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Miki Nectoux, un Écotrouvetout du design

Par Nathania Cahen, le 3 juin 2022

Journaliste

Le camion démonstrateur de Miki Nectoux fait également office de labo ©Milvi

À Arles, l’association Milvi cherche des solutions aux maux de la planète. Miki Nectoux imagine ainsi des objets nés de plastique recyclé ou façonnés dans la terre. De la vaisselle recyclable plutôt que du carton neuf pour les ventes à emporter. Avec, en ligne de mire, l’objectif zéro déchet.

Milvi, comme les 1000 vies que certains objets pourraient connaître. Et presque autant d’expérimentations de la part d’un jeune architecte designer, Miki Nectoux. Par la force des choses, son matériau de prédilection est le plastique. La planète n’en manque pas et les poubelles en regorgent. Alors il a mis sur pied des ateliers de sensibilisation et de recyclage, avec un partage des pratiques en open source. Le projet a été baptisé PPP, pour Precious Plastic Provence.

« Il faut arrêter le plastique, mais que faire du gisement existant qui traîne partout et qui pollue ? Il ne va pas disparaître du jour au lendemain ! », expose le jeune homme en préambule.

 

Montrer et expérimenter pour éduquer

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Ateliers de sensibilisation sur la problématique du plastique ©Milvi

Pour tendre vers l’éradication du plastique, Milvi a plusieurs solutions. C’est d’abord de l’éducation, dispensée avec un sacré allié technologique : une remorque de 5 mètres de long (don de la boucherie Perez) équipée de toutes les machines utiles au recyclage du plastique : une scie à rubans pour débiter les gros morceaux, une déchiqueteuse pour les transformer en copeaux, une presse et un four pour modeler des plaques, une extrudeuse-injecteuse pour l’introduire dans des moules.

La caravane se déplace dans les écoles, entreprises et marchés de Provence. Une Provence élargie, qui s’étend même jusqu’à Montpellier. Les interventions peuvent se faire avec des partenaires, comme Sauvage, qui fabrique des bijoux fantaisie à partir des déchets recrachés par la mer.

 

Des prototypes de seaux, frisbees…

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Quelques prototypes d’objets en plastique recyclé @Marcelle

Installée sur le site de POP (relire notre article sur la Plateforme Ouverte au Public), à Arles, le camion démonstrateur fait également office de labo. « On cherche à fondre tout ce qui existe, explique Miki Nectoux. Pour imaginer des débouchés, des produits qui pourraient être développés – cendriers, frisbees, seaux pour les tournées de collecte de déchets… » Il regrette que tous ses appareils fonctionnent à l’électricité, aimerait passer au solaire pour être en autonomie, même en rase campagne. Il rêve aussi de développer le rotomoulage qui permettrait la fabrication de grandes pièces. « On pourrait en tirer des tutos pour la communauté Precious Plastic. Des écosystèmes africains pourraient notamment s’en servir ».

Sur place, rarement seul, Miki Nectoux est régulièrement rejoint par des stagiaires, des bénévoles, des étudiants en design…

 

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Le plastique, matière à œuvre d’art

Son atelier est également ressource pour des productions artistiques ou des recherches techniques. Un partenariat a été noué avec Plastic Art Fair : l’association Wings of Ocean organise un ramassage. Milvi fait le tri (par couleur, texture…) et fond ce matériau pour en faire don à ce collectif de Saint-Tropez qui crée des œuvres plurimedias. Des vinyles et des cassettes ont même été broyés à la demande d’un artiste libanais. Dans un autre style, des tasseaux ont été fabriqués pour des artisans.

 

Une alternative aux contenants plastiques

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Du verre, plutôt que du carton ou du plastique. Même pour le take-away ! © Dinette

Milvi ne se focalise pas sur le seul recyclage. Le projet « Dînette » s’intéresse davantage au zéro déchet et à la consigne. Il s’inscrit dans le contexte loi Egalim et la mouvance vente à emporter. Et appartient au réseau national Impec, déjà fort de dix implantations (lire bonus). Pour lutter contre les contenants jetables en plastique (plusieurs tonnes de déchets annuels dans les poubelles des restaurateurs), l’idée est de les remplacer par de la vaisselle en verre, réutilisable et très solide (pour un maximum de cycles).

Depuis six mois, une dizaine de restaurants d’Arles (comme Le petit Arles ou le Bazar Café…) mais aussi le Balagan à Marseille ainsi qu’une centaine de particuliers ont adopté Dînette et son appli (localiser les boîtes, connaître ses avoirs). « Un service clé en main, pas besoin d’acheter de vaisselle, nous assurons l’approvisionnement et la médiation », précise Miki Nectoux. D’ici l’automne, une prestation lavage devrait être proposée sur le site de POP. « Plus simple quand le zéro déchet sera la norme. De plus, de nombreux restaurants arlésiens ont leur cuisine à l’étage, cela les soulagera ». Une solution de lavage mobile, adaptée à l’événementiel et aux marchés, est à l’étude. Ainsi qu’une boîte à pizza et une boîte à burger réutilisables, en inox.

 

Du mobilier en terre crue, un habitat d’urgence

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Le travail sur la terre crue, en cours d’expérimentation ©mobiterre

Architecte et designer de métier, Miki Nectoux planche par ailleurs sur une marque de mobilier en terre crue, « mobiterre ». Une idée née de la rencontre avec l’artiste Rachid Mizrahi : une fabrication artisanale, saine, avec un faible impact environnemental. Un matériau facile à sourcer, qui se désagrège sans résidus. Mais avec lequel on est encore peu familier. La première collection décline lampe, tabouret, étagère et table basse.

Autre sujet d’étude, une habitation à l’architecture modulaire, s’inspirant de Jean Prouvé, d’où son nom, « Maison Jean ». « Une armature facilement montable et démontable dans l’esprit architecture d’urgence. À partir de bois seconde main, une ressource recyclée ». Les dessins sont prêts, attendent le prototype… Mais aussi des éditeurs. Car la fabrication a un coût que Milvi n’est pas en mesure d’assumer. ♦

 

Nos soutiens 9parraine la rubrique « Environnement » et vous offre la lecture de cet article *

 

Bonus

[pour les abonnés] – Les soutiens de Milvi – Le collectif Impec –

  • Les soutiens. Milvi joue la carte des partenariats, mais déplore un manque de soutien localement. Hormis celui de POP. L’association est néanmoins suivie par l’Ademe (agence de la transition écologique) et l’ARB Sud (agence régionale de la biodiversité). Des partenariats se nouent, avec une structure comme Incassable à Marseille, notamment. L’association Les Petits Débrouillards lui livre régulièrement du plastique.

 

  • Le collectif Impec. Né en avril 2021, le collectif Impec regroupe des acteurs de la consigne en France et à l’international. L’objectif est de promouvoir et de développer le réemploi (économies d’énergie, d’eau et d’émission de gaz à effet de serre), afin de faciliter le passage vers le zéro déchet.

Pour cette communauté d’acteurs bienveillants, transparence et mutualisation des ressources sont les maîtres mots. Impec est présent sur 10 sites de l’hexagone (voir carte) qui fédèrent aujourd’hui 85 restaurants partenaires – soit 27 713 repas servis dans des boîtes réutilisables et 832 kilos de déchets évités !

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Le réseau Impec

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