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Les croisés du recyclage des déchets plastiques

Par Agathe Perrier, le 2 décembre 2021

Journaliste

Simon Bernard, cofondateur du projet Plastic Odyssey © Plastic Odyssey Expedition

Transformer les déchets plastiques en objets utiles et durables, c’est l’ambitieux pari du projet Plastic Odyssey. Pour le concrétiser, l’équipe de cette entreprise marseillaise veut aider à la création de centres de recyclage dans les pays les plus impactés par la pollution plastique. Pour en parler, une odyssée autour du monde en bateau démonstrateur est prévue.

 

Un bateau qui navigue grâce à du carburant produit par les déchets qu’il ramasse en mer. Voilà comment le projet Plastic Odyssey a souvent été décrit dans la presse. Un résumé simplifié et, il faut le dire, erroné. « Ça nous a permis de gagner en notoriété », relativise néanmoins Simon Bernard, cofondateur et directeur général de cette entreprise marseillaise. Avant de rectifier : « Notre objectif est de faire naître des centres de recyclage dans les zones les plus touchées par la pollution plastique, à savoir l’Amérique du Sud, l’Afrique et l’Asie. On a pour cela créé une dizaine de machines capables de transformer les déchets plastiques en objets durables et utiles ». Dont un pyrolyseur, procédé permettant d’obtenir du carburant à partir de rebuts plastiques – d’où le précédent raccourci.

Des machines simples, pas chères à construire – « low-tech » dans le jargon – et disponibles en open source pour être facilement répliquées. L’équipe de Plastic Odyssey n’a pas en effet vocation à construire et gérer les centres de recyclage partout dans le monde. Mais plutôt à aider des habitants à déployer des initiatives et les pérenniser.

D’un déchet, faire un objet utile et durable

Dans les futurs centres de recyclage, les déchets plastiques serviront de matière première. Pour fabriquer, par exemple, des palettes de transport en remplacement des actuelles en bois qui contribuent à la déforestation. Et pourquoi pas des tuyaux de canalisation, des tuiles, des briques… Des idées parmi de nombreux débouchés possibles tant que ces objets ont une utilité sur place et durent dans le temps. Il n’est pas question en effet de recréer des bouteilles ou autres plastiques qui deviendront rapidement de nouveaux déchets. « On peut aussi imaginer des modèles adaptés à un contexte particulier. Au Liban, les bouches d’égout sont volées puis revendues à des ferrailleurs. Idem au Kenya avec des poteaux de signalisation. On pourrait les remplacer par des objets en plastique recyclé. Des initiatives ont d’ailleurs déjà émergé localement dans ce sens », précise Simon Bernard.

Croiser un recycleur de plastique à chaque coin de rue dans ces pays est en quelque sorte le but ultime de l’équipe de Plastic Odyssey. Et face aux quantités astronomiques de plastiques abandonnées (voir bonus), des milliers de centres ne seraient pas de trop. De quoi faire taire les critiques sur la création d’une économie autour des déchets plastiques. « Même si on arrête aujourd’hui de produire et de jeter du plastique, on a devant nous des dizaines d’années de traitement. Et puisque la production de plastique ne cesse d’augmenter, notre projet se justifie », appuie l’entrepreneur.

 

 

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Le bateau servant de démonstrateur et de laboratoire © Plastic Odyssey Expedition

Un tour du monde pour se faire connaître

Ne reste plus qu’à trouver les porteurs de projets. Plus facile à dire qu’à faire. Plastic Odyssey a donc beaucoup misé sur la visibilité. Et a choisi de montrer ses compétences à travers le monde en installant ses machines à bord d’un navire pour une expédition au long cours. « Notre bateau est à la fois un démonstrateur et un laboratoire. On y montrera tout ce qu’on peut faire et on y testera de nouvelles choses avec les acteurs locaux », confie Simon Bernard. Le périple doit durer trois ans et prévoit 30 escales de trois semaines dans les zones les plus concernées par la pollution plastique.

