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Les hôpitaux de Marseille ont leur Maison des Femmes

Par Nathania Cahen, le 22 mars 2022

Journaliste

Ouverte depuis janvier 2022, la Maison des Femmes de Marseille © Pixabay

Prendre soin des victimes de violences conjugales, familiales. De celles qui ont connu viol, inceste ou excision. Comme sa grande sœur de Saint-Denis, la Maison des Femmes de Marseille veut les aider à reprendre leur souffle, à guérir et se reconstruire. Et propose pour cela un guichet unique avec assistance médicale, sociale, psychologique, administrative et juridique.

 

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Au -1 de l’hôpital de La Conception © Marcelle

On n’atterrit pas par hasard dans les locaux de la Maison des femmes. Une fois dans le hall de l’hôpital de la Conception, il faut avoir été briefée : emprunter l’escalier au fond pour descendre au -1. Là dans un dédale de couloirs gris, suivre les affichettes avec le logo en forme de maison. On dépasse les bureaux des différents syndicats, CGT, FO, CFDT avec leurs murs couverts de tracts et d’autocollants multicolores. Et puis une double porte, c’est là, il suffit de sonner. Le sourire d’Estelle, chargée de l’accueil, s’encadre dans la porte.

 

Un sous-sol mais qu’importe

L’installation dans ce sous-sol est temporaire, elle a permis à la Maison des Femmes de démarrer son activité sans plus attendre, en janvier. Dans cet espace de 80 m2, deux box de consultation voisinent avec l’accueil et une salle de réunion. Des impressions d’œuvres de Man Ray habillent les murs – « nous avons un partenariat avec les musées de Marseille », nous souffle-t-on. La structure emménagera plus tard dans les 460 m2 de l’ancienne « banque du sperme » marseillaise (CECOS) mise à disposition par le Département et dont les travaux de rénovation sont en cours.

Dans la salle de réunion, le Pr Florence Bretelle (gynécologue) et le Dr Sophie Tardieu (praticien hospitalier de santé publique) explicitent le projet. Elles appartiennent à ce beau quintette féminin qui l’a nourri, porté, défendu et fait aboutir. Le masque ne parvient pas à dissimuler les sourires de satisfaction et les yeux brillent encore. Elles ne s’en cachent pas : « Nous sommes fières et ravies ».

 

 

Pas des urgences mais un lieu ressource ouvert à toutes

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Estelle assure l’accueil et distribue les premiers mots réconfortants © Marcelle

Quand une femme se présente, elle se prête d’abord à un entretien mené par deux membres de l’équipe pluridisciplinaire (médecins, sage-femme, assistante sociale, psychologue). Pour évaluer ses besoins, n’omettre aucun détail. Un parcours holistique (bonus) coordonné est ensuite proposé (il y en a quatre : violences intraconjugales, mutilations sexuelles, grossesse, santé publique) et personnalisé.

En janvier, huit patientes ont poussé cette porte confidentielle. Une quarantaine en février. Une soixantaine mi-mars. Âgées de 20 à 66 ans. Environ 40% d’entre elles ont été adressées par l’APHM, les autres par des associations type Solidarité femmes 13, le CIDFF, l’AVAD (association d’aide aux victimes d’actes de délinquance). « Nous ne prenons pas en charge uniquement les femmes en situation de précarité, mais toutes celles qui sont vulnérables. Chacune doit se sentir légitime, quels que soient son milieu social et le type de violence », souligne le Pr Bretelle. « Nous ne sommes pas un service d’urgences mais un relais, un lieu ressource, complète Sophie Tardieu. Certaines femmes viennent mais repartent quand elles ne sont pas prêtes à avancer ». Nous n’en avons toutefois rencontré aucune, les professionnels de santé souhaitant préserver leur tranquillité et ne pas raviver les blessures.

 

  • Chaque année, 93 000 femmes sont victimes de viol ou de tentatives de viol et 220 000 subissent des violences conjugales.

 

Et puis Marseille…

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Anaïs Nuttall, Sophie Tardieu, Françoise Cerri, Hélène Heckenroth et Florence Bretelle © APHM

Il y a d’abord eu la première Maison des femmes à Saint-Denis (93) en 2016, à l’initiative du Dr Ghada Hatem (bonus). L’année suivante, un rapport de l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales) y voyant un modèle à reproduire et à soutenir, recommandait la création d’une mission d’intérêt général (MIG) pour en financer la duplication. En mars 2021, la Maison de Saint-Denis créait Re#start (bonus). Ce collectif regroupe les structures qui soignent et accompagnent les femmes en difficulté ou victimes de violences.

À Marseille, l’initiative du Dr Ghada Hatem était connue. Une rencontre, une mise en relation, et l’envie de dupliquer devient un objectif. Elles sont cinq à se fédérer alors autour de cette envie forte : quatre médecins et une sage-femme. Elles se jettent à l’eau dès 2020 et pendant deux années ne vont lésiner ni sur la pugnacité ni sur l’investissement. S’activant tous azimuts. Des coups de pouce ont été déterminants, comme la venue du président Macron sur le Vieux-Port en septembre 2021, qui lance alors le plan « Marseille en grand » et insère la Maison des Femmes dans le volet santé. « Côté institutions, ça s’est alors emballé », raconte Sophie Tardieu.

 

 

Un million d’euros et un financement diversifié

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En janvier 2022, avec la marraine Clara Luciani © APHM

Concernant le montage financier, le modèle est plutôt innovant avec trois tiers pour abonder le budget annuel d’un million d’euros. Du privé (les mécènes du collectif Re#start mais aussi des entreprises locales comme la marque de prêt à porter Sessún), du public (collectivités locales et ARS) et le fameux MIG (cf paragraphe précédent).

Pour le sécuriser, un appel à la générosité lancé à l’automne pour récolter 150 000 euros manquants a rencontré un beau succès : objectif rempli en moins de trois mois avec plus de 3500 donateurs (il est toujours possible de soutenir financièrement le projet via la plateforme HelloAsso). Autre bonne surprise : sollicitée pour être la marraine du projet en raison de ses engagements, la chanteuse Clara Luciani s’implique vraiment, un marché de Noël, une visite à l’équipe, une sincère attention…

 

Après l’acte I

La Maison a trois mois. Ouf. Pour autant la page des nuits blanches et des montées d’adrénaline n’est pas définitivement tournée. Un peu de répit mais il faut d’ores et déjà trouver de nouveaux partenaires, d’autres financements, des bénévoles, se faire mieux connaître, exister dans tous les quartiers…

Car il y a encore du boulot : créer un site Internet, aménager et planter la cour tristounette, animer des ateliers – cours de français (d’anciennes secrétaires de l’AP-HM se sont déjà proposées) ou de socio-esthétique, préparer la réinsertion professionnelle de certaines femmes. Bref, il faut aujourd’hui com-mu-ni-quer, et quand on est médecin, ce n’est pas une sinécure ! ♦

 

* L’AP-HM, Assistance publique des hôpitaux de Marseille, parraine notre rubrique santé et vous offre la lecture de cet article *

 

Bonus

[pour les abonnés] – Le collectif Re#start – La thérapie holistique – Ghada Hatem et son manifeste –

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