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Les Mécanos du cœur, garage pédagogique et solidaire

Par Rémi Baldy, le 28 octobre 2020

Journaliste

À Marseille, une association propose aux populations les plus fragiles de la réparation de voitures à des prix défiant toute concurrence. À la différence d’un garage classique, les Mécanos du cœur apprennent aussi aux conducteurs à entretenir leur véhicule. Avec comme objectif de permettre à chacun d’être capable d’effectuer soi-même les réparations pour réaliser des économies.

L’impasse est presque secrète. Entre la tour de la Joliette et les nouveaux bâtiments d’habitation du boulevard National, la traverse Magnan (3e arrondissement) et ses vieilles bâtisses rappellent l’ancien Marseille. C’est là que l’on trouve le garage des Mécanos du cœur. Même si aucun panneau n’indique sa présence ou l’itinéraire, l’association qui propose des réparations à petits prix depuis 1998 fait le plein.

Ce lundi-là, trois voitures et un utilitaire attendent d’être révisés dans le local. D’autres véhicules stationnent dehors. Sous l’un des deux ponts élévateurs, Fanny regarde attentivement les deux mécaniciens retirer le pot d’échappement de sa Peugeot 206 CC. « Je suis venue la première fois il y a cinq ou six ans », raconte cette femme de 52 ans. Ici je suis participative, je regarde avec les mécaniciens ce qu’ils font, j’aime bien qu’on m’explique »

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Deux mécaniciens de l’association retirent le pot d’échappement de la voiture d’une adhérente.

Car, à la différence des garages plus traditionnels, aux Mécanos du cœur on ne laisse pas ses clés pour revenir quelques heures ou quelques jours plus tard. « Nous sommes une association, insiste Michel Bérard, le président bénévole. Une voiture coûte extrêmement cher, c’est un investissement disproportionné pour des petits revenus. Quand on vient ici, c’est pour apprendre avec comme objectif d’arriver à faire soi-même les réparations et l’entretien ». Un samedi par mois, des formations sont proposées pour initier les participants à des interventions basiques, comme changer une roue ou faire son niveau d’huile.

 

Prix sociaux

Cette philosophie convient à Thomas, 33 ans, qui vient tout juste de découvrir l’association en faisant des recherches sur internet. « Je voulais trouver un garage pour apprendre », confirme-t-il devant le capot ouvert de sa Kangoo, ne cachant pas avoir « très peu de connaissances » en mécanique. En tant que cuisinier touchant le RSA, les prix proposés pèsent aussi dans la balance.

La démarche des Mécanos du cœur est ouverte à tous, mais s’adresse principalement aux plus démunis. Pour amener sa voiture traverse Magnan, il faut être adhérent et s’acquitter d’une contribution de dix euros pour l’année. L’heure de main-d’œuvre revient ensuite à quinze euros pour une personne qui touche les minimas sociaux, trente euros pour une personne qui ne paie pas d’impôts et quarante-cinq euros pour les autres. « En revanche, nous n’achetons pas les pièces, mais nous indiquons à nos adhérents où aller les prendre pour obtenir les prix de garage, soit 30% de moins », précise Michel Bérard.

 

Des adhérents en situation précaire

La formule séduit et l’association compte aujourd’hui 300 membres. Notamment des femmes. « Nous en comptons beaucoup », se félicite le président de l’association. « La relation avec les garagistes est souvent compliquée », glisse-t-il encore. Ce que confirme Fanny, agacée : « D’habitude, on nous prend pour des quiches ».

Le logo de l’association.

Forte de son succès, l’association Les mécanos du cœur croule sous un planning surchargé. Il faut attendre un mois pour pouvoir y amener sa voiture. « Nous avons toujours été débordés », sourit Michel Bérard, qui estime que la réputation de l’association se fait par le bouche-à-oreille. « Plus de la moitié de nos adhérents vient des quartiers prioritaires de Marseille. Mais nous sommes aussi repérés par des voyageurs », détaille-t-il avant d’évoquer une trentaine d’autres personnes qui vivent dans leur voiture. « Nous essayons de les orienter vers des organismes qui peuvent les aider quand ils le demandent, c’est aussi notre projet social », confie Michel Bérard. Ce rôle social leur vaut de percevoir des subventions de nombreuses collectivités (Ville, Métropole, Département et Région) et d’organismes comme la CAF ou la Fondation Abbé Pierre.

 

Bientôt un déménagement pour s’agrandir

De quoi permettre au garage de s’appuyer sur trois mécaniciens salariés. Pour le reste, ce sont les vingt et quelques adhérents « actifs » qui permettent à l’association de tourner. Qu’il s’agisse de mettre les mains dans le cambouis, gérer l’accueil ou habiller une façade du garage d’un dessin géant de Bibip et Coyotte.

Ces locaux, les Mécanos du cœur viennent de prendre la décision de les quitter pour gagner quelques mètres carrés afin de recevoir plus de voitures. Dans ce futur emplacement, Michel Bérard aimerait « développer encore plus l’auto-réparation pour permettre aux gens de venir gérer leur véhicule ici », avec un espace dédié. Le bénévole en est convaincu : « C’est la clé pour faire des économies ». ♦

 

Bonus

  • Et ailleurs ? Des garages solidaires comme celui des Mécanos du cœur existent un peu partout à travers la France. Ces structures sont assez difficiles à repérer car elles fonctionnent souvent en réseau local. Le site Self Garage en recense toutefois plus d’une centaine, mais cette liste est loin d’être exhaustive.

On trouve assez logiquement ces associations dans les grandes métropoles, mais aussi dans des villes plus petites. De l’une à l’autre, les services proposés peuvent varier. Ainsi à Digne-les-Bains, dans les Alpes-de-Haute-Provence, Hydrostar est un centre de lavage où il est possible de louer un pont et des outils. A l’Isle-sur-la-Sorgue, dans le Vaucluse, Garage Auto Self Entretien dispose de prestations plus nombreuses et le garage prend également en charge les motos.

En région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Self Garage liste dix garages solidaires. On en trouve trois dans les Bouches-du-Rhône et dans le Var, mais un seul pour chacun des autres départements.

 

  • La chronologie des Mécanos du cœur

1998 : Création de l’association

2000 : Création d’un garage participatif d’aide à la réparation

2004 : Embauche d’un conseiller mécanique en contrat emploi solidarité (CES), transformé en contrat emploi consolidé (CEC) pour encadrer bénévoles et bénéficiaires, organiser les réparations, assurer le lien avec les garages partenaires.

2005 : Installation dans un local plus grand suite à la forte augmentation de la demande.

Juin 2005 : Acquisition d’un pont élévateur grâce à un prêt de l’association l’Escarcelle. Indispensable pour des raisons de sécurité et d’efficacité

Sept. 2005 : Ouverture d’un atelier participatif deux fois par mois, ouvert à tous

2006 : Cours de mécanique dispensés une fois par mois par un bénévole pour 20 stagiaires

Mai 2007 : Embauche d’une mécanicienne professionnelle

2008 : Assurance professionnelle du garage et achat d’outils permettant d’augmenter le champ de réparations, puis adoption d’un barème de prix tenant compte des revenus des adhérents

2010 : Trophée dans la catégorie « Économie Solidaire » du journal La Provence

2011 : Embauche d’un responsable de garage et d’un aide mécanicien à temps partiel

2015 : Transformation des contrats salariés en CDI ; augmentation à temps plein du poste de responsable de garage

2016 : Projet de développement : création d’un 2e poste de travail ; obtention de l’agrément « Chantier d’Insertion ».

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