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La stratégie de Color Foods pour réduire son impact environnemental

Par Maëva Gardet Pizzo, le 26 avril 2022

Franck Vergez, responsable RSE, sur les toits photovoltaïques de Color Foods. @ColorFoods

Dans le 16e arrondissement de Marseille, l’entreprise familiale Color Foods transforme et conditionne des fruits secs importés de diverses régions du monde. Depuis longtemps soucieuse de la qualité de vie au travail de ses salariés, elle se penche en 2018 sur l’impact qu’elle exerce sur l’environnement. En découlent une série de mesures concrètes concernant la gestion des déchets ou l’énergie. Des actions qui permettent de réduire certains coûts, de renforcer le moral des équipes. Et de préparer l’avenir.

 

Color Foods n’est pas une de ces startups qui inondent les réseaux sociaux à coup de renversantes innovations. Il ne s’agit pas non plus d’une de ces greentech, nom anglais désignant les entreprises qui conçoivent des technologies visant à pallier les dérèglements climatiques. Ou encore le déclin de la biodiversité.

Non, Color Foods est une entreprise à laquelle le terme de traditionnelle sied à merveille. Née en 1947, elle a pour cœur de métier l’import, la transformation et le conditionnement de fruits secs. 

On les retrouve dans la grande distribution sous les marques Sun, la Favorite et les Fadas. Marques qui ont fait de cette PME de 80 salariés l’acteur français numéro 2 sur le marché des fruits secs (bonus). Acteur qui, bien que traditionnel, s’intéresse aux enjeux de son époque. Et se pose des questions sur son impact.

 

À Marseille, la stratégie d’une industrie agro-alimentaire pour réduire son impact environnemental
C’est à travers ses trois marques disponibles en grande distribution que l’entreprise est connue du grand public : Sun, La Favorite et Les Fadas. @CF

Remise en question écologique

« On a toujours fait de la RSE [responsabilité sociétale des entreprises, ndrl] sans le savoir », assure Franck Vergez, qui en est chargé. Au départ, cette responsabilité concerne essentiellement l’impact de l’entreprise sur la vie de ses salariés. « En tant que chefs d’une entreprise familiale, nous avons toujours été proches d’eux. Toujours prêts à les aider pour qu’ils se sentent bien ». Quitte à les dépanner en cas de soucis d’argent ou de logement. « Nous avons aussi automatisé certaines étapes de production pour réduire la pénibilité. Et nous veillons à créer de la convivialité avec des sorties, des activités partagées… »

Mais en 2018, l’entreprise veut aller plus loin dans sa politique RSE en se penchant cette fois sur son impact environnemental. « Notre génération n’a pas été sensibilisée aux enjeux environnementaux, reconnaît Franck Vergez. On nous a appris à tout jeter à la poubelle sans se poser de questions. On a pollué sans faire attention ». Mais en 2018, il fait la rencontre d’une jeune recrue très soucieuse du respect de l’environnement. Un déclic. « Sa rencontre a titillé ma conscience. Je me suis rendu compte qu’il fallait nous remettre en question. Elle avait les idées. Et moi, en tant que membre de la direction, j’avais les possibilités de les mettre en œuvre ».

 

Une douzaine de familles de déchets triés

Emballages, électricité, eau, approvisionnement… les chantiers potentiels sont nombreux. Mais c’est par les déchets que Color Foods entame sa transition écologique.

« Au début, nous nous sommes attaqués aux déchets industriels banals, c’est-à-dire tout ce qui n’est ni du plastique ni du carton. Nous avons réduit de 80% leur volume ». Ce qui a permis de générer des économies. « Nous n’avions plus besoin de louer de composteur pour ces déchets ». Dans le même temps, grâce à l’installation de poubelles de tri à tous les postes de travail et l’attention accrue des salariés vis-à-vis de la production de déchets, le volume de l’ensemble des déchets a chuté de 30%.

Et pour traiter ceux qui restent, Color Foods identifie des acteurs en mesure de les valoriser. « Nos déchets alimentaires sont traités dans une usine qui produit de l’alimentation animale par exemple. Pour le bois, nous nous appuyons sur un réseau local d’entrepreneurs qui confectionne des palettes ». L’entreprise fournit également ses mégots à l’entreprise d’insertion Lemon Tri. « Au départ, cinq types de gisements étaient triés. Aujourd’hui, ce sont dix à douze types de déchets qui sont traités différemment ».

 

Lire aussi : Comment Lemon Tri dope l’insertion sociale grâce au recyclage

 

À Marseille, la stratégie d’une industrie agro-alimentaire pour réduire son impact environnemental 3
La transformation de fruits secs est une activité gourmande d’eau, de gaz et l’électricité. D’où l’importance de réduire leur consommation @DR

100% d’électricité verte

Color Foods s’attelle ensuite à commander un audit sur sa consommation d’électricité. Pour ensuite la réduire. L’enjeu important. L’entreprise « consomme beaucoup d’électricité, d’eau, de gaz. Nous avons du froid mais aussi des machines à air comprimé qui consomment beaucoup d’énergie ».

