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Marguerite change les règles

Par Raphaëlle Duchemin, le 8 mars 2022

Journaliste

Distributeur de protections hygiéniques installé en entreprise @Marguerite & Cie

Il n’existe pas de chiffres officiels mais elles seraient en France entre 1,5 million et 2 millions de femmes à ne pas avoir les moyens de s’acheter de protections hygiéniques. Pour régler la question de la précarité menstruelle, Gaële Le Noane a créé Marguerite & Cie. Dans ses distributeurs, la Bretonne met gratuitement tampons et serviettes bio à disposition de celles qui en ont besoin.

 

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Gaële Le Noane, fondatrice de Marguerite & Cie

Rien ne la prédestinait à se lancer dans l’entrepreneuriat : Gaële Le Noane a été orthophoniste pendant 18 ans en neurologie et en cancérologie. Mais en 2017, une étude de la direction générale de la concurrence et de la répression des fraudes la scandalise ; celle sur la composition des tampons et des serviettes hygiéniques. La Bretonne voit rouge quand elle comprend que les produits que les femmes utilisent une fois par mois pendant 20, 30 ou 40 ans sont bourrés de substances toxiques et blanchis au chlore.

Pas question pour elle de rester les bras croisés, elle commence donc à creuser la question pour trouver un fabricant de produits naturels. Mais elle va vite déchanter :  en France personne ne s’est positionné sur ce marché. C’est finalement à Brighton outre-Manche qu’elle va tomber sur la perle rare. Suzie Hewson a elle aussi fait le même constat et créé Natracare en 1990. La rencontre scelle le début d’un partenariat.

 

130 000 jeunes filles sèchent les cours aujourd’hui encore en France pendant leurs règles.

 

Marguerite & Cie : de la box au distributeur

Changeons les règles
Box Marguerite & Cie

Gaële rentre en France avec l’intime conviction qu’il faut agir : elle crée Marguerite & Cie. « Pour la fleur qui pousse dans les champs mais aussi pour toutes les femmes qui portent ce prénom et que j’admire », dit- elle. Son objectif ?  Non seulement proposer des protections plus saines pour les femmes. Mais aussi trouver un système pour que celles qui subissent la précarité menstruelle puissent être aidées.

Elle commence par proposer des box solidaires avec à l’intérieur des produits bio et biodégradables qu’elle fait venir de Grande-Bretagne. Le principe est simple, pour une box achetée une autre est offerte à une association. Mais très vite elle se dit qu’il faut voir plus grand : « J’ai passé beaucoup de temps à crayonner explique-t-elle pour dessiner des prototypes, les imaginer en bois, en carton », et puis un jour elle a l’idée d’un distributeur « comme pour le café. »

Reste à trouver l’argent. Gaële frappe aux portes et finit par décrocher un prêt de 40 000 euros qu’elle ajoute à ses 4500 euros de capital pour débuter l’aventure ; le bouche- à-oreille fait le reste.

 

 

Une solution efficace discrète et plébiscitée

Marguerite change les règles
Distributeur collectivités @Marguerite & Cie

Très vite, autour de chez elle, dans le Finistère, près du Guilvinec à Lesconil, l’intérêt grandit : « en décembre 2019, on a des collèges qui nous réclament le système et on gère très vite une quarantaine de demandes ». Gaële installe ces premiers distributeurs, de grosses boïtes bleues qui s’ouvrent à l’aide d’une clef « comme une boïte à lettres » et sur lesquelles un hashtag rouge et blanc annonce la couleur : changeons les règles.

Si le produit a été imaginé de la manière la plus simple et la plus pratique, c’est pour qu’il soit adopté dans un maximum de lieux. « Il faut que ce soit aussi facile que de changer un rouleau de papier toilette » dit-elle. Mais rien n’a été laissé au hasard pour autant concernant les recharges « j’ai breveté le système de cartouches pour que ça ne se remplisse pas à la main », précise Gaële qui fait tout conditionner par des ESAT : un au départ puis très vite trois, dont deux dans le Finistère et un dans le Val-d’Oise.

 

Un développement express

Tampons applicateurs
Tampons applicateurs certifiés bio @Marguerite & Cie

La petite entreprise a connu un développement express : « les clients viennent nous chercher », constate Gaële qui a dû en urgence, face à la demande, embaucher 15 personnes pour faire grandir Marguerite & Cie.

« On a même un problème d’hypercroissance », reconnait-elle : « en 2021 on a fait 1 million 400 000 euros de chiffre d’affaires et on prévoit de faire 4 millions cette année dit-elle », avant de lancer en riant : « tout ça pour qu’à la fin y ait des meufs qui aient des tampons et des serviettes, c’est pas mal non ? »

C’est tellement pas mal que tout le monde s’y met : les établissements scolaires bien sûr. Mais aussi les mairies, les bibliothèques, les centres communaux d’action sociale. « Même les entreprises de nettoyage nous contactent et veulent avoir nos distributeurs dans leurs catalogues ». Il faut dire que jouer les intermédiaires serait pour eux une véritable source de profit.

 

Au total, ce sont trente villes équipées de 2000 distributeurs Marguerite & Cie (carte ici). Et plus de deux millions de protections fournies gratuitement aux femmes.

 

Budget café et objectif gratuité

Marguerite change les règles 2
Capsule distributeur entreprise @Marguerite & Cie

D’ailleurs, le secteur privé ne s’y est pas trompé. « Depuis octobre – explique Gaële – on a créé un système spécial entreprise baptisé Capsule ». Mis en place pour 90 euros à la location ou 230 euros à l’achat, le coût de revient du distributeur pour la structure s’élève à deux euros par mois et par femme. « C’est là que je perçois vraiment le changement de regard et de mentalité », explique la créatrice. Car quand se pose la question du coût pour la structure, Gaële a un argument imparable. « C’est quoi ton budget café ? Le gars finit toujours par me dire si je comprends bien tu nous demandes de t’aider à changer la société. »

C’est d’ailleurs ce qu’elle fait aujourd’hui puisqu’elle travaille sur un développement à l’international. Et qu’elle est même en tractation avec Accor. Le groupe lui a en effet demandé de sortir un kit spécial pour les hôtels.

Et Gaële ne compte pas s’arrêter là : « c’est une mission pour moi- dit-elle- je travaille aussi avec l’Assemblée Nationale et le Sénat et je vais aller voir les candidats pour savoir ce qu’ils comptent faire pour la gratuité. » ♦

 
* Le FRAC Provence accompagne la rubrique société et vous offre la lecture de cet article *

Bonus

[pour les abonnés] Protections Marguerite & Co : une composition clean et respectueuse

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