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L’Économie Sociale et Solidaire, un ciment pour la France de demain ?

Par Lorraine Duval, le 9 juin 2022

Journaliste

©Gerd Altmann de Pixabay

Paru au printemps 2022, l’essai « Pour une économie de la réconciliation – Faire de l’ESS la norme de l’économie de demain »* relève à la fois de l’analyse politique et du plan d’action. Jérôme Saddier, président du Crédit Coopératif et d’ESS France y démontre comment l’ESS peut être un levier de transformation globale de la société. Et s’inspirant de son parcours personnel, il propose des « utopies concrètes cohérentes avec nos enjeux de civilisation ».

 

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Jérôme Saddier, président du Crédit Coopératif et d’ESS France ©DR

Et si une autre organisation de l’économie était possible ? Moins qu’une question, c’est une certitude pour Jérôme Saddier. On la retrouve en filigrane dans les différentes thèses esquissées au fil de l’ouvrage. « Une organisation de nos activités économiques dans laquelle ce n’est pas l’argent qui commande est nécessaire à l’équilibre de notre société et de nos territoires, ainsi qu’à la pérennité de notre existence sur la planète, plaide le réformiste. Cette organisation éminemment politique doit s’accorder avec d’autre principes que ceux de l’accumulation et de la cupidité ».

 

« Une magnifique expression du projet républicain »

La période actuelle est celle d’une crise à grande échelle, révélatrice d’échecs, d’inégalités sociales et environnementales. Pour la dépasser, l’économie sociale et solidaire (ESS) propose donc des alternatives et des outils permettant d’innover et d’entreprendre différemment. Cela suppose de fonctionner à l’énergie citoyenne, privilégier les intérêts collectifs, endiguer les inégalités et accompagner la transition écologique. Bref, d’agir, de réagir.

« J’ai acquis la conviction que l’ESS ne peut se fixer pour horizon d’être une simple forme de résistance, ni même une sympathique alternative à un capitalisme qui peine à se responsabiliser ou à se moraliser de lui-même, observe Jérôme Saddier. Elle est d’abord, dans ses formes contemporaines, une magnifique expression du projet républicain. À condition de sortir de sa dimension strictement entrepreneuriale pour coller aux aspirations et aux intérêts collectifs de la société, et même pour les anticiper ».

 

 

Renouer avec l’esprit collectif

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 » Nous n’avons jamais eu autant besoin des autres dans l’histoire de l’humanité » ©ESS

Un tel changement de paradigme passe obligatoirement par une pensée critique de l’économie, la société et la marche du monde. L’ESS s’appuie en effet sur des tendances de fond positives : finance solidaire et traçable, responsabilité sociétale des entreprises, consommation responsable, numérique au service de l’humain, pratiques citoyennes, énergies vertes, initiatives territoriales… De quoi nourrir la réflexion qui infuse dans les quatre chapitres de cet ouvrage.

Dans le premier chapitre, « Refonder avec l’ESS une voie de progrès collectif », Jérôme Saddier pointe les fractures de notre société. Constate le délitement de notre « commun républicain » (droit d’engagement, protection des libertés individuelles, attachement à la diversité, valeurs de l’école publique…).

« Le moment est étrange et paradoxal. Nous n’avons jamais eu autant besoin des autres dans l’histoire de l’humanité. Pour nous nourrir, nous déplacer, nous soigner, progresser… Pourtant, nous nous éloignons les uns des autres, comme si le consentement au collectif devenait plus difficile », observe cet homme de convictions. Pour lui, refermer cette brèche passera par un exercice approfondi, voire systématique, de la citoyenneté.

 

L’énergie citoyenne, un « oxygène brut et inépuisable

Le deuxième chapitre, « La citoyenneté comme moteur du monde à venir », met en avant l’énergie citoyenne. Un « oxygène brut et inépuisable », le « creuset de pratiques coopératives et solidaires ». À ce sujet, Jérôme Saddier propose d’inventer la démocratie économique. De créer « le contexte favorable à une prise de conscience universelle s’incarnant dans une multitude d’initiatives économiques et sociales, venus de la société civile ».