Le top départ de l’expédition aurait d’ailleurs dû être donné le 12 novembre dernier depuis Marseille. Il est finalement tombé à l’eau, la faute à des travaux non prévus sur le bateau (bonus). Le navire ne devrait pas pouvoir s’élancer sur les eaux méditerranéennes avant la mi-2022. Pas de quoi plomber le moral des troupes. « On est pleinement concentrés sur la mise en œuvre des premiers centres sur terre. Un projet pilote pour faire des palettes en plastique recyclé pourrait voir le jour d’ici le printemps 2022 au Maroc. On a également des opportunités au Cap Vert, au Sénégal, au Burkina Fasso et en Indonésie », se réjouit Simon Bernard.

 

 

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Exemple de création à partir de plastique recyclé. Ici un lingot © Plastic Odyssey Expedition

Et après ?

Dans un monde idéal, des centres de recyclage seraient opérationnels d’ici quelques années dans les zones les plus plastiquement polluées. La réalité risque d’être plus compliquée et l’équipe de Plastic Odyssey en a bien conscience. « Il ne suffit pas de donner les plans des machines pour que les centres se montent et fonctionnent. On va devoir accompagner les porteurs de projet sur le long terme. On réfléchit encore à la façon de le faire », indique Simon Bernard. Se pose aussi la question du modèle économique – comment se dégager une rémunération. Actuellement, l’entreprise est financée par le sponsoring via une dizaine de partenaires. Ils ont mis sur la table huit millions d’euros pour cinq ans. Reste encore deux à trois millions d’euros à trouver pour boucler le budget de ce projet ambitieux. Utopique diront certains. Réaliste leur rétorque l’optimiste entrepreneur. ♦

 

Bonus

  • À l’origine de Plastic Odyssey, trois jeunes pleins d’ambition – Simon Bernard, Alexandre Dechelotte et Bob Vrignaud, tous ingénieurs. C’est le premier qui a embarqué les autres dans l’aventure Plastic Odyssey. Le déclic lui est venu après avoir pris place sur l’expédition Nomades des mers de Corentin de Chatelperron en 2016, un catamaran parti faire le tour du monde en quête d’initiatives low-tech exemplaires. Constatant la forte pollution plastique à Dakar (Sénégal), il revient en France avec l’envie de lancer son propre projet.
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Les trois fondateurs de Plastic Odyssey : Bob Vrignaud, Simon Bernard et Alexandre Dechelotte © Beto Ruiz Alonso
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  • Une expédition maudite ? Plutôt que d’acheter un bateau neuf pour le transformer en démonstrateur et laboratoire, Plastic Odyssey a opté pour la seconde main. L’entreprise a acquis en 2019 un ancien navire de recherche construit en 1974, le MV Victor Hensen, rebaptisé depuis MV Plastic Odyssey. Les travaux d’aménagement et de transformation sont alors estimés entre six et huit mois. Mais au bout de quelques semaines, de l’amiante est découvert à bord (malgré un certificat en garantissant l’absence). Douche froide pour toute l’équipe. Simon Bernard en garde beaucoup d’amertume. « On s’est fait arnaquer et c’est encore plus dégueulasse quand on porte un projet comme le nôtre ». Conséquence de cette mauvaise surprise : un an de retard. Désormais, l’équipe est un peu réticente à donner une date précise de départ et vise l’été 2022. L’histoire détaillée est à retrouver ici.
  • Des plastiques qui n’ont pas fini de s’accumuler – D’après une étude de chercheurs américains parue dans la revue Science Advances en 2017, 8,3 milliards de tonnes de plastiques ont été produites entre 1950 et 2015. La majorité de ces plastiques a déjà été jetée : 6,3 milliards de tonnes, dont une grande partie (79%) dans des décharges ou dans la nature. 9% seulement ont été recyclés et 12% incinérés. Les quantités ne risquent d’ailleurs pas de baisser puisque la production de plastique est à ce jour en augmentation.

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