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Tourisme #1 : des vacances façon circuit court

Par Juliette Pic, le 9 juillet 2021

L'agence Chilowé propose un air de Canada dans une cabane non gardée des Ecrins - © Chilowé

Premier épisode de notre série estivale consacrée au tourisme. Vous y trouverez des réflexions et des propositions de pratiques durables, économes en carbone, solidaires, soucieuses de la planète et de notre moral. Loin d’être austères, ces vacances ne manquent jamais de nous dépayser ni de nous changer les idées.

 

#1. L’été commence au coin de la rue. Après un an et demi de Covid, l’incertitude demeure. Qui sait si après-demain un reconfinement ne sera pas décrété ? L’Espagne et le Portugal, où tout allait bien en juin, viennent de passer en mode alerte. Ce contexte en conduit certains à privilégier des vacances plus locales – voire en ultra-local. Est-ce pour autant un pis-aller ? Ou, au contraire, peut-on envisager les vacances près de chez soi comme un avenir prometteur pour le tourisme ?

 

C’est un classique et une spécificité bien de chez nous : la France, première destination touristique au monde, reste la destination préférée des Français ! Covid oblige, la tendance a été encore plus forte en été 2020 : selon le baromètre Raffour Interactive, sur 60% des Français partis en vacances l’été dernier, 90% sont restés en France. Même regard chez Google, qui estime à 80% le nombre de requêtes d’internautes français cherchant des voyages en France plutôt qu’à l’étranger (contre 60% en 2019).

La pandémie n’a fait que renforcer une habitude bien française : en 2019, nous étions déjà 80% à rester sur le territoire. Ce chiffre est relativement stable depuis 30 ans.

 

Une habitude française


Bien sûr, il y a des raisons financières. En moyenne, 40% des Français renoncent aux vacances par manque de moyens. Ce sera moins cette année selon une étude de YouGov : « En 2021, ils sont 30%. Une hausse liée notamment aux jeunes avec 62% des 18-34 ans qui ont l’intention de partir, contre 44% l’année dernière« . Mais on aurait tort de s’arrêter à cette analyse. La configuration géographique de la France (variété des climats et des paysages) joue beaucoup, avec une nette préférence pour les destinations de bord de mer. La richesse du patrimoine culturel et culinaire est également un argument solide.

La France compte aussi beaucoup de résidences secondaires, de plus en plus souvent achetées à plusieurs, « entre amis » ou entre membres d’une famille, avec l’idée de partager les frais… et les apéros l’été.

Trois autres raisons encore : le nombre et la qualité des gîtes de France attirent nos compatriotes (près de 3/4 des clients sont des nationaux). L’attachement à l’éducation populaire, avec la tradition d’envoyer les enfants en colonie de vacances. Et le choix de rester non loin de chez soi.

 

Partir en staycation
Le tourisme en circuit court 1
Le temps d’un week-end, Charlotte a testé le b&b BNB Vieux Port Panier Jardin dans le panier à Marseille – © Juliette Pic

Le concept, canadien, n’est pas nouveau puisqu’il a 17 ans. L’idée est simple : prendre des vacances « à la maison ». Un changement culturel important quand on sait que, traditionnellement, les vacances sont assimilées à un départ, pour une destination lointaine, si possible exotique.

La culture du zapping et de l’immédiateté joue aussi. On prend ses vacances au dernier moment et en général, moins on s’éloigne, moins on a besoin de préparer. Mais la tendance est aussi portée par l’attrait d’un tourisme plus durable – et donc, de facto, souvent plus local.

C’est l’une des composantes du slow tourisme, avec une proposition simple : profiter de chez soi autrement, et s’ouvrir à ce qu’on ne regarde pas habituellement, pris par notre quotidien.

Visiter sa ville avec un guide, randonner aux alentours, faire le tour des musées, découvrir son patrimoine culturel via des ateliers… Les possibilités sont nombreuses.

 

 

Changer de quartier

Et si certains restent chez soi, d’autres en profitent pour camper, dormir dans un hôtel, dans un autre quartier. Ou emprunter le logement d’un ami le temps d’un séjour… Ainsi, Charlotte, quadra marseillaise, a pris deux jours de vacances dans un gîte du quartier du Panier, l’année dernière. « C’était juste pour tester et, finalement, je me suis rendu compte que ça changeait toute ma perception du quartier, j’avais réellement l’impression d’être ailleurs. J’étais seule, dans une partie de la ville où je vais rarement, ce qui a renforcé ce décalage. J’étais presque intimidée », avoue-t-elle.

Le concept de staycation s’est peu à peu élargi à une zone d’une centaine de kilomètres autour de chez soi. De quoi imaginer des vacances dépaysantes à moindre coût – qu’il s’agisse des finances ou du carbone.

 

Les micro-aventures

Et si le fait de rester dans votre environnement habituel vous semble monotone et sans relief, essayez-donc la micro-aventure.

Le terme existe depuis déjà 10 ans, et il désigne le fait de passer de l’aventure à l’autre bout du monde à l’aventure à côté de chez nous. Car pourquoi faire ailleurs ce qu’on peut faire ici ?

L’impression qu’on ne sera pas dépaysé est trompeuse : il suffit de changer de regard pour se sentir loin.

Le tourisme en circuit court
Chaque année, Romain et Antonin partent en stop sans trop savoir où ils vont arriver © Romain Pommier

C’est ce que font Romain et Antonin, autostoppeurs invétérés, qui se donnent chaque année un temps (une semaine par exemple) et une direction (vers le sud, mettons) avant de se laisser porter depuis la Bretagne jusqu’à… là où leurs rencontres les mèneront.

Pour Romain, « le stop, c’est l’aventure en bas de chez soi, c’est s’abandonner et laisser les autres choisir à se place. On retrouve la notion du temps, de la distance et de la rencontre ».

 

Moins de temps, moins cher, moins mal à la planète

L’envie de slow tourisme pousse de plus en plus de monde à tenter l’aventure au plus près de chez soi. C’est ce que la start-up Chilowé a compris. Comme n’importe quelle agence de voyages, Chilowé propose des séjours organisés. En groupe avec un guide ou en autonomie. Du road-trip en bus pour aller surfer à la journée escalade dans le Jura, en passant par le paddle dans la Marne, le stage de survie ou le tour du Vercors en raquette. L’agence Chilowé promet à ses clients de « Vivre l’aventure en pleine nature » avec un catalogue de plus de 100 séjours en France. Le manifeste de cette agence pas tout à fait comme les autres ?  » On a beau avoir crapahuté un peu partout dans le monde, on n’a rien trouvé de mieux que la France pour vivre des expériences extraordinaires dans la nature. Ça prend moins de temps, ça coûte moins cher et ça fait moins mal à la planète. »

Le tourisme durable passe nécessairement par une réduction de son empreinte carbone, et donc par des vacances en circuit court. Avec la pandémie, nous avons changé. Nous avons tous regardé notre environnement immédiat de manière différente, plus consciente. Et des horizons plus proches se sont ouverts. Après tout, l’aventure a peut-être encore plus de sel quand elle se trouve là où on ne l’attend pas. ♦

 

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