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Produire c’est bien, encore faut-il pouvoir vendre !

Par Olivier Martocq, le 24 avril 2020

Journaliste

Photos Le Fer à Cheval

Le cynisme oblige à reconnaître que les trois dernières savonneries de Marseille – Le Sérail, la Savonnerie du Midi et celle du Fer à Cheval – ne pouvaient rêver meilleure campagne publicitaire. Se laver les mains plusieurs fois par jour figure en effet parmi les gestes barrières. « L’hygiène des mains » aura même droit à sa journée mondiale, sous l’égide de l’OMS, le 5 mai prochain. D’où l’idée d’un focus sur celle du Fer à Cheval sauvée de la faillite il y a 7 ans.

Acquérir des labels est un des combats stratégiques menés par les repreneurs de la savonnerie, les frères Seghin. La bataille autour de l’IGP (Indication Géographique Protégée) est essentielle car des multinationales vendent du « savon de Marseille » made in China ou India. En attendant que les autorités reconnaissent ce qui, pourtant, devrait couler de soi, ils tentent d’alerter le consommateur avec le sigle UPSM (Union des Professionnels du Savon de Marseille), un label sur-mesure. Leur usine a obtenu deux marques de reconnaissance officielles : le label EPV (Entreprise du Patrimoine Vivant) qui met en avant les métiers ancestraux qui perdurent, mais aussi, pour ses bâtiments, l’estampille Monument Historique en France. L’ensemble des façades et toitures de l’atelier de production de savon, le bâtiment des chaudrons avec ses sept cuves en tôle rivetée et la salle du sous-sol sont désormais protégés et à l’abri des promoteurs.

 

« Les mesures barrières ont été appliquées ici début février » !
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Yannick et Raphaël Seghin

L’ambiance est assez particulière quand vous pénétrez dans la cour de l’usine. C’est un monde clos où tout le monde porte un masque sur le visage, même ceux qui travaillent en extérieur. « J’ai fait une grande partie de ma carrière en Asie », explique Raphaël Seghin. « Quand la pandémie a éclaté en Chine, mon premier réflexe a été de commander des masques et du gel en grande quantité. Puis, dès le mois de février, d’imposer les gestes barrières. Tout le monde me prenait pour un fou. À ce moment-là… ». Un temps d’avance qui s’est avéré précieux. L’usine, au plus fort de la tourmente, était en ordre de marche. Les habitudes avaient été prises. Raphaël Seghin a rajouté chaque matin un contrôle de la température. Via une application et un thermomètre-pistolet laser, il peut contrôler la courbe de chacun et voir immédiatement le changement s’il s’en produit un. « Paradoxalement, cela a renforcé les liens et soudé les équipes dans cette période très anxiogène. Car je vois et parle à tout le monde chaque matin ».

 

150 tonnes de savon par semaine !

Produire c’est bien, encore faut-il pouvoir vendre ! 3Pour répondre à la demande, la production a significativement augmenté depuis janvier. Elle atteint désormais 150 tonnes par semaine. « Un retour à la grande époque de la savonnerie », raconte volontiers Michel Bianconi, « la figure » de l’usine. Le maître savonnier en a franchi le portail il y a plus de 40 ans. Formé ici, il perpétue un savoir-faire codifié sous Colbert et qui n’a pratiquement pas changé depuis. Il peut vous entretenir des heures de son métier basé sur l’instinct et l’observation. Car, oui, on peut « rater l’opération ». Le savon alors sera trop acide ou pas assez détergeant. Ou parler de ce jeune qui lui succèdera et qu’il a formé comme il l’avait été avant.

 

Comment écouler des produits quand les magasins sont fermés ?

Produire c’est bien, encore faut-il pouvoir vendre ! 1Sur le papier tout va bien, donc ! L’usine tourne au maximum. Les ouvriers sont là chaque matin. Un seul cas de virus a été détecté depuis le début de la pandémie avec des effets mineurs pour le malade. Tout va bien. « Sauf que nous n’arrivons pas à écouler notre production car nos points de vente traditionnels sont fermés ». Raphaël Seghin a donc dans l’urgence dopé son site internet, qu’il a doublé d’un système de livraison sur le grand Marseille. Il a tenté le « drive in » dans la cour de l’usine, mais l’opération s’est révélée trop complexe pour respecter, et les normes sanitaires, et surtout le flux erratique des clients. Dès lors, c’est vers les marchés étrangers que s’est tourné la savonnerie. Les pays asiatiques principalement, qui ont rouvert, et qui s’intéressent à ce type de produits labellisés. Nous importons des masques de Chine et y exportons du savon. L’économie mondiale est à front renversé. ♦

 

Bonus

* Pour être incollable – Il est une profession méconnue du grand public mais essentielle pour nous les journalistes : attaché de presse. Les attachés de presse appartiennent aux métiers de la communication, servent d’interface avec les interlocuteurs que nous souhaitons rencontrer mais aussi de force de propositions en attirant notre attention sur des thématiques, des personnes ou des évènements. Certains confrères parfois se contentent de pomper leur travail en se l’appropriant. Je suis allé à la savonnerie pour réaliser ce reportage. Pour ce qui est des chiffres et des informations pratiques (bonus), je préfère rendre à César ce qui lui revient : Ève Leporq (copié/collé de ses communiqués de presse).

