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Quand les champignons et les plantes s’entraident…

Par Marie Le Marois, le 12 novembre 2020

Journaliste

@Michel Hairaud. Un coprin, champignon de la famille des saprotrophes

Girolles, morilles, truffes… On connaît le pouvoir culinaire des champignons. Moins leur rôle essentiel dans le développement des arbres et des plantes potagères, ou dans la stabilisation des sols. À l’heure où l’OMS nous alerte sur les conséquences de l’appauvrissement des sols, à même de favoriser d’autres pandémies, il est urgent de préserver ces organismes vivants. C’est ce que nous raconte Michel Hairaud, spécialiste renommé des champignons.

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@Michel Hairaud. Champignons saprotrophes

Je l’ai rencontré chez lui dans les Deux-Sèvres. Penché sur sa loupe binoculaire, dans son bureau tapissé d’ouvrages sur la mycologie, Michel Hairaud admire des corolles blanches naissant d’une branchette. Ce sont des champignons. Des saprotrophes plus exactement. Ces êtres vivants (lire en bonus) permettent de recycler le bois mort – jusqu’à 90% de la matière. « S’il n’y avait pas de champignons, il n’y aurait pas de forêt », résume ce passionné de mycologie depuis 50 ans.

Il explique, avec une rigueur toute en retenue, que le bois mort dégradé se transforme en humus, un terreau pour la nouvelle pousse d’arbres. Les saprotrophes dégradent également les animaux morts et permettent ainsi, en répandant les nutriments de la bête dans le sol, de nourrir la terre.

 

Trois groupes de champignons
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Michel Hairaud dans son antre

Pour mieux étayer ses propos, le retraité, qui cumule les fonctions bénévoles dans les sociétés nationales et internationales de mycologie (voir bio express), fait défiler sur son ordinateur les photos de son dernier exposé, réalisé pour un groupement de forestiers. Ses recherches intéressent en effet de nombreux professionnels en lien avec la nature, aussi bien mycologues, agriculteurs, propriétaires forestiers que société d’horticulture du coin.

Après les saprotrophes, les parasites sont la deuxième catégorie d’espèces de champignons. Ils poussent sur les êtres vivants et se développent à leur détriment.

 

Champignons mycorhiziens, alliés des arbres et des plantes
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@Michel Hairaud. Cèpes. Champignons mycorhiziens

Le troisième groupe d’espèces de champignons est formé de mycorhiziens. Ils sont les alliés des végétaux, amis des arbres comme des autres plantes sauvages ou potagères.

Ce sont par exemple les truffes, les bolets mais aussi des milliers de microchampignons souterrains, invisibles en surface. C’est eux qui nous intéressent : 95% des légumes cultivés croissent en grande partie grâce à eux (voir bonus).

 

Les mycorhiziens apportent des nutriments…
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Les échanges se produisent grâce à la mycorhize constituée par la racine du végétal et du champignon.

Les champignons amènent aux arbres et aux plantes nutriments (sels minéraux, oligo-éléments, phosphore…) et eau qu’ils puisent dans le sol. « La surface de prospection des racines des plantes peut ainsi être multipliée jusqu’à 1000 fois ».

Grâce à cet échange, les mycorhiziens favorisent la croissance des végétaux et leur permettent de mieux résister à une sécheresse.

Ce n’est pas tout : ils ont aussi un rôle protecteur en filtrant des substances nocives, comme les métaux lourds, et de stabilisateur pour le sol grâce à leurs entrelacs de filaments (le mycélium).

 

…et les plantes, du sucre
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Chlorophylle de la plante

Les champignons sont dépourvus de chlorophylle. Or ce pigment vert permet à la plupart des arbres, des plantes potagères et sauvages d’absorber l’énergie lumineuse pour digérer le carbone contenu dans l’air, le transformer en sucres et se nourrir de ce carburant.

Les champignons, ne fabriquant pas leur nourriture, ont donc besoin des végétaux pour leur fournir le sucre nécessaire à leur vie.

Tous ces échanges se produisent grâce à la mycorhize constituée par la racine du végétal et du champignon (voir bonus). 

 

Stopper pesticides et engrais de synthèse…
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Michel Hairaud dans son jardin potager, 1500 m2 en permaculture.

L’agriculture biologique et la permaculture sont les seules voies possibles pour préserver les sols et, par conséquent, l’avenir de notre planète. C’est en partie pour participer à leur développement que Michel Hairaud se consacre à la mycologie.

On connaît en effet l’effet dévastateur des pesticides qui détruisent toute vie sur leur passage. On comprend mieux leur hérésie au regard du rôle puissant des champignons. Il est donc indispensable de les proscrire, comme le pratique l’agriculture biologique. Il en va de même pour leur alter ego, les engrais de synthèse, néfastes pour les champignons. « Les plantes vont se nourrir des engrais de synthèse et donc éloigner les champignons ». Les conséquences ? « Elles ne vont plus être défendues par eux et vont donc développer des maladies ».

et chouchouter les sols

Microchampignons dans le sol, essentiels à notre survie 2Concernant le travail du sol, contrairement à ce qui est pratiqué en agriculture traditionnelle, il faut cesser de le labourer – « chaque couche du sol a sa propre vie microbienne. Dans un gramme de sol vivent un milliard de bactéries, des centaines de millions de champignons et d’autres organismes ».

