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Nage en eau froide : sport à risque ou thérapie ?

Par Olivier Martocq, le 12 janvier 2023

Journaliste

Samedi 7 janvier 2023, départ des 500 mètres de la Traversée de la Corniche, à Marseille ©Marcelle

La natation en mer a été le sport tendance des vacances de Noël sur le littoral. Les températures printanières ont incité les audacieux à se mettre à l’eau. Reste la question du bénéfice/risque de cette pratique pour la santé, car peu d’études existent. Un médecin marseillais, Nicolas Iconomidis, publie à compte d’auteur un livre passionnant sur la question. 

 

Le Premier de l’an donnant lieu dans la plupart des villes côtières au traditionnel bain de mer, je suis allé en amont faire un reportage sur les « Givrés » du Cercle des Nageurs de Marseille (CNM). Des hommes et des femmes âgés de 25 à 85 ans qui pratiquent la natation en mer toute l’année, sans combinaison. Depuis, je fais comme eux (sauf quand la mer est déchaînée ou remplie de méduses).

 

Une pratique addictive !

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Les Dr Nicolas Iconomidis et Clara Souchon ©OM

On reconnaît les pros à leurs bonnets de bain aux couleurs vives. « Ça permet d’être visible, mais surtout ça protège un peu la tête du froid », explicite Maxime Lieutaud. Ce cadre avoue que le télétravail lui permet de se mettre chaque jour à l’eau. « C’est devenu une addiction. J’ai besoin de ce rendez-vous parce qu’après, je me sens bien durant six à huit heures. Je n’ai jamais rien ressenti de tel dans aucun sport », avoue ce sportif de 44 ans.

Même sensation pour Ara Khatchadourian qui lui aussi nage en mer tous les jours de l’année. À 56 ans, ce sportif de haut niveau qui a gravi l’Everest, couru de Marseille à Erevan pour attirer l’attention sur la situation en Arménie et s’apprête à longer la Méditerranée à la rame en avril pour relier Marseille à Beyrouth, est persuadé des bienfaits de cette nage quotidienne. « Quand l’eau est en dessous de 15°C, les premières minutes sont difficiles. On est tétanisé, ça pique. C’est après, dans les heures qui suivent la sortie que se produit un sentiment de bien-être. Et puis ça immunise, on n’est jamais malade », assure-t-il.

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Pas d’hésitation ! ©OM

Cette dernière affirmation est une constante chez les « Givrés du CNM », y compris ceux qui, comme Clara Souchon, gravitent dans le monde de la santé. Pharmacienne, âgée de 30 ans, elle nage tous les jours entre 10 et 20 minutes. « Il n’y a rien de scientifiquement prouvé, je constate pourtant qu’alors que je suis confrontée du matin au soir dans l’officine aux virus très virulents qui circulent actuellement, je ne les attrape pas. C’est mon médicament à moi ! ».

 

Thérapie physique et mentale

Nage en eau froide : sport à risque ou thérapie ? 1Effet placébo ? Immunité réelle ? Il existe de fait peu d’études en France sur le sujet. Nicolas Iconomidis, médecin et lui-même nageur en eau froide depuis 30 ans a publié cette année, à compte d’auteur, l’ouvrage « Nager en eau froide, bénéfices et risques pour la santé« . « Ça reste une étude sur un petit échantillon qui nage en Méditerranée, rarement ­au-dessous de 12°C, prévient-il. Je l’ai toutefois enrichie avec de nombreux articles scientifiques britanniques et norvégiens ». Conclusion de ce gastro-entérologue de formation : « Les effets sont d’abord psychologiques. En entrant dans l’eau froide, le corps sécrète de la dopamine, de la sérotonine et des endorphines, psychostimulantes. Le système nerveux ­parasympathique est ainsi activé, ­assurant bonne humeur et ­tonicité ».

Spécialisé en médecine maritime, ce passionné considère que l’immunité tout comme la plasticité vasculaire pourraient être stimulées par cet exercice extrême : « Les vaisseaux se contractent à l’entrée dans l’eau puis se relâchent et se dilatent une fois le nageur sorti et ­réchauffé. Or, nous vivons désormais dans une température ambiante à 20°C et ne sommes plus exposés à ces variations thermiques qui aident à prévenir les maladies vasculaires ».

