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Le stress hydrique, ça se gère !

 

Par Olivier Martocq, journaliste

Parvenir à imposer un sujet sur l’eau à la conférence de prévision de Marcelle pour le 22 mars, journée mondiale de l’eau, ne coulait pas de source. L’inquiétude illustrée par les manifestations de la jeunesse sur le climat, le stress hydrique menaçant la France et la découverte que le siège du World Water Council était situé à Marseille faisaient trois bonnes raisons de prendre la température de l’eau. Avec, en introduction, une tribune du Président de cette institution internationale reconnue par l’ONU mais peu connue ici, alors qu’elle fédère 400 organisations de 50 pays. 

 

« ET VOUS QU’AVEZ-VOUS FAIT AUJOURD’HUI ?

Ce vendredi est la Journée mondiale de l’Eau. Une Journée Mondiale de plus, direz-vous. Et vous n’avez pas tort. Il en existe 504 recensées à ce jour. Et pas des moindres ! Celle de la frite belge (1er août) qui précède de 2 jours (l’une ne va pas sans l’autre), celle de la bière… Il y a aussi l’étonnante Journée de la glace… artisanale.

N’en jetez plus !! Heureusement il y a la Journée mondiale de la gentillesse, a vrai dire peu pratiquée (3 novembre). Et il ne faut pas moins d’une Semaine Mondiale… pour la courtoisie au volant (à partir du 16 mars), rapidement oubliée d’ailleurs.

Et l’eau dans tout ça ? Elle tombe le 22 mars, couplée à la journée mondiale du Sommeil… Tiens donc ! Nos politiques, nos décideurs auraient-ils mis « l’eau en sommeil ». Quand on voit le peu d’intérêt manifesté par la plupart d’entre eux pour sécuriser l’accès à l’eau et garantir concrètement le droit à l’eau, on peut le supposer.

L’eau ce n’est pas le climat. L’homme sait gérer encore faut il que !... 2
Loïc Fauchon au Rajasthan.

Et pourtant ! On nous « bassine » chaque jour avec le climat. Ce fruit de nos turpitudes, ce responsable de bien des maux à venir. Mais dites-moi quelle est la première conséquence d’un réchauffement ? Le déluge ou la sécheresse ? Dans les deux cas c’est d’eau dont il s’agit. De l’eau en trop ou de l’eau qui manque. Mais de l’eau !

Alors ce 22 mars ne laissez pas le sommeil vous gagner. Au contraire laissez plutôt l’eau vous envahir. Veillez sur elle. Comment ? Ne la gaspillez pas. Économisez-la. Partagez-la ! Ne la polluez pas, protégez-la, défendez-la !

Aussi au crépuscule de ce 22 mars, vous pourrez dire : j’ai fait un peu pour l’eau ! Et quand vous croiserez vos amis, vos voisins, vos élus, votre Président, vous pourrez leur dire comme Boris Vian dans la chanson du « Déserteur » : « Messieurs les bons apôtres », qu’avez-vous fait de l’eau ? »

Loïc Fauchon, Président du World Water Concil 

 

En France l’eau n’est pas chère !

L’eau ce n’est pas le climat. L’homme sait gérer encore faut il que !... 3
Inondation urbaine.

3,40 euros TTC les 1 000 litres à Marseille, 4 euros à Nice, un peu plus à Saint-Malo en raison de la densité de nitrates dans les nappes phréatiques : l’eau qui coule à flot de nos robinets est l’une des moins chère d’Europe. En moyenne, chaque foyer dépense un euro par jour pour boire, se laver, cuisiner et… arroser ses plantes. « Le prix du litre de cet H2O qui a pourtant subi des traitements pour être potable est 300 fois moins élevé que celui vendu en bouteille plastique », affirme Sophie Vague, en charge de la communication à la Société des Eaux de Marseille (SEM).

Parce qu’elle est considérée comme un produit de toute première nécessité, il existe des aides pour les personnes qui ne pourraient se la payer. À l’instar du fonds Access Eau, doté d’un million d’euros par an par la Métropole.