Tout au plus, on peut l’aérer, comme le préconise la permaculture. Il est conseillé également de couvrir le sol avec du broyat de feuilles ou de paille pour permettre à la vie souterraine de proliférer.

 

Et les arbres ?

Microchampignons dans le sol, essentiels à notre survieSans le réseau souterrain mycorhizien, les arbres souffriraient de carences nutritives. Mais, de surcroît, n’auraient plus de moyen de ‘’communiquer’’ entre eux.

Michel Hairaud conseille aux forestiers de laisser au sol les arbres morts – « un cortège de faune, flore, fonge va profiter de la mort de l’arbre qui va se dégrader en humus ».

Et d’arrêter d’abattre les arbres au grand âge. « Plus ils sont vieux, plus ils hébergent de champignons, voire même certaines espèces de qui ne se développent justement que lorsqu’ils sont vieux ». ♦

 

* Le Fonds Épicurien, parrain de la rubrique « agriculture – alimentation durable », vous offre la lecture de cet article mais n’a en rien influencé le choix ou le traitement de ce sujet. Il espère que cela vous donnera envie de vous abonner et de soutenir l’engagement de Marcelle *

 

Bonus [pour les abonnés] Les champignons sont des êtres vivants – Bio express – Des milliers de microchampignons souterrains – Environ 5 % des légumes cultivés se passent des champignons – Les échanges se produisent grâce à la mycorhize – Autres utilisations des champignons

 

  • Les champignons sont des êtres vivants. Car, comme les plantes, les animaux, les bactéries et nous, ils se nourrissent, se développent et se reproduisent grâce aux graines – les spores – contenues dans leur fructification.

Nous avons d’ailleurs un ancêtre commun que les biologistes appellent Luca (Last Universal Common Ancestor). Il s’est divisé en trois groupes : les bactéries, les archées et les eucaryotes (champignons, plantes, animaux dont les humains).

« Les champignons sont parmi les premiers êtres vivants apparus sur terre, les plantes et animaux sont arrivés bien plus tard ». Leur naissance est évaluée à 2,5 milliards d’années. À titre comparatif, la terre est née il y a 4,5 milliards d’années et l’Homo Sapiens voilà 200 000 années. « Les champignons se sont d’abord alliés avec les algues. Ce qui a donné les lichens sur les roches émergées ». Ils ont favorisé la sortie de l’eau des plantes, « ils les ont accompagnées et continuent à le faire ». Le plus ancien champignon trouvé date de près d’un milliard d’années.

 

  • Bio express

Observation de la nature avec son grand-père agriculteur à La Revêtizon

Découverte adolescent des champignons comestibles

Laisse tomber le foot pour consacrer son temps à l’association botanique centre ouest.

Achète son premier microscope à 22 ans pour étudier et identifier les champignons

En plus de son job dans l’assistance voyage, il travaille à mi-temps pour le Festival International du Film Ornithologique de Ménigoute.

Création d’une société de diffusion de films naturalistes, « à l’époque des vidéos cassette »

Création d’un plan de développement pour l’Association de Mycologie de France

Cofondateur et animateur de la Société Mycologique du Massif d‘Argenson, secrétaire des fédérations des associations mycologiques de l’ouest, président de l’association internationale Ascomycete.

 

  • Des milliers de microchampignons souterrains – Si des dizaines de milliers d’espèces de champignons développent un mycélium – que l’on peut apparenter à des racines -, toutes ne possèdent pas de fructifications : la partie visible et éphémère du champignon (le sporophore).

 

  • Environ 5% des légumes cultivés se passent des champignons : les plantes de la famille des brassicacées (choux, roquette, moutarde, radis, navet…), des caryophyllacées (œillets) et des chénopodiacées (épinards, blettes…) n’ont pas besoin des champignons pour se développer.

 

  • Sans trop entrer dans les détails, on peut dire que les échanges se produisent grâce à la mycorhize constituée par la racine du végétal et du champignon. Cet organe permet au champignon de pénétrer dans les racines de la plante au niveau des cellules (endomycrorhizes) – « 400 000 végétaux s’associent à 200 espèces de champignons endomychoriziens ». Pour ce qui est des arbres, les champignons colonisent les racines et échangent avec leur hôte à l’extérieur des cellules (ectomycrorhizes) – « 2000 espèces d’arbres s’associent avec 5000 espèces de champignons mycorhiziens ». À titre d’exemple, « un chêne peut loger jusqu’à 250 espèces de champignons ».

 

  • Autres utilisations des champignons : la levure, qui rentre dans la composition de la bière, du vin et du pain, est un champignon. La moisissure à la surface de certains fromages, comme le Roquefort ou le camembert, est un champignon. C’est également le cas pour la pénicilline, premier antibiotique. Pour la petite histoire, Alexander Fleming a découvert par hasard en 1928 qu’une moisissure pouvait enrayer le développement d’organismes pathogènes.

 

 

 

 

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