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Les Napoléons, le réseau social qui mixe partage d’idées, inclusion et business

Par Nathania Cahen, le 15 juillet 2019

Journaliste

Un brin utopiques, un chouia élitistes, les Napoléons misent sur la collaboration et le partage d’idées pour inspirer l’innovation et changer le monde, en mieux. Leur 10e sommet s’est tenu à Arles, avec une belle affiche de têtes bien faites qui dissertera sur le thème de la transmission.

Quand on écrit pour un média qui s’appelle Marcelle, on ne se formalise pas qu’un réseau social ait choisi de s’appeler Les Napoléons ! « Un nom marketing mais aussi un nom mémorisable qui dit la France et l’audace, qui crée du débat entre ceux qui considèrent que c’était un personnage belliqueux et ceux qui retiennent un grand innovateur. L’ambivalence, le débat et la conversation composent la personnalité de notre pays », décrypte Mondher Abdennadher, un des cofondateurs.

 

Les limbes
Les Napoléons, le réseau social qui mixe partage d’idées, inclusion et business 1
Olivier Moulierac et Mondher Abdennadher

À l’origine des Napoléons, deux quinquagénaires, amis de longue date puisqu’ils ont fait ensemble leurs armes dans la pub chez RSCG (aujourd’hui Havas), dans les années 80. Olivier Moulierac persévérera dans ce domaine. Mondher Abdennadher aura lui un parcours de « serial entrepreneur » doublé d’engagements associatifs.

La sinistrose des années 2013-2014 les met aux prises de questionnements communs. Sur la marche de nos sociétés, l’égalité des chances selon les origines et le sexe, la défiance, le regard des autres, les bouleversements liés aux nouveaux usages, l’échec de la mixité sociale…

 

Un labo collectif

Le projet que ces occasions manquées leur inspire repose sur deux principes : s’intéresser à l’autre et casser le dogme du non-profit. « On peut être fidèle à toutes ces valeurs en créant de la valeur, considère le tandem. Car l’univers de l’entreprise constitue un vrai levier de transformation de ce monde, mais aussi un organe de réflexion. C’est enfin le lieu où la majorité d’entre nous passons le plus clair de notre temps ».

L’idée est aussi, plus largement, de faire advenir un projet construit collectivement et non dicté d’un en-haut déconnecté. De réfléchir à l’innovation : « Laquelle ? Pour quoi faire ? Trop techno-centrée jusqu’alors, il faut la traduire en valeur, en usage concret et humain ». Les membres des Napoléons en coproduisent les contenus, travaillent comme dans un labo collectif.

 

N’est pas Napoléon qui veut

Les Napoléons, le réseau social qui mixe partage d’idées, inclusion et business 3On ne rejoint pas le réseau des Napoléons comme on s’inscrit sur Facebook ou LinkedIn. Ce réseau social compte aujourd’hui 3 200 acteurs qui ont été cooptés et forment une « académie ». Et 80 000 autres qui interagissent avec les contenus créés par les premiers. « La cristallisation a été rapide », se réjouit Mondher Abdennadher. Le réseau est très hybride, diversifié : on y trouve des chercheurs, des académiciens, des religieux, des chefs d’entreprise, des médias, des philosophes… « Tous ont un engagement en lien avec ce que l’on veut défendre, précise encore le cofondateur. Plus de silo, d’autarcie, de verticalité. Mais l’envie de s’ouvrir aux autres. »

Deux fois par an, les Napoléons organisent un « meet-up », rendez-vous de prestige qui se tient à Val d’Isère l’hiver et à Arles l’été. Pourquoi là ? « Pour que ces journées se passent à la Française, dans un village ou une petite ville de plain-pied, un peu cocon, propices au lâcher prise et significatifs pour nos invités étrangers. » Et sur Arles en particulier : « C’est une ville incroyable, qui mêle histoire et patrimoine à beaucoup de modernité, qui vibre. Il y a une charge émotionnelle et une aura très fortes. » À telle enseigne qu’une Villa Napoléon s’installera d’ici deux ans dans l’ancienne école Portagnel, toute proche des arènes. Un tiers-lieu qui sera hybride et polyvalent, où accélérer l’innovation et accompagner la transformation pour les organisations

 

De Nadia Sammut à Barack Obama
Les Napoléons, le réseau social qui mixe partage d’idées, inclusion et business 4
Nadia Sammut @Anne-Claire Herault

Ces 17 et 18 juillet, entre 450 et 500 membres de la communauté se presseront donc dans les rues de la jolie cité provençale. Et près d’une quarantaine prendra la parole pour évoquer à sa façon la Transmission. Parmi eux, des noms très connus : d’anciennes et un nouveau ministre de la culture (Françoise Nyssen, Audrey Azoulay et Franck Riester), la secrétaire d’État en charge des personnes handicapées (Sophie Cluzel), une ancienne ministre de la Justice (Christiane Taubira), la maire de Paris (Anne Hidalgo), la rabinne la plus populaire de France (Delphine Horvilleur), la romancière Leïla Slimani…

Nous avons repéré trois « locaux » : le directeur du Camp des Milles, Cyprien Fonvielle à qui Marcelle a déjà consacré un article, l’ambassadrice de la cuisine libre, Nadia Sammut, à qui Marcelle a également consacré un article. Et Sam Stourdzé, directeur des Rencontres de la photo d’Arles, dont Marcelle ne saurait manquer de parler un de ces jours.