Mais elle commence à manquer…

À la fin du mois de septembre 2018, 143 arrêtés préfectoraux étaient en vigueur dans 62 départements pour imposer des restrictions d’eau. Pour maintenir ces prix bas, et surtout continuer à avoir de l’eau en abondance, il va falloir mieux stocker les réserves, avoir moins de déperdition sur les réseaux mais aussi retraiter l’eau qui sort des stations d’épurations et la rendre potable. 30 ans après la Tunisie et le Maroc pays pionniers en la matière, la France envisage enfin de récupérer ses eaux usées pour les réutiliser, au lieu de les rejeter dans les rivières ou dans la mer.

La solution existe !

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Réutilisation des eaux usées à Sousse, Tunisie ( SEM-SCP-IME)

« Le problème n’est plus technologique, mais juridique et, surtout, psychologique », expose Loïc Fauchon, le président du Conseil Mondial de l’Eau*. En France, la législation n’a pas évolué. Ainsi, on ne peut pas arroser des tomates avec de l’eau sortant d’une station d’épuration, même si elle répond à tous les critères de salubrités requis. « Mais l’eau qui sortira des stations sera tellement contrôlée qu’elle sera même meilleure que celle issue de rivières ou de sources, voire de nappes phréatiques polluées par les nitrates et autres PCB (ndlr : polychlorobiphényles, composés toxiques) comme ceux relevés dans le Rhône par exemple ». Aujourd’hui le traitement des eaux usées est à la marge : un litre pour 10 000, mais on sait faire et, c’est une des solutions à même de sauver l’humanité. ♦

 

Bonus

  • Le Conseil Mondial de l’Eau, c’est quoi ?

Pour le journaliste, avant l’entretien, c’était un « Machin international de plus ». Son président le définit comme « un lanceur d’alerte mais aussi apporteur de solutions dans tous les domaines qui ont trait à l’eau. Et l’eau est partout. L’eau elle est dans le climat, la démographie, l’urbanisation. Vous ne pouvez pas développer une ville s’il n’y a pas d’eau mais en même temps la ville vous empoisonne l’eau. L’eau est aussi directement liée à l’énergie : d’ici à 2035, au niveau mondial, la consommation énergétique augmentera de 35% avec un impact direct sur la consommation d’eau de 85%. Donc il faut une approche globale et transversale. S’il n’y a pas d’eau, il n’y a pas de culture. S’il y a trop d’eau, cela crée des inondations et, derrière, des problèmes de santé – typhoïde ou malaria apportées par les moustiques ; toutes ces maladies sont encore la 1ère cause de mortalité dans le monde. On peut dessaler, réutiliser, capter, amener de l’eau. Il existe tout un panel de solutions. Le conseil est là pour attirer l’attention des politiques, sensibiliser les milieux économiques aux réponses qu’il faut apporter. Il organise tous les trois ans un forum mondial qui est un des plus grands rendez-vous planétaire autour d’une thématique – 10 000 participants à Brazilia l’an dernier. Le prochain, le 9ème, aura lieu en 2021 à Dakar ». Le journaliste est convaincu !

 

  • Données complémentaires

Marseille bénéficie d’une double ressource via le Canal de Marseille qui achemine l’eau de la Durance et le Canal de Provence celle du Verdon. 5 500 kilomètres de tuyaux pour le réseau de distribution avec un taux de déperdition pour cause de fuite très faible puisqu’il s’élève à 14%. Objectif à 5 ans : 10%. Chaque année, 32 km du réseau sont renouvelés (2 fois le taux national). Des capteurs acoustiques ont été installés, qui permettent de détecter 1 000 fuites par an. Cette notion de rendement est essentielle ; dans certaines villes du monde il est de 50%. Les USA sont dans ce domaine parmi les plus gaspi de la planète. Source :  Régis Masse ingénieur et directeur des exploitations de la SEM, qui approvisionne la métropole, soit 2 millions d’habitants.

 

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