 

  • Le savon de Marseille c’est quoi ?

Le savon de Marseille, mondialement renommé, est reconnu pour ses propriétés nettoyantes Il est important Produire c’est bien, encore faut-il pouvoir vendre ! 4d’utiliser des formules douces pour le lavage des mains car des formules plus agressives peuvent provoquer des irritations cutanées. Le savon de Marseille, qu’il s’agisse de la version originale ou de la version liquide, grâce à son PH élevé, a un fort pouvoir nettoyant. « Sa composition sans aucun colorant et sans aucun adjuvant chimique est intéressante. Il est naturellement antiseptique par son ph qui va de 8 à 10 et qui désinfecte tout ce qui est biologique. » explique le pharmacien Jacques Ploussard. Les dermatologues le recommandent pour sa formule hypoallergénique, composée à 100% d’ingrédients d’origine naturelle, sans allergènes. En outre, il est facilement biodégradable et respecte l’environnement. Issu d’un procédé traditionnel au chaudron en 5 étapes -composé d’huiles végétales exclusivement, sans parfum, sans colorant, sans conservateur -fabriqué à Marseille ou dans sa région -le savon ou son emballage est estampillé Union des Professionnels du Savon de Marseille.

 

  • À propos de la savonnerie Fer à Cheval !

Fondée en 1856, Fer à Cheval est la plus ancienne savonnerie marseillaise à perpétuer la fabrication Produire c’est bien, encore faut-il pouvoir vendre ! 6artisanale et ancestrale du savon de Marseille. Le savoir-faire de la savonnerie repose sur les épaules de ses maîtres savonniers qui se transmettent leurs secrets de génération en génération. Fer à Cheval est membre fondateur de l’UPSM, l’Union des Professionnels du Savon de Marseille, qui œuvre pour la création d’une IGP (Indication Géographique Protégée) de l’authentique savon de Marseille, un label garantissant une composition à base d’huiles exclusivement végétales, sans additif chimique, conservateur ou parfum, une fabrication en chaudron selon le procédé marseillais, une origine géographique de la région marseillaise. La savonnerie Fer à Cheval est également labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant et inscrite aux Monuments Historiques. Plus d’information sur le site www.savon-de-marseille.com

 

  • Un savon nommé Fer à Cheval ?

La tradition d’antan voulait que les savonneries portent un nom évocateur de chance pour faire prospérer l’activité sous les meilleurs auspices… Le nom Fer à Cheval a été choisi à l’époque pour porter bonheur, mais ce fer comporte 7 trous de clou (étampures), au lieu de 8 habituellement, car 7 est également un chiffre porte-bonheur. Un symbole qui a plutôt réussi à la fabrique qui,163 ans après sa création, est le plus gros producteur de Savon de Marseille de la région.

 

  • La savonnerie en chiffres !

45 salariés dont 20 salariés recrutés depuis 2013 – 8,1 millions d’euros de chiffre d’affaires (savons et détergents) – 50 % du chiffre d’affaires réalisé avec le Ssavon de Marseille – 50 % du chiffre d’affaires réalisé dans la détergence – 1,4 million de cubes, savons et barres, fabriqués en 2019.

Fer à Cheval est distribué chez plus de 600 revendeurs en France et dans une vingtaine pays – Corée, Japon, Taiwan, Chine, Grande Bretagne, Etats-Unis, Allemagne, HK, Espagne, Suède, Belgique, Suisse, Italie, Finlande, Canada, Australie, Roumanie, Singapour, Lettonie…

 

  • Pour répondre à la problématique soulevée dans l’article : où trouver du Savon de Marseille Fer à Cheval ?

Boutique en ligne : www.savon-de-marseille.com • France : liste des points de vente sur le site : www.savon-de-marseille.com • Paris : Bulles de Paris, La Grande Pharmacie Bailly, La Super Marquette, La Trésorerie, Welcome Bio Bazar… • Marseille : Argana, Au Savon de Marseille, Jupiters, Made in Méditerranée, Maison Empereur, Place des Huiles, La Sélection par Sophie Ferjani… • Boutique d’usine ouverte du lundi au vendredi de 10h00-12h30, 13h30-18h00 au 66, chemin de Sainte-Marthe, 13014 MARSEILLE – 04 91 10 30 80 • Pour venir : La savonnerie est à 15 minutes du Vieux-Port et de la Gare Saint-Charles / Bus 31 et 33 – arrêt Sainte Marthe La Bougie / Autoroute A7 sortie 35

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