Pour ce faire, elle mise sur des petits actes comme le choix de leds pour ses luminaires. Un choix à l’origine d’une réduction de 10% de la consommation d’électricité.

En parallèle, Color Foods s’engage dans des actions de plus grande ampleur, comme l’installation de panneaux photovoltaïques sur son toit (bonus). Ce qui lui permet d’utiliser désormais « à 100% de l’électricité verte ».

 

Repenser l’emballage

Autre sujet majeur : les emballages dans lesquels l’entreprise commercialise ses fruits secs. « Nous travaillons sur des complexes papiers. Avec 55% de papier. Le reste est composé de plastique que l’on peut mettre dans la poubelle de tri. Mais on ne peut pas être sûrs qu’il sera recyclé à 100% ». Et s’agissant d’agroalimentaire, le plastique demeure souvent nécessaire pour assurer une conservation longue durée des produits.

Alors pour faire mieux, les équipes en charge de la recherche et développement ont mis au point un plastique mono-matériau qui a la vertu d’assurer une conservation optimale du produit tout en étant recyclable à 100%. Pour un impact carbone moindre en fin de vie du produit. « Nous avons commencé à utiliser ce matériau dès cette année pour nos trois marques. Le défi est désormais de convaincre nos clients de la grande distribution ». Notamment pour ce qui concerne les produits transformés par Color Foods mais présentés sous les marques des enseignes de grande distribution.

 

Des obstacles et des vertus

Convaincre. Voilà qui est essentiel. Notamment vis-à-vis des salariés de l’entreprise. Tri des déchets au quotidien. Prise en compte de l’impact environnemental de l’achat à tel ou tel fournisseur. Lourds travaux pour l’installation des panneaux photovoltaïques… Opérer une telle transition est « long et parfois difficile », admet Franck Vergez. « Mais ma position en tant que membre de la direction m’a permis de tenir. Et aujourd’hui, les choses commencent à prendre ». Et à porter leurs fruits.

L’entreprise est ainsi parvenue à réduire une partie de ses dépenses. 5000 euros économisés chaque année sur l’électricité. Entre 2000 et 3000 euros pour les déchets. Mais l’intérêt de la démarche ne se limite pas à cela. 

« Moralement, la RSE fait beaucoup de bien en véhiculant des valeurs de respect de l’autre, de bienveillance entre nous… ». Ces actions sont aussi une manière de donner du sens au travail. Chose que recherchent particulièrement les jeunes générations. « Pour recruter, la RSE aide. Nous avons par exemple embauché en recherche et développement une jeune femme qui est venue à nous car nous étions plus engagés que l’entreprise pour qui elle travaillait auparavant ».

 

À Marseille, la stratégie d’une industrie agro-alimentaire pour réduire son impact environnemental 1
Après avoir changé ses pratiques et réduit son impact environnemental, Color Foods veut désormais convaincre ses clients et fournisseurs d’en faire autant. @DR

Un bilan carbone qui peut progresser encore

Poursuivant sur sa lancée, Color Foods s’est engagée dans la réalisation de son bilan carbone. Une démarche longue, fastidieuse. Mais nécessaire : « J’ai la conviction qu’un jour, on aura sur chaque produit un score carbone. Ce qui relève aujourd’hui du volontariat deviendra une obligation. On peut choisir de se dédouaner en plantant des arbres. Mais j’ai plutôt envie de voir ce que l’on peut faire pour réduire notre impact ».

Si l’entreprise a déjà beaucoup fait en interne, elle sait aussi que c’est en amont, au moment de la culture des fruits, que son impact carbone est le plus fort. « Nous devons convaincre nos fournisseurs de faire évoluer leurs pratiques. En Californie par exemple [grande productrice d’amandes, ndlr], on souffre beaucoup du manque d’eau. Limiter la consommation d’eau et de pesticides peut générer des économies sur le long terme. En évitant de tuer la poule aux œufs d’or ».

Quant aux clients – les enseignes de grande distribution- ils peuvent aussi agir. « En commandant moins souvent, mais plus à la fois par exemple. Ils sont par ailleurs observés par les consommateurs qui attendent d’eux qu’ils fassent réellement ce qu’ils disent. Regardez le bio, la grande distribution s’y est mise car les consommateurs l’y ont poussée ».

Car au-delà du probable durcissement à venir des règles relatives au respect de l’environnement, le consommateur joue un rôle majeur. Souvent précurseur. Et éminemment politique.

 

À quoi peut ressembler une start-up sociale ? 5

 

*RushOnGame, parrain de la rubrique « Économie », vous offre la lecture de l’article dans son intégralité *

 

Bonus

[pour les abonnés] Une entreprise familiale – Le choix du photovoltaïque en deux étapes – Vers un label PME+

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