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Des passages piétons pour animaux sauvages

Par Agathe Perrier, le 18 mars 2021

Journaliste

Des biches sur un écopont au-dessus de l'A10 © E.Rondeau Vinci Autoroutes

Un chacal doré a été aperçu pour la première fois en Provence, immortalisé par une caméra installée dans un écoduc. Ce tunnel creusé sous l’autoroute permet aux animaux sauvages de la traverser en toute sécurité. Ce type d’ouvrage est désormais obligatoire lors de la construction d’infrastructures rompant la continuité des territoires.

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Le chacal doré pris en photo par la caméra d’un écoduc © DR

Un œil non averti l’aurait pris pour un renard. Mais les experts de la Ligue de Protection des Animaux (LPO) sont formels : c’est bien un chacal doré qui a été repéré par deux fois en novembre et décembre 2020 dans les environs de Salon-de-Provence. Un fait suffisamment inédit pour le souligner : la présence de l’animal n’avait jusque-là jamais été détectée dans la région. « Et on ne s’attendait pas forcément à le voir dans le secteur ! », confie Aurélie Johanet, chargée de programmes Biodiversité Bouches-du-Rhône à la LPO Paca. « Alors qu’il était historiquement cantonné aux Balkans, il étend progressivement son aire de répartition en Europe. Il a été aperçu pour la première fois en France en 2017, en Haute-Savoie ». Après la Provence, c’est dans les Deux-Sèvres qu’il s’est montré. Impossible néanmoins de dire pour le moment s’il s’agit d’un ou de différents individus (bonus).

 

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3 types d’aménagements sous l’autoroute : écoduc, banquette, encorbellement © DR
Un millier de passages sur le réseau Vinci

On doit la découverte de ce chacal doré à une caméra. L’appareil – appelé piège photographique – a été posé dans l’écoduc qui passe sous l’autoroute A7.

Sa fonction : favoriser les déplacements de la petite et moyenne faune. « Si les autoroutes permettent de rejoindre les territoires, elles les coupent aussi. Il faut donc restaurer ces habitats pour que les animaux puissent traverser les infrastructures sans même s’en rendre compte », explique Philippe Chavaren, responsable domaine nature, paysage et dépendances vertes pour Vinci Autoroutes. Via des tunnels ou des ponts. Ces derniers sont reconnaissables car denses en végétation et leurs murs ornés d’images d’animaux.

Sur les 4 443 kilomètres gérés par Vinci Autoroutes, on compte ainsi 1 000 ouvrages permettant le passage des animaux. Certains ont été bâtis spécialement pour eux quand d’autres ont été aménagés dans de l’existant. Des ouvrages hydrauliques ont notamment été dotés de plateformes en béton afin que la faune puisse passer à sec à l’intérieur.

 

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Genette à l’entrée d’un écoduc © Emmanuel Rondeau Vinci Autoroutes
Des mammifères, des reptiles et quelques oiseaux

Les premiers passages à faune en France ont fait leur apparition dans les années 1970. « On parlait alors de passage à gibier. Il s’agissait de grands ponts larges de 8 à 12 mètres, car on ne construisait pas de petits passages. On travaillait essentiellement avec le monde de la chasse à cette époque tandis qu’aujourd’hui on est en lien aussi avec des écologues », souligne Philippe Chavaren. Les passages à faune les remplacent depuis une dizaine d’années. Plus larges – entre 12 et 25 mètres – et pensés de sorte à les rendre attractifs aux yeux des animaux grâce à de la terre végétale, des semis et plantations d’espèces locales, des mares, des tas de pierres ou de bois, etc.

Des clôtures sont également posées le long des autoroutes pour empêcher les animaux de traverser n’importe où et les guider vers les passages dédiés. Et ça fonctionne, comme en témoignent les milliers de photos capturées par les caméras installés sur les ouvrages. 15 000 clichés en trois ans ont par exemple été réalisés dans trois écoducs sous l’A7 et l’A9 que la LPO Paca suit. « Cela nous permet d’analyser les déplacements des espèces par mois et par saison. On voit essentiellement des renards, blaireaux, fouines, écureuils, hérissons », énumère Aurélie Johanet. Une routine ponctuée parfois de surprises, comme ce chacal doré. Vinci Autoroutes estime qu’une cinquantaine d’espèces emprunte ces passages à faune, principalement des mammifères, mais aussi des reptiles et quelques oiseaux.

Photos prises par la caméra d’un écoduc : blaireaux, loutres et loutrons, sanglier © DR

 

La difficile balance entre écologie et économie

Philippe Chavaren le reconnaît : pour la faune sauvage, un écopont tous les 3 à 5 kilomètres serait l’idéal. C’est selon lui la « meilleure solution » pour remédier à la fragmentation des territoires.« D’un point de vue économique, ce n’est cependant pas entendable », glisse-t-il. Car l’ouvrage coûte entre quatre et cinq millions d’euros (et de l’ordre de 300 000 à 500 000 euros pour un écoduc).

Vinci Autoroute a édifié une quinzaine d’écoponts en 10 ans sur son réseau, alors que rien ne l’y contraignait légalement parlant. C’est en revanche obligatoire lors de la création de nouvelles infrastructures. La politique publique nationale de trame verte et bleue, prévue dans la loi du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, leur impose en effet d’être« conçues de manière à éviter les ruptures de continuités écologiques ». Si le prix de production reste le même, il est par contre inclus dans le budget global de la construction. À titre d’exemple, Vinci Autoroutes prévoit sur la future A355 – dite « contournement ouest de Strasbourg » – l’installation de 130 passages à faune, dont trois écoponts, sur les 24 kilomètres du tracé. Soit respectivement environ un tous les 200 mètres et un tous les 8 kilomètres.

Que le projet soit initié par Vinci Autoroutes (ou n’importe quelle société exploitante) ou imposé par la législation, l’entreprise bénéficie du soutien de l’État pour le financer. Soit via un retour de concession allongé, soit par l’autorisation d’y positionner un péage.

 

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Construction d’un écopont sur l’A61 © Jean-Philippe Moulet
Aménager l’existant

Ces équipements sont en tout cas « toujours gagnants pour la faune sauvage », appuie Aurélie Johanet. Face à « l’accélération de création de linéaires de transport », l’experte souligne la grande nécessité d’adapter l’existant et ne pas se cantonner aux nouvelles infrastructures. À ce sujet, elle reconnaît la prise de conscience de Vinci Autoroutes et de SNCF Réseau au niveau de la région Paca. Mais juge les Départements peu réceptifs à l’importance des continuités écologiques. « Seul le Conseil départemental du Vaucluse s’est emparé récemment de cette problématique », regrette-t-elle. Un gros travail de sensibilisation reste encore à faire. ♦

 

Bonus 
  • Le chacal doré, entre le renard roux et le loup gris – Aurélie Johanet livre les secrets de ce canidé. De taille moyenne, son nom vient de la couleur de son pelage, doré au niveau des pattes et des flans. Ses oreilles sont courtes et arrondies et sa queue touffue, avec un bout noir contrairement au renard qui est blanc. Son aire de répartition originelle s’étend de la Thaïlande à l’Italie. En Europe, il était historiquement cantonné aux Balkans. C’est à partir des années 1960 qu’il a colonisé de nouvelles zones en Italie et en Autriche. Aujourd’hui, on l’observe en Allemagne de l’ouest, en Suisse et aux Pays-Bas. En France, sa première apparition remonte à 2017 en Haute-Savoie. Difficile néanmoins de dire si l’on peut s’attendre à une installation pérenne de l’espèce dans notre pays.

 

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