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Pourquoi les vautours voltigent à nouveau au-dessus du Massif central

Par Philippe Lesaffre, le 8 juillet 2022

Journaliste

Parce que les cimes leur paraissaient vides, des passionnés se sont mobilisés sous l'égide du Fonds d’intervention pour les rapaces © Bruno Berthemy

Les vautours avaient disparu, mais une équipe de passionnés, qui rejoindra plus tard la Ligue pour la protection des oiseaux, a su les réintroduire dans le ciel du Massif central à partir des années 80. Une opération inédite à l’époque.

 

Des merveilles géologiques, et un panorama incroyable. Sur les hauts plateaux calcaires, au-dessus des gorges, ces passages entre les reliefs blanc ou orangé, on ne peut pas les louper. Ils font partie du décor. Dans le ciel des Grands Causses, au niveau du Massif central, les vautours voltigent et suivent le vent. À Meyrueis, au cœur de la Lozère, au nord des Cévennes, on peut les observer depuis la Maison des Vautours. Et leur présence semble naturelle.

Aujourd’hui, près de 820 couples reproducteurs de vautours fauves et près de 30 couples de vautours moines cohabitent dans cette région, au côté des gypaètes barbus et des percnoptères. L’antenne « Grands Causses » de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), située à Peyreleau, en Aveyron, veille sur leur santé. Et surveille les dangers qui guettent. C’est que les rapaces ont toujours souffert d’une image très négative.

 

Une image négative

Pourquoi les vautours voltigent à nouveau au-dessus du Massif Central 1
Vautours fauve et moine © Bruno Berthemy

Comme le note Léa Giraud, responsable d’équipe au sein de la branche de la LPO, « on voit encore une réticence au sein du monde agricole, par exemple. Certains pensent que ces animaux tuent les brebis des troupeaux ». Alors que ces oiseaux se nourrissent en principe de cadavres. D’ailleurs, chaque espèce de vautours se complète en consommant des parties différentes des carcasses…

Aussi, pour diffuser les connaissances, l’association de protection de l’environnement sensibilise dans les écoles ou les structures de sport en pleine nature à proximité. Sans oublier d’échanger avec les gestionnaires du réseau électrique. « Les individus peuvent percuter les lignes, et cela peut les tuer. Ainsi, avec les acteurs d’Enedis, par exemple, on cherche à sécuriser ou neutraliser les lignes électriques dangereuses, soit en enfouissant la ligne, soit en apposant des éléments visuels dessus ».

 

Les vautours avaient quasiment disparu du ciel français

Faire en sorte que les humains, avec leurs projets, ne perturbent pas les rapaces qui avaient disparu du paysage dans les années 1940. En cause, clairement, nos activités et nos pratiques, l’usage des pesticides, par exemple, ou encore la consommation d’appâts empoisonnés ou d’animaux sauvages, eux-mêmes empoisonnés… Ces charognards faisaient peur. « Ils avaient une étiquette de mort. On pensait par exemple que le gypaète enlevait les enfants », précise la militante de la Ligue pour la protection des oiseaux.

Mais parce que les cimes leur paraissaient vides, des passionnés se sont mobilisés. Et ce, sous l’égide de l’association du Fonds d’intervention pour les rapaces (FIR), lancé par deux frères, Michel et Jean-François Terasse, qui fusionnera, en 1998, avec la LPO. Une opération, à l’époque inédite, qui a duré plusieurs décennies – dès les années 70. Et qui a été menée conjointement avec le Parc national des Cévennes, créé en 1970.

 

♦ Lire aussi : Des passages piétons pour animaux sauvages

 

« Une erreur du passé »

Pourquoi les vautours voltigent à nouveau au-dessus du Massif Central 2
©Fabrice Cahez

Jean-Louis Pinna, ancien employé du Parc national des Cévennes, a longtemps bagué les vautours afin d’observer de près les reproductions, et d’étudier les dates de ponte et d’éclosion, le développement des poussins, leur envol et leurs déplacements. « Il y a cette satisfaction d’avoir réparé ce que je pense être une erreur du passé », souligne aujourd’hui le retraité.

Pour y parvenir, les membres du FIR ont récupéré des vautours fauves espagnols, qu’ils ont laissés grandir en volière, dans l’idée de les voir s’envoler un beau jour. L’association le fera trop tôt, les bêtes décéderont rapidement, notamment en s’électrifiant. Mais on apprend de ses erreurs, et l’équipe comprendra qu’il faut « relâcher des adultes – et non des jeunes – pour qu’ils restent dans les environs afin de se reproduire », explique Léa Giraud.

 

Un lâcher de vautours à succès

Alors, ils ont tout recommencé, ont trouvé quelques espèces de vautours fauves, en particulier issus de zoos et de centres de soins espagnols. Un propriétaire de café du coin, Justin Costecalde, a veillé sur ces rapaces. Il a fallu en même temps que la population accepte cette initiative ; le FIR a donc mis en place toute une série de campagnes de sensibilisation au sujet du fonctionnement de ces vautours incompris.

Un premier lâcher de vautours fauves a été mis en place en 1981. Cette fois, cela a été un succès : douze mois plus tard, des reproductions ont été constatées. Mais le travail n’était pas terminé. Les équipes ont continué de les observer de près, leur laissant en outre des carcasses animales ici ou là. Cela permet en effet de lutter contre « l’expansion de maladies via les carcasses », dans la mesure où les vautours ont « un système digestif très acide, les bactéries et les virus sont éliminés très rapidement ». De véritables éboueurs de la nature ! La future LPO, accompagnée par le Parc naturel des Cévennes, parviendra, quelques années plus tard, à partir de 1992, à réintroduire également les vautours moines, des individus moins grégaires que les fauves (c’est-à-dire qu’ils vivent moins en colonies).

Trente ans plus tard, la LPO continue de jeter un œil (inquiet). Et de surveiller que tout se passe bien dans le ciel et près des roches. ♦

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