Nous avons redéfini l’ouverture à l’international. Elle a longtemps été dirigée vers Paris, l’Europe, l’Occident. Nous l’avons déplacée vers la Méditerranée, l’Afrique et le Moyen-Orient. Le sud « global » comme on dit en Angleterre. Marseille est une plaque tournante, la capitale du sud de l’Europe et de la Méditerranée, n’en déplaise à ceux qui lui refusent ce titre. Nos propositions sont moins attendues, mais il n’y a aucune concession dans la qualité. Même si ce ne sont pas des artistes de référence ici, ils le sont ailleurs. Gregory Maqoma est une énorme vedette en Afrique du Sud et l’Égyptien Wael Shawky est une super star du monde visuel ! Quant au jeune chorégraphe de Kinshasa, Pepe ‘Elmas’ Naswa, il promet d’être un jour un grand. Être un festival populaire ne veut pas dire baisser la barre artistique. Si on accompagne et implique les publics, tout devient possible ! ♦

 

Bonus

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  • Chiffres clés : 15 lieux, 21 spectacles dont 2 étapes de création, 5 films, un budget de 2 millions d’euros
  • Jan Goossens a passé 15 ans au sein du Théâtre Royal Flamand, à Bruxelles, avant de rejoindre Marseille. Il est par ailleurs directeur artistique de Dream City, un festival d’arts contemporains qui se tient chaque année à Tunis.
  • Renseignements et réservations sur le site du Festival et au 04 91 99 02 50. Billetterie : 36-38 rue de la République, Marseille 2e
  • Solidarité – Faites un don de 1 € lors de l’achat de votre billet : 75% seront reversés à l’association La Cloche (lire notre article) et 25% à des places de spectacle pour des enfants.

 

 

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