Ces initiatives sont intéressantes dans leurs formes les plus abouties comme dans les plus émergentes – de la ressourcerie de quartier à l’association pour le maintien d’une agriculture paysanne (Amap), en passant par la finance éthique et solidaire ou des services de soins et d’accompagnements mutualistes.

 

Industrie du lien et contrat social

L’Économie Sociale et Solidaire, un ciment pour la France de demain ? 3Au chapitre suivant, « Les territoires de l’innovation de l’ESS », l’auteur décrypte le lien unissant l’économie sociale et solidaire aux territoires. Celui-ci réside dans l’agrégation de besoins et de compétences au service d’une cause ou d’un service à rendre au collectif. Il y est enraciné par des histoires et des générations de solidarités humaines, de mobilisations collectives, de savoir-faire partagés. La « pâte humaine » est dans toutes ces « sociétés de personnes », constituées par les apports de chacun en numéraire ou en nature. Mais dont le capital social ne fait pas partie.

Enfin, la dernière partie, « L’entreprise et la démocratie, une réconciliation nécessaire » rappelle que « le travail est toujours, pour une immense majorité de Français, source de revenus, mais aussi producteur de sens et de dignité (ce qui justifie qu’il devienne un « métier » ou une « profession ». Il est aussi moteur d’émancipation et surtout créateur de droits constituant une protection contre les aléas de la vie. Il y a donc un enjeu fort à la clé : la redéfinition du contrat social. Qui pourrait reposer sur le fait pour tous de disposer d’une protection de base, universelle, constituée de droits sociaux. Voire d’un revenu minimum d’activité.

 

 

Un grand rôle à jouer pour les acteurs de l’ESS

Les idées peuvent changer le monde et l’ESS doit y contribuer, dans le cadre d’un projet politique plus large réconciliant la République, la citoyenneté, l’économie et l’écologie. Et Jérôme Saddier enjoint les acteurs de l’ESS de créer les conditions politiques du changement, inspirer le reste du monde économique et oser investir. Mais aussi de prendre part au débat public. Le 19e siècle a été celui de la construction de l’égalité. Le 20e, celui de la quête de la liberté. Ces tendances peuvent contribuer à faire du 21e siècle celui de la conquête de la fraternité. ♦

 

*Ed Les Petits Matins, collection Mondes en transitions. Avril 2022. 144 pages. 12 euros

 

Bonus
  • L’économie sociale et solidaire. L’ESS est un mouvement social et économique qui apparaît aujourd’hui comme une alternative pertinente au mode de production actuel et propose une autre façon de faire de l’économie soucieuse de ses responsabilités sociétales, du partage des richesses qu’elle produit, de la qualité des emplois qu’elle crée, de l’implication des citoyens dans le pilotage des projets.

La promulgation de la loi n°2014-856 relative à l’économie sociale et solidaire constitue une étape importante dans la reconnaissance de l’ESS. En effet, elle pose une définition de cette économie : un « mode d’entreprendre et de développement économique adapté à tous les domaines de l’activité humaine ». Y adhèrent les personnes morales de droit privé qui respectent les conditions suivantes :

  1. un but poursuivi autre que le seul partage des bénéfices ;
  2. une gouvernance démocratique prévoyant la participation des parties prenantes aux réalisations de l’entreprise
  3. une gestion ayant pour objectif principal le maintien ou le développement de l’activité de l’entreprise.

La loi inclut de plein droit dans cette définition certaines structures juridiques (coopératives, mutuelles, associations, etc.). Elle inclut également des structures d’autres natures juridiques ayant fait le choix de respecter les conditions précitées et de poursuivre une utilité sociale (au sens de l’article 2 de ladite loi).

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