 

♦ (re)lire : Le froid, un ami qui vous veut du bien

 

Comme en course à pied, attention au risque cardiaque

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Mieux vaut faire un bilan médical avant de se lancer © Marcelle

Dimanche 8 janvier avait lieu la « Traversée de la Corniche ». Deux courses en mer sur 1500 et 500 mètres. La dernière épreuve étant réservée à des nageurs en maillot de bain. Comme tout nouveau passionné par un sport, je me suis inscrit. Quelle n’a pas été ma surprise de découvrir l’obligation de fournir un certificat médical. Celui qui vaut pour la pratique de la course à pied y compris le marathon n’est pas accepté. Il a donc fallu retourner chez un médecin – compliqué dans la période actuelle – pour obtenir le précieux sésame. Dans mon cas ce fut rapide, ayant fait une épreuve d’effort en septembre et subi une batterie de contrôles au niveau cardiaque.

Nicolas Iconomidis valide cette précaution des organisateurs : « Ces bienfaits concernent ceux qui pratiquent régulièrement. Or, quelqu’un qui se met brutalement à la natation en mer dans une eau dont la température est inférieure à 15° peut faire un infarctus s’il a une maladie coronarienne ». D’où l’importance de faire un bilan médical avant de se lancer : « Il faut vérifier le cœur, la pression artérielle et les conduits auditifs, qui peuvent en effet être impactés par le froid ». Dernier conseil du médecin, nager avec une montre, calculer un temps de nage et s’y conformer. Plus l’eau est froide, moins le bain doit être long.

 

♦ Lire aussi : Sport sur ordonnance

 

Ice swimming, la pratique extrême 

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Joëlle Brette, championne du monde de 67 ans dans une eau à 0,2°C, en 2020 ©OM

Cette nage en eau glacée venue de ­Scandinavie, très populaire aussi en ­Grande-Bretagne – a des adeptes en France. Les championnats du monde se déroulent d’ailleurs depuis hier et jusqu’à dimanche à Samoëns, en Haute-Savoie. Parmi les participants, des Marseillais qui ont profité de la traversée de la Corniche pour s’entraîner. Dont Joëlle Brette, championne du monde en 2020, à 67 ans, dans une eau à 0,2°C. Elle va tâcher de regagner son titre sur 200 mètres et raconte : « La première impression est une brûlure intense. Ensuite, plus rien ne compte. J’ai mis 4 minutes 18 sur une distance qui aux Jeux olympiques se nage en moins de 22 secondes. Les mouvements ne sont plus ceux du crawl. Le bras va moins loin devant et sous l’eau. Petit à petit les gestes se décomposent. On maîtrise de moins en moins sa nage. »

Pour cette championne qui ne paraît pas du tout son âge, les mots qui reviennent en boucle à l’issue de cette épreuve sont euphorie, plaisir, calme, sérénité.

Dans la même compétition, Laurent Méret est inscrit sur le 1000 mètres. L’objectif de ce coiffeur de profession âgé de 56 ans est de finir dans le temps imparti des 25 minutes. À la sortie de l’eau, l’effet « after drop » aura un impact important sur son organisme. « Pour permettre au sang de circuler normalement dans les membres supérieurs et inférieurs, le corps va fabriquer des tremblements. Ils vont se manifester après ma sortie de l’eau et durer deux ou trois heures ». Lui aussi, depuis son premier bain glacé en 2014, est devenu un accro. Lui aussi est persuadé des bienfaits de ce sport extrême sur son corps et son psychisme.

Difficile de les contredire ; depuis mon expérience du 30 décembre, je partage en effet cette idée fixe de nager en mer. Chaque jour avant l’heure du déjeuner. ♦

* L’AP-HM, Assistance publique des hôpitaux de Marseille, parraine la rubrique santé et vous offre la lecture de cet article *

 

 

 

 

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