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Remettre sur le marché les articles de sport jamais utilisés

Par Olivier Martocq, le 5 septembre 2022

Journaliste

« On importe encore et encore des produits alors qu’on en a sur place dont on ne sait quoi faire » ©Sportingoodz

Chaque année en France, 100 000 tonnes d’articles de sport jamais utilisés sont détruites. Des vêtements neufs jamais sortis des vestiaires pour cause de désistement d’adhérents. De mauvaises tailles. De nouveaux sponsors synonymes de nouveaux logos… Sportingoodz relève donc le défi de leur donner une seconde vie.

 

Son patronyme, Oscar Mondésir, paraît sorti d’un roman de Balzac ou de Rostand. Avec sa fine moustache à la mode 19e, le jeune homme de 25 ans n’entre pas dans les codes de ces startuppers diplômés d’écoles de commerce du siècle actuel. Ce qu’il est pourtant.

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Oscar Mondésir, fondateur de la plateforme Sportingoodz ©DR

Le fondateur de la plateforme Sportingoodz connaît parfaitement le secteur d’activité qu’il entend révolutionner. Sportingoodz ? La contraction de sporting goods, articles de sport en anglais, « le petit z en plus venant rajeunir le tout ». Oscar Mondésir a pratiqué durant quinze ans le handball en club, a travaillé comme commercial chez l’équipementier Adidas, intégré une direction marketing ciblée sur le e-commerce. Résultat, un concept d’économie circulaire pointu et pertinent. « L’objectif est de permettre aux clubs de sport de se débarrasser de stocks qui les encombrent et ne leur serviront plus. Ils génèrent ainsi une nouvelle source de revenus, tout en s’inscrivant dans une démarche écoresponsable ».

Le slogan de la plateforme, « Acheter des articles de sport neufs à petit prix n’a jamais été aussi fairplay », résume la démarche. Ce marché, jusqu’à présent totalement sous les radars, est énorme.

 

Un potentiel considérable

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On recense 18 millions de licenciés en France ©DR

Sur sa page d’accueil, le Comité national olympique et sportif français (CNOSF) affiche 180 000 associations sportives, réparties dans 108 fédérations et groupements sportifs. S’ajoutent toutes celles qui n’entrent pas dans le champ olympique et paralympique, estimées à 307 500. Le nombre de bénévoles dans les associations sportives est évalué à 3,5 millions de personnes (CNOSF). Le nombre de licenciés, près de 18 millions.

Autant de clubs, de sportifs qui s’équipent chaque année. Et pour qui il faut prévoir plusieurs jeux de vêtements car la pratique intensive, la transpiration, le lavage après chaque utilisation usent les textiles. Les clubs, en début de saison, doivent donc constituer des stocks pour leurs adhérents.

 

♦ (re)lire : Vêtements neufs brûlés ou jetés : vers la fin d’un scandale ?

 

Une gabegie inévitable

Le Marseille Nord Handball illustre parfaitement la problématique des clubs. Il compte dix équipes engagées dans le championnat départemental. Soit, en cette rentrée 2022, un peu plus de 200 licenciés âgés de 4 (le baby hand) à 60 ans pour la section senior et loisir. Son siège est envahi par les cartons. « Plusieurs années de stocks, explique Michelle Ricardo, sa présidente. On a des parkas, des shorts, des survêtements, des maillots, des chaussettes… Et pourtant, on fait attention aux dépenses ».

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Les anciennes tenues du Marseille Nord Handball

De fait, le problème pour les gestionnaires est qu’il faut passer la commande avant le début de la saison. « On doit le faire au moins deux mois avant la relance des championnats pour avoir les couleurs du club (blanc et noir) avec notre sigle (un aigle avec un ballon). Cette année, il change et devient bleu en raison de notre nouveau sponsor. Donc tout doit être renouvelé ». Or, en juin, les inscriptions pour la nouvelle saison n’étaient pas closes. « Nous avons enregistré 50 licenciés en plus depuis la rentrée. Et puis il y a le problème de la taille. Les enfants grandissent plus ou moins vite, constate Michelle Ricardo. On est obligé de prévoir beaucoup plus de matériel que ce qui nous sera nécessaire ».