Les éditions passées n’étaient pas en reste. Le coup d’éclat des Napoléons a été de réussir à faire venir Barak Obama à Paris en décembre 2017.  Mais les moments forts s’empilent aujourd’hui. Cet hiver, Pierre Foldès, le chirurgien qui répare les clitoris a secoué son auditoire. Un an plus tôt, Delphine Horvilleur avait ému aux larmes en évoquant la peur.

 

La transmission

Après le pouvoir, l’engagement, la peur, la vérité ou le progrès, la transmission est à l’ordre du jour. Ce thème sera envisagé sous de multiples facettes : les technologies, les usages, les valeurs, l’expérience… « Nous choisissons toujours des thèmes larges, à même d’inspirer tout le monde et de susciter des contributions très différentes. Pour ouvrir au maximum le champ de la conversation. Pour qu’un lien entre le sens et l’usage soit toujours possible. Avec la transmission, nous parlerons héritage, data, histoire, valeurs, mémoire, éducation… », s’explique le duo. Pas de quête frénétique de retombée ou de résultats. Les Napoléons s’inscrivent dans le soft power, créer de la valeur en respectant un certain nombre d’autres valeurs. Faire la preuve ensemble. Mettre en confiance. Mettre en lien.

 

L’expérience Napoléons de Raphaël Liogier

Les Napoléons, le réseau social qui mixe partage d’idées, inclusion et business 2Le sociologue et philosophe marseillais était au nombre des speakers invités (non payant) lors de l’édition de l’hiver dernier. Je lui ai demandé de quoi cela avait l’air : « C’est comme une maison d’édition où des têtes d’affiche prestigieuses sont le produit d’appel et vont financer la prise de risque pour ceux qui tiendront des propos disruptifs. Le principe est à la fois de faire du réseau et de créer du débat. Des chefs d’entreprise et des cadres supérieurs brainstorment avec nous les intellos, économistes, philosophes, sociologues…, qui sommes les passeurs ».

Il range les participants dans trois catégories : « les pragmatiques présents par intérêt, ceux qui sont là pour prendre du bon temps et ceux qui sont en quête de sens et de solutions pour sortir de la neurasthénie ambiante ». J’ai ensuite posé à Raphaël Liogier* la question de l’utilité : « Il existe un désir collectif d’agir. Seulement les Napoléons sont plus un symptôme du désarroi actuel qu’une réponse structurée. Des idées surgissent, des rencontres positives ont lieu, il se passe quelque chose. Cependant, l’horizon de cette manifestation n’est pas tout à fait stabilisé, ne s’écrit pas encore de façon durable. Certains en parlent comme d’un petit Davos à la française, mais pour tenir la comparaison, il faudrait que la destination des contenus soit plus explicite et qu’un suivi soit assuré ».

 

Soft power

Les patrons des Napoléons ne s’en cachent pas : « Il se crée du business chez nous. Et même parfois des mariages ». La valeur des tickets d’entrée reste confidentielle. Mais on lit bien sur le site que le pass pour le sommet de cette semaine vaut 2 650 euros – oui, quand-même. « Beaucoup de chefs d’entreprise du réseau n’ont pas besoin de nous pour être visibles mais sont sincèrement engagés sur des thèmes. Les Napoléons leur sont utiles, pour eux-mêmes, leurs collaborateurs, la transformation de leur entreprise, la mise en lien avec les activistes ». Et Mondher Abdennadher de préciser : « C’est une opportunité pour nous aussi, car souvent ce sont des champions de leur métier, qui nous donnent des clés de compréhension, font part de réflexions pointues ».

Les Napoléons ont 5 ans, et ce 10e sommet est un point d’étape important. En plus de la Villa Napoléons, l’idée est d’ouvrir plus largement le réseau, vers l’Europe, l’Afrique, et tenir bientôt un sommet hors de nos frontières. Dès 2020 si tout va bien. ♦

 

* à paraître en septembre, « Manifeste métaphysique », co écrit avec Dominique Quessada. Éditions Les Liens qui libèrent.

 

Bonus
  • Le pass. Il coûte cher, mais il y a d’heureux invités : une cinquantaine de jeunes de moins de 15 ans, des associatifs, activistes, et des élus de la région.

 

  • Les allocutions sont enregistrées et partagées : vidéos, podcasts, synthèses écrites et ITW en format court sont partagés sur le site et les autres réseaux sociaux.

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