 

♦ (re)lire : Kéabot, l’appli qui sauve les cosmétiques de la poubelle

 

Économie circulaire et outil de financement

Oscar Mondésir estime avoir mis en place un modèle vertueux avec Sportingoodz. À la fois outil circulaire et outil de financement : «100 000 tonnes d’articles de sports non utilisées par les clubs amateurs ou professionnels sont jetées ou recyclées ou réexportées tous les ans en France. Remettre ces produits neufs, jamais utilisés sur le marché, c’est gagnant-gagnant ».

Le particulier va toucher un produit de marque synonyme de qualité à moins 60% par rapport au prix de vente officiel affiché sur l’étiquette. Mais pour le club, même si la plateforme prend une commission au passage, la perte à la revente ne sera pas aussi élevée. Car lorsqu’il achète le survêtement, le maillot, le short ou les chaussettes, l’équipementier lui fait une ristourne sur le prix public de 20% minimum. Il limite donc sa perte sèche tout en se débarrassant de produits qui encombrent.

 

Un bilan carbone pour chaque club

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Des produits de grandes marques déjà vendus qui seraient détruits ©Pixabay

Reste, au-delà des lignes comptables, l’éthique et le bilan carbone. « Réinjecter sur le marché local des articles de sport neufs qui à 95% proviennent d’Asie, cela a du sens. On importe encore et encore des produits alors qu’on en a sur place dont on ne sait quoi faire ». Pour son concepteur, Sportingoodz s’inscrit dans une économie de fonctionnalité. « Nous ne sommes pas dans la mode. La fonction première d’un maillot de sport, c’est d’évacuer la transpiration, de ne pas irriter la peau avec les frottements ». Oscar Mondésir ne se voit pas en concurrence frontale avec les équipementiers : « Notre rôle est d’assurer des secondes vies à des produits de grandes marques déjà vendus qui sinon seraient détruits ».

Lancé avant les vacances, Sportingoodz référence déjà 56 produits différents, soit un millier d’unités à la vente. Quatre clubs ont signé et plusieurs ligues ou fédérations se disent intéressées par un modèle qui permettra d’afficher à terme des bilans carbone plus présentables pour le sport français. « Je suis en train de travailler avec les concepteurs du projet Celsius à la mise en place d’un bilan carbone pour chaque club. Il tiendra compte des déplacements, de l’éclairage et du chauffage des lieux d’entraînement ou de match. Et bien sur des équipements utilisés ».

Pour Oscar Mondésir, la prise de conscience de l’impact environnemental doit concerner tous les domaines d’activité. Y compris ceux qui considérés comme les plus vertueux – le sport, par exemple. ♦

 

Bonus
  • 4 milliards d’euros de valeur marchande. Dont 1,6 milliard d’euros pour le secteur des vêtements et chaussures. Ce sont là les chiffres des invendus non alimentaires. Une étude de l’ADEME, réalisée en novembre 2021, dresse, avec les acteurs des secteurs les plus importants, un état des lieux. La part moyenne des invendus représente en effet 3% du chiffre d’affaires des entreprises.

Que fait-on aujourd’hui de ces invendus ? Un tiers est détruit ou recyclé (27% recyclés, 5% incinérés, 2% enfouis). Le stock restant est routé vers le déstockage, voire donné à des associations (20% des invendus dans le secteur de la mode par exemple).

Une étude de l’ADEME auprès des 12 principaux secteurs non alimentaires, de 70 acteurs et de 500 établissements, permet d’établir les principales causes de ces invendus. Selon l’ensemble des acteurs, l’obsolescence marketing (changements de gamme, fins de série) est la cause principale de 34% des invendus. Viennent ensuite les problèmes liés notamment à la surproduction (28%) ou les constats de défauts mineurs altérant toutefois la performance des produits.

 

  • La loi anti-gaspillage pour une économie circulaire. Depuis le 1er janvier 2022, un décret d’application de la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire interdit l’élimination des invendus non-alimentaires pour plusieurs types de produits. Notamment les vêtements et chaussures, les produits électriques et électroniques, les meubles, les produits d’hygiène et de puériculture, les équipements de conservation et de cuisson des aliments, les produits d’éveil et de loisirs, les livres et les fournitures scolaires. Au 31 décembre 2023, l’intégralité des produits seront soumis à cette législation.

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